Halloween: la science de la peur disséquée

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La maison hantée ScareHouse, de Pittsburgh, où la sociologue Margee Kerr a mené ses expériences sur la peur.

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Ce soir, fantômes, sorcières et autres petits vampires prendront les rues d'assaut. Tout en faisant le plein de friandises, ils s'amuseront aussi à se donner la frousse. En ce jour d'Halloween, La Presse décortique la science de la peur avec Margee Kerr, une sociologue de l'Université de Pittsburgh qui mène certaines de ses expériences... dans une maison hantée. Autopsie de la peur en cinq points.

Une réaction de survie

Avoir peur, vraiment peur, est une émotion parmi les plus intenses que l'être humain puisse ressentir. Et ce n'est pas pour rien. «La peur est directement responsable de notre survie en tant qu'espèce. Nous avons appris à réagir très rapidement à ce qui nous menace», explique Margee Kerr, qui vient de publier un livre sur le sujet intitulé SCREAM: Chilling Adventures in the Science of Fear. La peur, explique la scientifique, est une réaction purement animale, qui sollicite les zones les plus anciennes de notre cerveau. «Ce sont des mécanismes automatiques, qui impliquent ce qu'on appelle souvent notre cerveau reptilien», dit-elle.

Une cascade de réactions

«Aussitôt que notre corps détecte un indice suggérant que nous pourrions être menacés, il libère une myriade de messagers chimiques qui vont aller déclencher des réactions en cascade», explique Mme Kerr. Adrénaline, cortisol, endorphines, dopamine, sérotonine, ocytocine: un véritable cocktail de neurotransmetteurs se met à couler dans nos veines si on perçoit un danger. Ces neurotransmetteurs commanderont au corps d'augmenter le rythme cardiaque, de respirer plus vite et de transformer les sucres et les gras en carburant pour les muscles. «Le but est de nous transformer rapidement en machine capable soit d'affronter le danger, soit de le fuir», explique-t-elle.

Un laboratoire... hanté

Pour mesurer ces réactions provoquées par la peur, Mme Kerr aime travailler dans un laboratoire bien particulier: une maison hantée commerciale en banlieue de Pittsburgh appelée ScareHouse et décrite comme l'une des plus effrayantes des États-Unis. La chercheuse fait passer des électroencéphalogrammes à ses sujets avant et après leur passage dans la maison des horreurs afin de mesurer les changements dans l'activité électrique de leur cerveau. Grâce à un capteur installé sur un doigt, elle mesure aussi la conductivité de leur peau. Plus celle-ci est élevée, plus le sujet transpire, un mécanisme qui montre que son corps réagit à des stimulus. Elle fait aussi remplir des questionnaires aux sujets pour connaître leurs émotions.

La peur positive

Pourquoi diable certaines personnes paient-elles pour aller vivre l'épouvante dans une maison hantée? Pour Margee Kerr, qui se décrit elle-même comme une «fan finie» de films d'horreur, la question est intrigante. «Nos recherches montrent que le passage dans la maison hantée change la façon dont les gens traitent les informations cognitives et émotionnelles, dit-elle. Ils rapportent se sentir mieux!» La scientifique en est encore à l'étape d'analyser comment la peur peut provoquer le plaisir. Elle soupçonne que la dose massive de neurotransmetteurs qui afflue dans le sang a son rôle à jouer - les sujets surferaient sur les effets de ces drogues naturelles. «Il y a aussi une dimension psychologique, dit-elle. C'est complexe, mais la peur change notre façon de voir les choses.» Sans compter que comme tout bon divertissement, les frissons de peur, quand ils surviennent dans un environnement contrôlé, font oublier pour un moment les vrais problèmes quotidiens.

La peur qui s'incruste

Sentir son corps se mettre en alerte lorsqu'un squelette vous ouvre brusquement la porte à laquelle vous aviez cogné pour quémander des bonbons, c'est une chose. Mais lorsque ce mécanisme de défense se maintient sur de longues périodes, il y a danger. «Si le corps est sur le mode «combat ou fuite» de façon chronique, plusieurs conséquences négatives peuvent survenir. C'est là que la dépression, l'hypertension, divers problèmes de métabolisme apparaissent», dit Mme Kerr. La peur serait donc comme les friandises: à petites doses, elle peut susciter le plaisir. Mais rappelez-vous qu'on ne fête pas l'Halloween tous les jours.

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