Les Pros de la photo: du numérique au papier

Michel Lacaille, directeur du marketing pour Les Pros de... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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Michel Lacaille, directeur du marketing pour Les Pros de la photo, croit que le marché de l'impression photo recommencera à croître au cours des prochaines années. «Avec le numérique, tout le monde perdra des photos un jour ou l'autre. Imprimer des photos, c'est la meilleure façon de les conserver», dit-il.

Photo Olivier Jean, La Presse

Sylvain Larocque
La Presse

(Montréal) La révolution numérique a fait chuter la demande pour l'impression de photos, mais l'industrie s'adapte. Voici le portrait de l'une des plus importantes entreprises du domaine au Québec, Les Pros de la photo.

Nous prenons plus de photos que jamais. Mais nous n'en avons jamais aussi peu imprimées. Étonnamment, cela n'inquiète pas outre mesure l'une des principales entreprises québécoises de cette industrie, Les Pros de la photo.

La firme de la rue Beaubien imprime toutes les photos des clients de Jean Coutu, Uniprix, Familiprix, IGA, Brunet et Pharmaprix. Chaque année, pas moins de 80 millions de clichés sortent de son laboratoire, le plus grand du pays. Les Pros détiennent pas moins de 60% du marché québécois de l'impression de photos.

C'est cependant un marché en déclin. Il y a à peine sept ans, l'entreprise tirait 200 millions de photos par année. Elle possédait un laboratoire à Québec, qu'elle a dû fermer. Il faut dire qu'à l'époque, la photo sur film représentait encore 20% des volumes d'affaires, soit 1,7 million de rouleaux par année. La vénérable pellicule n'est pas encore disparue complètement: Les Pros développent encore 300 000 rouleaux annuellement, provenant de tous les coins du pays.

Michel Lacaille, directeur du marketing pour Les Pros de la photo, croit que le marché de l'impression photo recommencera à croître au cours des prochaines années. «Avec le numérique, tout le monde perdra des photos un jour ou l'autre. Imprimer des photos, c'est la meilleure façon de les conserver», affirme en entrevue cet ancien cadre de Kodak Canada.

Le hic, c'est que les téléphones mobiles ont largement remplacé les appareils photo traditionnels. Selon la firme InfoTrends, la moitié des Américains utilisent leur téléphone surtout pour prendre des photos. Or, ces clichés sont très rarement imprimés, les utilisateurs préférant de loin les partager par l'entremise des réseaux sociaux ou du courriel.

«Le commentaire le plus fréquent que j'entends, c'est comment je fais pour sortir les photos de mon téléphone et les imprimer?», reconnaît M. Lacaille.

Pas moins de 1000 bornes des Pros de la photo sont installées chez ses détaillants partenaires. Les plus récentes permettent aux clients de transférer les photos de leur téléphone pour commander des tirages, des albums-souvenirs ou des produits comme des tasses ou des t-shirts. L'arrimage entre les téléphones et ces bornes était essentiel pour l'entreprise. En effet, plus de 55% des commandes d'impression photo sont passées par l'entremise des bornes en magasin, comparativement à 45% à domicile par l'entremise de l'application web développée par une PME montréalaise, Mediaclip.

Depuis quelques mois, il est possible de commander des tirages et même des livres-souvenirs à partir de l'application mobile des Pros de la photo, utilisée par tous ses détaillants partenaires. Pour l'instant, le nombre de commandes passées à partir d'un appareil mobile est négligeable, mais la situation pourrait changer rapidement. D'après InfoTrends, plus de la moitié des consommateurs sont disposés à faire le saut.

Encore aujourd'hui, l'impression de photos génère environ 65% du chiffre d'affaires des Pros de la photo. L'entreprise a contré la baisse de la demande dans le marché grand public en commençant à acquérir, il y a trois ans, des firmes spécialisées dans la photographie scolaire, un créneau relativement stable.

Diversification

Mais ce qui a vraiment permis aux Pros de la photo de garder la tête hors de l'eau ces dernières années, c'est la décision de ses actionnaires, en 2007, de s'associer à l'imprimeur commercial Quadriscan, établi à un jet de pierre de ses installations, pour investir massivement le marché des livres-souvenirs et des calendriers. De plus en plus, ces produits d'impression numériques remplacent les albums photo traditionnels.

«Nous n'avions pas le savoir-faire pour nous lancer là-dedans, c'est plus proche de l'édition que de la photo», fait remarquer Michel Lacaille.

En 2007, les deux entreprises ont produit 10 000 livres photo. L'an dernier, c'était plus de 100 000. «La croissance est encore de 15 à 20% par année», souligne M. Lacaille.

«On a la chance de voir tous les bébés de l'année et des photos prises partout dans le monde», s'amuse Annie Turgeon, directrice de production.

Jusqu'ici, grâce à leur relation privilégiée avec les détaillants québécois et à d'importants investissements technologiques, Les Pros de la photo et Quadriscan ont réussi à tenir tête aux nombreux concurrents actifs dans ce secteur, qu'il s'agisse des géants américains Apple, Shutterfly, HP (Snapfish) et Blurb ou d'indépendants québécois comme PhotoInPress.

Les deux entreprises restent discrètes sur leurs résultats financiers, mais Michel Lacaille assure que, globalement, les revenus et les profits sont stables depuis quelques années. Qui l'eût cru?

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LES PROS DE LA PHOTO

> Principaux actionnaires: Michel Labadie, Alain Garnier, Marc Sauvageau, Pierre Lafond et Jacques Girard.

> Employés: environ 120

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FORCES ET FAIBLESSES

Forces:

> Leader du marché au Canada

> Bonne diversification des activités

Faiblesses:

> Décroissance du marché de l'impression photo

> Nécessité d'investir continuellement en technologie




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