La Fed louera les vertus de la patience

Dans les conditions actuelles, largement imprévisibles il y... (Photo Saul Loeb, archives Reuters)

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Dans les conditions actuelles, largement imprévisibles il y a quelques jours à peine, la Réserve fédérale, avec Janet Yellen à sa tête, a été bien sage lorsqu'elle a indiqué à la mi-décembre qu'elle pouvait «se montrer patiente dans la normalisation de sa politique monétaire».

Photo Saul Loeb, archives Reuters

Rudy Le Cours
La Presse

Depuis le début de l'année, les banquiers centraux n'ont pas chômé.

Si la Banque du Brésil doit combattre l'inflation en augmentant le loyer de l'argent, ce sont plutôt les initiatives étonnantes de détente monétaire qui retiennent l'attention.

La Banque nationale Suisse a donné le ton en abaissant la cible de son taux directeur à -0,75% tout en laissant flotter le franc, dont elle avait tenté de freiner l'appréciation pendant plus de trois ans.

La Banque centrale européenne est finalement passée à l'action en s'engageant à injecter au moins 1000 milliards d'euros d'ici au mois de septembre 2016 afin de repousser la menace déflationniste.

Enfin, les banques centrales du Danemark, de l'Inde et de la Turquie, sans oublier celle du Canada, n'ont pas hésité à abaisser leur taux directeur pour soutenir leur économie et affaiblir leur monnaie.

Dans ces conditions, largement imprévisibles il y a quelques jours à peine, la Réserve fédérale a été bien sage lorsqu'elle a indiqué à la mi-décembre qu'elle pouvait «se montrer patiente dans la normalisation de sa politique monétaire».

Les indicateurs montrent que l'économie américaine reste sur sa lancée. Le marché de l'habitation prend du mieux et le nombre de nouveaux chômeurs diminue toujours, a-t-on appris la semaine dernière.

Si la chute du prix du pétrole fait mal aux pays qui sont des exportateurs nets, comme le Canada, elle est bénéfique à ceux qui ont besoin d'en importer, comme les États-Unis.

Certes, les investissements dans le pétrole de schiste diminuent, mais dans l'ensemble, la volonté des entreprises non énergétiques d'augmenter ou de moderniser leurs capacités compensera la chute des investissements pour forer davantage les sous-sols du Texas, de la Pennsylvanie, de l'Alaska et du Dakota-du-Nord.

À première vue, c'est comme si seule l'économie américaine rayonnait en ce début d'année.

En tout cas, c'est ce qu'indiquent les marchés monétaires, où le billet vert gagne du terrain contre les autres grandes monnaies, dont le taux est flottant.

Cela pose un double risque pour l'économie américaine.

D'abord, une monnaie forte affaiblit la compétitivité des manufacturiers exportateurs, comme leurs concurrents canadiens l'ont expérimenté jusqu'au début de l'an dernier.

Toutefois, les fabricants américains peuvent compter beaucoup plus que les Canadiens sur la profondeur de leur marché intérieur. Surtout, les exportations américaines reposent bien davantage sur le secteur des services, à commencer par la toute-puissance de leurs industries culturelles (cinéma, musique, télévision) et des logiciels, qui dominent le monde.

La force du billet vert diminue en même temps le prix des importations. Cela signifie que les Américains sont ceux qui profitent le plus du pétrole bon marché, dont le prix mondial est libellé dans leur monnaie. De plus, un dollar fort augmente leur pouvoir d'achat de biens de consommation importés en grande partie puisque les fabricants américains ont délocalisé leur production depuis plusieurs années.

Au final, cela affaiblit les pressions inflationnistes et surtout les attentes inflationnistes alors que les augmentations salariales ne suivent toujours pas l'amélioration générale du marché du travail.

Cela est de nature à inquiéter les membres du Comité de politique monétaire de la Fed et à nourrir leurs réflexions à compter de demain.

Il ne faudrait pas dès lors s'étonner si, mercredi, le communiqué faisant part de la reconduction de la fourchette d'évolution du taux directeur entre 0% et 0,25% insiste sur le fait que l'inflation persiste à évoluer sous la cible d'évolution à long terme de 2%.

Chaque début d'année, la composition du Comité change: des 12 membres avec droit de vote, quatre présidents de Réserve régionale sont remplacés par quatre autres, selon une formule préétablie.

Parmi les nouveaux, un seul (Charles Evans, de la Réserve de Chicago) est ouvertement une colombe qui ne veut pas de hausse avant 2016, les autres n'ayant pas exprimé de parti pris récemment.

La nouvelle composition du Comité de politique monétaire semble indiquer que, à la lumière du nouvel horizon économique mondial, la Fed donnera tout son sens aux vertus de la patience.




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