Le cousin Piketty

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Thomas Piketty

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Soit, les finances publiques et la richesse du Canada n'ont pas été décortiquées par Thomas Piketty dans son livre Le capital au XXIe siècle, le professeur d'économie s'étant concentré sur les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et le Japon. La Presse a néanmoins sondé l'économiste le plus demandé dans le monde sur les défis financiers du Québec.

Q Le gouvernement du Québec réfléchit actuellement à comment il doit boucler son budget et songe à réduire la croissance de ses dépenses. Que lui conseillez-vous?

R Je n'ai pas suivi l'actualité récente au Québec. De façon générale [en Europe et en Amérique du Nord], il y a déjà eu des dettes publiques plus importantes par le passé. Il y a trois façons de réduire les dettes publiques: l'austérité, l'inflation, et l'impôt progressif. Les trois peuvent marcher. L'austérité, ça prend très longtemps. Quand vous êtes sur une croissance presque nulle comme en Europe actuellement, ça prend des dizaines et des dizaines d'années. Ça ne me paraît pas réaliste comme solution. Une autre solution très utilisée au cours du XXe siècle: l'inflation, mais c'est un impôt sur les patrimoines modestes puisque la valeur de ceux-ci diminue. L'impôt progressif sur le patrimoine privé permet de protéger les patrimoines modestes de la classe moyenne. C'est la forme civilisée de l'inflation, et ça me paraît préférable. Beaucoup de gens trouvent ça radical, mais le FMI a fini par dire qu'il fallait réfléchir à ce type de nouvel outil pour réduire la dette publique.

Q Le gouvernement du Québec a comme objectif de réduire sa dette brute de 54,3% à 45% de la taille de son économie d'ici 2026. Quel objectif les gouvernements d'Europe et d'Amérique du Nord devraient-ils viser en terme de poids de leur dette?

R Franchement, je mettrais bien [la dette publique] à zéro avec un gros coût d'impôt progressif sur le patrimoine privé. Je préfère que l'État utilise l'impôt pour investir dans les universités que pour payer les intérêts de la dette. Je me méfie de la dette, qui est plutôt l'ennemi de l'investissement public. Ce qui m'embête, c'est qu'on consacre toutes nos énergies à réduire la dette publique, mais sans des mesures plus exceptionnelles que celles utilisées actuellement [comme un impôt sur le patrimoine].

Q Dans votre livre, vous parlez du débat au Québec sur les droits de scolarité universitaires. Quelle est la meilleure solution à votre avis?

R C'est un débat très compliqué. Personne n'a trouvé le système parfait en matière universitaire. Il va falloir faire preuve d'imagination si on veut concilier efficacité et égalité d'opportunité. Les universités américaines posent un problème sérieux d'égalité d'opportunité. Le revenu moyen des parents des étudiants de Harvard est équivalent au top 2% [des plus riches]. En France, Science Po, une institution très élitiste, c'est le top 10%, ce qui n'est pas terrible non plus. Les droits d'inscription très élevés limitent les possibilités d'accès pour la classe moyenne et populaire, mais les universités ont aussi besoin d'autonomie. Je ne défends pas le modèle français, qui a de sérieux problèmes d'organisation. Le Québec a été tenté un moment de se rapprocher de droits d'inscription très élevés. Ce n'est pas la meilleure solution, on doit pouvoir faire mieux que ça, on doit pouvoir concilier plus de financement public et plus de dynamisme des universités. L'Europe du Nord et l'Allemagne sont très attachées à la gratuité de l'enseignement supérieur, ils y arrivent beaucoup mieux que la France. Mais je n'ai pas de leçon à donner au Québec.




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