Les jeunes entreprises technos handicapées par le français?

Ian Jeffrey, à droite, en compagnie de son... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Ian Jeffrey, à droite, en compagnie de son partenaire John Stokes. Jeffrey, fondateur de FounderFuel, croit que Montréal est victime d'une réputation de ville unilingue francophone.

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Le statut francophone du Québec fait encore une fois jaser à l'international. Le site internet Mashable, une référence dans le domaine des technologies de l'information, affirme que «la préoccupation du Québec pour le français» handicape le développement de jeunes entreprises en technologies.

Écrit par une journaliste d'origine montréalaise, Rebecca Hiscott, l'article fait d'abord l'apologie des avantages offerts par Montréal, dont les faibles frais d'exploitation, la forte présence universitaire, la créativité de sa main-d'oeuvre et ses généreux programmes fiscaux.

«Mais malgré ces avantages financiers, les lois qui affirment la primauté du français rendent difficile la tâche de Montréal pour établir sa domination comme superpuissance des jeunes entreprises technos [startups], poursuit-on. Et sa grappe technologique, qui dynamise de façon importante une économie québécoise autrement fragile, est celle qui en souffre le plus.»

Sans être complètement d'accord avec les prétentions de l'article, les différents intervenants interrogés par La Presse n'ont pas non plus nié que les questions linguistiques pouvaient représenter un certain obstacle.

«Je suis francophone et je suis la première à comprendre que le Québec instaure des lois pour protéger sa culture», amorce prudemment Emilie Boutros, chef de la direction financière de TandemLaunch, un incubateur de jeunes entreprises technologiques.

«Mais quand on lance une entreprise, on est très économe, et chaque dollar compte.» L'obligation de produire un site internet en français, alors que la plupart des jeunes entreprises du genre ciblent d'abord et avant tout le marché américain, est un exemple de dépense en apparence anodine qui peut venir fragiliser des finances déjà sensibles, selon Mme Boutros.

Dans le domaine du jeu vidéo, les jeunes entreprises doivent produire une version française pour bénéficier à plein du crédit d'impôt de 37,5%, ce qui peut représenter une tâche importante pour une petite équipe, note Jason Della Rocca, fondateur d'Execution Labs et aussi cité dans l'article de Mashable.

Anglais obligatoire

«Les entreprises que nous finançons n'ont pas le choix de regarder au sud de la frontière parce que c'est là que se trouve l'argent», explique pour sa part Ian Jeffrey, directeur général de l'incubateur FounderFuel.

Selon ce dernier, c'est principalement à l'étape du recrutement que le fait français pose problème. Les jeunes entrepreneurs ou spécialistes provenant de l'extérieur du Québec peuvent hésiter à déménager à Montréal, par peur de ne pas pouvoir se débrouiller.

«Cela dit, le Québec est francophone, mais le milieu des technologies se passe en anglais», note M. Jeffrey, de sorte qu'une fois sur place, toutes les craintes disparaissent.

«Dans la vraie vie, ça ne cause aucun problème, croit-il. C'est juste une question d'image et de perception.»

Problème de perception

L'article de Mashable pourrait justement avoir un impact sur ce problème de perception, estime-t-il. «C'est un peu ça, la réputation qu'on a. Les gens pensent qu'on parle juste français, alors ça peut renforcer ça.»

M. Jeffrey souligne néanmoins les aspects positifs mentionnés par Mashable, notamment en ce qui a trait aux faibles frais d'exploitation et aux universités.

«C'est vraiment très important pour un écosystème, et il y a de plus en plus d'investisseurs américains qui commencent à s'en rendre compte. Un développeur qu'on paie 60 000$ ici coûterait 150 000$ à San Francisco, et le roulement de la main-d'oeuvre là-bas est terrible.»




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