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Le scandale de corruption Petrobras secoue le Brésil

Le président de la Chambre des députés et... (Photo Eraldo Peres, AP)

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Le président de la Chambre des députés et proche de la présidente Dilma Rousseff, Eduardo Cunha, est l'un de ceux qui seront accusés en lien avec l'affaire.

Photo Eraldo Peres, AP

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Claire DE OLIVEIRA NETO
Agence France-Presse
RIO DE JANEIRO

Le feu vert donné par la Cour suprême du Brésil au parquet d'enquêter sur des dizaines d'hommes politiques dans le cadre du scandale de corruption Petrobras fait trembler la coalition au pouvoir et menace l'économie du pays.

Après une journée de tensions dans les milieux politiques à Brasilia, la liste tombée vendredi soir  impressionne : 49 hommes politiques cités, dont 12 sénateurs et 22 députés en cours de mandat, de cinq partis dont trois de la coalition gouvernementale.

Parmi eux, les présidents du Sénat, Renan Calheiros, et de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, du parti centriste PMDB, incontournable pour gouverner et allié-clé du gouvernement de Mme Dilma Rousseff. Le PMDB sort affaibli et divisé, une partie de ses membres se rapprochant de l'opposition, ce qui va augmenter la difficulté pour la présidente de faire passer ses projets au Congrès.

Selon le  parquet, les hommes politiques cités recevaient des pots-de-vin hebdomadaires, tous les quinze jours ou chaque mois et les enquêtes ont révélé «les agissements d'une organisation criminelle complexe» à laquelle appartient le noyau politique.

Le procureur de la République Rodrigo Janot veut déterminer les responsabilités dans ce retentissant scandale de contrats frauduleux avec des entreprises, de pots-de-vin et de blanchiment d'argent qui auraient généré un manque à gagner de 4 milliards de dollars en 10 ans pour le géant pétrolier Petrobras, la compagnie phare du pays contrôlée par l'État et autrefois «fierté nationale».

Le parquet enquêtera aussi sur le financement de la campagne de 2010 de Mme Rousseff quand elle a succédé au président Luiz Inacio Lula da Silva, son parrain politique.

Le nom d'Antonio Palocci, ex-ministre des Finances de Lula et ex-chef de cabinet de Rousseff (en 2011), a surgi dans les déclarations de prévenus qui collaborent avec la police dans l'espoir d'une réduction de peine. Palocci aurait reçu 700 000 dollars de la part d'opérateurs financiers du réseau de corruption monté au sein de Petrobras pour la campagne de Mme Rousseff.

Pays paralysé ? 

Pour l'instant, tous les suspects nient et affirment qu'on les condamne d'avance.

Les décisions de justice à venir pourraient avoir des conséquences imprévisibles pour le Brésil, selon les analystes.

«L'affaire de corruption de Petrobras va-t-elle paralyser le pays», s'interroge l'hebdomadaire économique Exame, d'autant que d'autres secteurs de l'économie tournent au ralenti. Outre Petrobras, une trentaine de grandes entreprises sont impliquées, ce qui a entraîné l'arrêt de chantiers, la suspension ou la révision de lignes de crédits et de contrats.

La situation menace l'ajustement budgétaire que le pays veut faire pour relancer la croissance dans une économie en berne depuis cinq ans. La croissance du PIB 2014, qui sera connue fin mars, sera proche de zéro voire négative, et de même pour 2015, a déjà reconnu le ministre de l'Économie Joaquim Levy.

Mardi soir, le président du sénat, Renan Calheiros, mécontent que son nom ait filtré dans la presse (avant la divulgation officielle de la liste vendredi), a rejeté contre toute attente une mesure-clé de l'ajustement budgétaire qui mettait fin aux avantages fiscaux des entrepreneurs. Cela a été interprété par les analystes comme une «déclaration de guerre» du législatif à l'exécutif.

Le PMDB est la première force politique au Sénat et la seconde à la Chambre basse, derrière le Parti des travailleurs (PT-gauche) de Dilma Rousseff, au pouvoir depuis douze ans.

L'effet sur l'image publique des hommes politiques qui feront l'objet d'une enquête ne pourra faire qu'aggraver la relation entre le PT et le PMDB dont Mme Rousseff ne peut se passer pour gouverner, alors qu'elle est en perte de popularité de 19 points à 23% en février, selon Datafolha.

«La liste a été un coup de poignard dans le coeur du PMDB. Le parti doit repenser sa stratégie d'action. L'heure n'est pas aux conflits, ni pour le PMDB, ni pour le gouvernement. La solution est un pacte», affirme samedi Marly Motta, historienne à la Fondation Getulio Vargas, citée par le quotidien O Globo.




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