Chirurgie esthétique: place aux hommes

Le Dr Manish Khanna, de la clinique PEAU... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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Le Dr Manish Khanna, de la clinique PEAU esthétique médicale, fait une injection de Botox à un patient.

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Harry a 67 ans et dit en paraître 15 de moins. Depuis 20 ans, cet ancien joueur de soccer professionnel et ex-dirigeant d'une entreprise informatique, retraité aujourd'hui aux Bahamas, a subi trois opérations à Montréal. La première pour réparer un nez abîmé à cause du jeu, la deuxième pour un lissage (lifting) du visage et la dernière pour une blépharoplastie (intervention des paupières).

«Ce n'est pas visible et mon visage est lisse, assure-t-il. On me dit toujours: tu ne vieillis jamais! Je réponds alors: «Parce que je vis aux Bahamas!» J'ai 20 ans de plus que ma femme et on va bien ensemble. Je ne pense pas qu'elle serait avec moi si j'avais l'air de quelqu'un de 67 ans.»

Lifting du front ou du visage, injection de Botox cosmétique, remplissage des plis nasogéniens, liposuccion, réduction mammaire, traitements au laser pour effacer les taches de vieillissement... Les opérations et traitements esthétiques ne sont plus l'apanage des femmes. Si elles restent une clientèle prédominante, les hommes se tournent de plus en plus vers la chirurgie et les traitements correcteurs et de rajeunissement.

Chez Photoderma, ils représentent désormais 10% du chiffre d'affaires des 10 cliniques (bientôt 11). «C'était 2% en 2004, note la présidente Nathalie Forget. Et auparavant, cette clientèle était davantage homosexuelle.»

Chez Novaderma, à Sherbrooke, on parle de 20%. «Il y a huit ans, on n'accueillait que deux hommes par an», note aussi la fondatrice Marlène Morin. Et chez PEAU, esthétique médicale, près d'un client sur trois est un homme. «Les hommes sont plus ouverts maintenant», affirme le Dr Manish Khanna, fondateur et directeur médical.

Des hommes d'affaires

L'homme qui se rend en clinique - un homme d'affaires dans bien des cas - n'est plus une espèce rare. Même si la chose est toujours taboue, il ne passe plus forcément par la porte arrière pour consulter et recevoir des traitements.

«Beaucoup d'hommes, tels des avocats, côtoient des associés plus jeunes, souligne Manish Khanna. À 55 ans et plus, on a de l'expérience, mais la différence d'âge pèse. On ne veut pas être le patriarche du groupe, mais un membre au sein du groupe! Aujourd'hui, ce n'est plus celui qui a le plus d'expérience qui est le chef, mais celui qui est bon. Or, l'image peut être un obstacle. J'ai eu ce commentaire de dizaines d'avocats.»

Le Dr Nabil Fanous de l'Institut canadien de... (Photo Olivier Pontbriand, La Presse) - image 3.0

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Le Dr Nabil Fanous de l'Institut canadien de chirurgie esthétique

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

«Dans plusieurs domaines d'affaires, c'est important d'avoir l'air dynamique pour réussir, dit Nabil Fanous, expert en chirurgie esthétique et président de l'Institut canadien de chirurgie esthétique. Les gens font un lien entre jeunesse et dynamisme. Avec des sourcils qui baissent et des lèvres qui s'amincissent avec les années, l'expression du visage change. On a l'air plus fatigué et plus sérieux.»

Les renseignements sur l'internet et la multiplication de produits de beauté masculins aident les hommes à envisager l'intervention ou des traitements médico-esthétiques. «Avant, les femmes traînaient leur mari, maintenant, il appelle lui-même, soutient Nathalie Forget. Il y a plus de crèmes sur le marché et de publicités pour des produits destinés aux hommes. Les acteurs hollywoodiens vieillissent en beauté et les hommes s'identifient à eux.»

«Le mot «Botox» s'est démocratisé, note Manish Khanna. Il y a beaucoup plus de renseignements sur l'internet. On voit des visages masculins sur les dépliants explicatifs. Parallèlement, dans la documentation en clinique, il y a maintenant des onglets Homme.»

«La médecine esthétique, qui exclut les opérations, intéresse beaucoup les hommes, car ils n'ont pas besoin de prendre des congés, soutient aussi le chirurgien Mario F. Bernier, de la clinique de chirurgie plastique et médecine esthétique Dr Mario F. Bernier. Ils sont aussi moins exigeants que les femmes. Ils ne veulent habituellement qu'une amélioration.»

La récupération doit être rapide, mais surtout, la transformation doit être subtile! «La majorité des hommes ne veulent pas qu'on sache qu'ils ont eu recours à la chirurgie, soutient Nabil Fanous. Est-ce parce que ça nuit au côté bénéfique de l'intervention? Qu'il y a un problème d'authenticité? Car très bien s'habiller et travailler extrêmement fort sont des traditions généralement associées au monde des affaires. On ne parle généralement pas de choses futiles.»

Encore le Botox

Sans surprise aujourd'hui, l'injection de Botox est l'acte esthétique le plus fréquent au monde. En 2012, on a rapporté plus de 6,1 millions d'interventions aux États-Unis, dont 390 000 pour les hommes. «On note une baisse dans certains secteurs de chirurgie, dit Mario F. Bernier. Dans les années 90, je faisais beaucoup de liftings frontaux par endoscopie. Mais le Botox a provoqué une révolution. On peut faire un front lisse sans intervention.»

