Analyse

S'ajuster à une économie moins anémique

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen... (Photo Étienne Ranger, archives LeDroit)

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Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz

Photo Étienne Ranger, archives LeDroit

Rudy Le Cours
La Presse

Lorsque Stephen Poloz avait rencontré la presse le 20 janvier, il avait expliqué que les autorités monétaires canadiennes avaient envisagé un nouvel assouplissement monétaire avant de pencher pour le statu quo.

Le gouverneur de la Banque du Canada et son équipe faisaient le même constat que tous les prévisionnistes : le prix du pétrole était alors en chute libre tout comme la valeur du dollar canadien tandis que les données les plus récentes sur le rythme de croissance (septembre et octobre) suggéraient que l'économie canadienne était à nouveau en panne. M. Poloz avait même affirmé que les modèles économiques de la Banque indiquaient que l'économie canadienne ne retrouverait pas son plein potentiel avant la fin de 2017.

Très pessimiste, son scénario prévoyait une croissance réelle annualisée d'à peine 0,8 % durant l'hiver faisant suite à un automne médiocre estimé à 0,3 % seulement.

Seule soupape à ce scénario, il ne prenait pas en compte comment les mesures budgétaires du nouveau gouvernement allaient stimuler l'activité économique.

Ce sera le premier élément à surveiller dans le nouveau scénario économique contenu dans le Rapport sur la politique monétaire (RPM) qui paraîtra mercredi matin. En même temps, la Banque annoncera vraisemblablement qu'elle reconduit son taux cible de financement à un jour, fixé à 0,5 % depuis juillet.

Les mesures contenues dans le budget du ministre Bill Morneau sont susceptibles d'augmenter la croissance réelle jusqu'à un demi-point de pourcentage cette année, peut-être un peu plus en 2017.

En janvier, la Banque avait pronostiqué 1,4 % de croissance en 2016 et 2,4 % en 2017.

Il ne fait aucun doute que la prévision pour l'année en cours sera haussée. En plus du stimulus budgétaire, les autorités monétaires doivent aussi considérer que l'expansion automnale a été moins mauvaise que prévu (0,8 %) et que celle de l'hiver aura été beaucoup plus robuste que ce qu'elle avait entrevu en janvier. Le chiffre de 3 % est celui qui circule le plus. Il est fondé sur l'élan donné par la croissance de 0,2 % observée en décembre et par le bond spectaculaire de 0,6 % en janvier. Même avec deux stagnations en février et mars, on arrive à 3 %.

Contrairement à ses habitudes passées, la Banque ne s'est pas avancée au-delà du printemps dans ses prévisions trimestrielles. Avec ses pronostics de 0,8 % pour la période de janvier à mars et de 1,4 % pour d'avril à juin, on présume qu'elle voyait une légère accélération de la croissance, à mesure que l'année avance et que les exportations hors ressources suppléent aux livraisons d'hydrocarbures.

Les données de novembre, de décembre et de janvier sur le commerce international de marchandises indiquent que cette rotation est bel et bien en cours, en dépit du repli observé en février.

Les données encourageantes sur le marché du travail suggèrent aussi que la forte augmentation du chômage observée dans les provinces productrices d'or noir est compensée par beaucoup d'embauches en Colombie-Britannique, en Ontario, mais trop peu au Québec.

Le scénario économique incorporera pour la première fois une estimation de la croissance pour l'année 2018. Même si beaucoup d'eau va passer en dessous du pont d'ici là, il s'agira d'une indication intéressante. Si la Banque estime toujours que l'économie retrouvera son plein potentiel à la fin de 2017, alors il faudra bien que la normalisation du taux directeur soit enclenchée d'ici là, surtout qu'il faut compter de deux à trois trimestres pour qu'une modification de taux fasse pleinement son effet dans l'économie.

Un taux neutre, qui n'est ni accommodant ni restrictif, devrait se situer aux environs de 3 % à 4 %, selon ce qu'avait indiqué en septembre 2014 la première sous-gouverneure Carolyn Wilkins. Tout le monde ou presque s'entend cependant pour dire qu'on ne s'y rendra pas au cours du présent cycle. Tout le monde s'entend aussi que ce taux est bien plus élevé que le taux actuel de 0,5 %.

Jusqu'à maintenant, la Banque a très bien manoeuvré dans sa gestion de l'inflation. La marche des prix à la consommation de base a progressé près de la cible d'inflation tandis que l'inflation totale demeure sous les 2 %, mais bien près de sa prévision de 1,5 % pour le premier trimestre. Pour la fin 2016, la Banque prévoyait en janvier que l'inflation totale sera à 1,6 %. Ce pourrait être un peu plus, si le rythme de croissance reste soutenu.

Reste à voir si M. Poloz et son équipe seront prêts, comme la Réserve fédérale américaine, à tolérer une inflation un peu plus élevée que la cible. On en aura une meilleure idée à l'automne quand seront connus les objectifs de la Banque en matière d'inflation pour les cinq prochaines années.




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