De 2011 à 2012, les interventions au Botox chez les hommes ont crû de 7%, alors que de 2000 à 2013, le nombre de chirurgies esthétiques a reculé de 16%, selon l'American Society of Plastic Surgeons (ASPS). Évalué à 11 milliards aux États-Unis seulement, le marché des traitements médico-esthétiques et des interventions sur les hommes et les femmes a connu une croissance de 5% en 2013.

De Novaderma à PEAU en passant par l'Institut canadien de chirurgie esthétique, l'augmentation du chiffre d'affaires va de 10 à 25%. «Quand les résultats sont bons, les gens se le disent, dit Marlène Morin. Et le bouche à oreille est encore plus efficace chez les jeunes. On en parle aussi plus dans les médias en indiquant que ce n'est pas dangereux.»

La tendance n'est pas près de s'inverser, même si de tels traitements ne peuvent être considérés comme l'unique solution pour changer d'apparence, rajeunir et acquérir de la confiance en soi!

«Il y a une vive compétition entre les hommes d'affaires. Et l'apparence joue un rôle dans cette compétition, explique François Courcy, professeur au département de psychologie de l'Université de Sherbrooke et psychologue du travail.

«Pour certains, l'image de leur entreprise est rattachée à celle des employés. Ils veulent représenter l'entreprise sous leur meilleur jour et ils soignent l'ensemble des détails.»

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Le Dr Manish Khanna, chirurgien fondateur de la clinique PEAU esthétique médicale.

Photo Martin Chamberland, La Presse

La nécessité d'investir

Les propriétaires de cliniques investissent de plus en plus dans l'acquisition de lasers et d'autres appareils de traitement médico-esthétique.

Il y a un an, PEAU, esthétique médicale s'est dotée de la technologie miraDry, qui permet de réduire presque totalement la sudation aux aisselles en deux traitements de 3500$ chacun.

«C'est un investissement notable pour la clinique», dit le Dr Manish Khanna, fondateur et directeur médical de la clinique PEAU, qui offre aussi depuis trois ans la technologie CoolSculpting pour réduire les poignées d'amour. «En général, une technologie représente un investissement de 100 000 à 175 000$. Ajoutez à cela des frais d'exploitation. Le prix fixe par traitement est alors très élevé.»

«On n'a pas le choix d'investir, affirme Mario F. Bernier, de la clinique qui porte son nom. Je le fais chaque année pour une nouvelle technologie. Pour ça, mon budget est en croissance. Mon dernier laser en épilation permanente a coûté 75 000$. Il y a un an et demi, j'ai décidé de fermer mon propre bloc opératoire que j'ai eu pendant 15 ans, car je constatais une baisse du nombre d'opérations, et les infirmières étaient payées à ne rien faire.»

Mario F. Bernier loue maintenant des locaux chez RocklandMD, à Mont-Royal, pour opérer. «Ça me permet d'investir dans la médecine esthétique, dit-il. Dans les congrès, on nous dit: «Vous n'avez plus le choix de faire de la médecine esthétique, car les gens se tournent tous vers ça.» Il y a tellement de recherche qui se fait et tellement d'entreprises qui nous présentent leur machine. Dans 20 ans, peut-être que les liftings du visage, ça n'existera plus!»

Une clientèle de plus en plus jeune

Même si le marché est en croissance, on est loin de la liste d'attente de plusieurs mois pour des interventions et des traitements médico-esthétiques. Les chirurgiens pratiquent d'ailleurs souvent également à l'extérieur de leur clinique. «Environ 200 médecins au Québec exercent la chirurgie esthétique, explique Nabil Fanous, président de l'Institut canadien de chirurgie esthétique. Mais ceux qui sont très occupés se comptent sur les doigts d'une main. Le nombre de patients n'est pas énorme. Aux États-Unis, il y a 1,5 million d'interventions esthétiques par an. Au Québec, le nombre est plus petit.»

Les praticiens pourraient néanmoins être plus occupés à l'avenir grâce à un autre groupe qui se tourne de façon marquée vers la chirurgie et les traitements médico-esthétiques: les 19 à 34 ans. Selon un rapport réalisé pour l'American Society of Plastic Surgeons, de 2011 à 2012, les traitements non invasifs ont augmenté de 4% chez ce groupe. Si les personnes âgées de 35 à 50 ans demeurent les plus susceptibles à recourir à des traitements de Botox cosmétique, une rhinoplastie, une réduction du tour de taille ou une augmentation mammaire, les 19-34 ans représentent aujourd'hui le cinquième du marché nord-américain.

Les opérations et les traitements les plus populaires chez cette clientèle? Injections de Botox cosmétique (+ 15,2% l'an dernier), remplissage des plis nasogéniens à l'acide hyaluronique (+ 14%) et augmentation mammaire(+ 52,2%).

Récemment, à 22 ans, Jonathan* a subi une abdominoplastie et une liposuccion. «Il y a un an, je pesais 302 lb», raconte celui qui s'apprête à entrer sur le marché du travail comme commis comptable. «J'ai perdu 85 lb par moi-même, mais ça laisse des traces.»

Coût des opérations? Environ 13 000$. «C'est raisonnable si on considère que ça me prendrait un an et demi ou deux pour perdre les 20 lb de trop, explique-t-il. Si on part du principe que le temps, c'est de l'argent, c'est quelques dollars de l'heure dans une journée de travail!»




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