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Programme d'aide aux médecins: hausse marquée des demandes de soutien

En 2016-2017, 701 médecins ont interpellé leur Programme d'aide aux médecins... (PHOTO Megan Bearder, ARCHIVES The New York Times)

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En 2016-2017, 701 médecins ont interpellé leur Programme d'aide aux médecins (PAMQ) ou ont eu besoin de son soutien ponctuel, en groupe. C'est une augmentation de 40 % de nouveaux cas par rapport à l'année précédente, attribuée notamment à l'onde de choc qui a suivi le suicide d'au moins six de leurs confrères et à la pression accrue qu'ils subissent ces derniers temps.

Si on ajoute ceux qui bénéficiaient déjà d'un suivi après une demande présentée en 2015-2016, le PAMQ a dû venir en aide à un total de 1581 médecins en 2016-2017, est-il indiqué dans le rapport annuel 2016-2017 obtenu par La Presse.

« Les situations observées au programme ont toutes en commun le potentiel d'engendrer des impacts psychologiques pouvant ultimement nuire à la qualité des soins aux patients », peut-on lire dans le rapport.

«La grande majorité des clients ayant consulté le programme en 2016-2017 a évoqué les pressions du système de santé. Dans certains cas, cette pression constituait le motif principal de consultation.»

Extrait du rapport du PAMQ

Les directives pour accroître le nombre de patients vus en consultation « ou pour augmenter la cadence ont généré chez plusieurs une crainte de commettre des erreurs en raison d'une pratique qu'ils qualifiaient de ‟périlleuse" », écrit le PAMQ.

Indépendant des fédérations et des organismes médicaux, du Collège des médecins et des facultés de médecine, le PAMQ a une politique stricte de non-divulgation des renseignements à des tiers. C'est donc en toute confiance que les médecins peuvent s'adresser à lui.

« JE NE PEUX PAS LAISSER TOMBER MES COLLÈGUES »

Le PAMQ fait aussi bien des interventions de groupe dans des établissements (après le suicide d'un collègue, notamment) que de l'aide personnelle. La hausse de ces seules demandes d'aide individuelle a été de 20 % au cours de la dernière année.

« Ce que l'on a souvent entendu, c'est qu'il manque de médecins, qu'ils ne sont pas remplacés. "Je ne vais pas bien, mais je ne peux pas laisser tomber mes collègues parce qu'on est déjà trop peu nombreux à se partager la tâche" », explique en entrevue téléphonique la docteure Anne Magnan, directrice générale du PAMQ.

Il n'existe pas de registre concernant le suicide de médecins. Six ont été rapportés à la PAMQ en 2016-2017, mais il n'est pas exclu qu'il y en ait eu davantage.

« Dans les dernières années, précise par ailleurs la Dre Magnan, les médecins viennent de plus en plus nous voir pour des enjeux reliés à l'exercice de la médecine. Pour les médecins, c'est inacceptable de même penser avoir fait une erreur. C'est difficile à vivre. »

«Le nombre de plaintes au Collège ou dans les établissements augmente, et on en voit de plus en plus les répercussions au programme.»

La Dr Anne Magnan, directrice générale du PAMQ

Les problématiques observées au PAMQ sont de quatre types :  des difficultés d'ordre professionnel (épuisement professionnel, plainte ou poursuite judiciaire, échec ou difficulté scolaire, inconduite professionnelle, problèmes liés au vieillissement ou à la retraite, conflit au travail, etc.) ; des problèmes de santé mentale (troubles anxieux, troubles de l'humeur, troubles du comportement alimentaire), des difficultés d'ordre personnel et, enfin, l'abus de substances (alcool, médicaments, drogues, etc.).

« LA PRESSION A AUGMENTÉ D'UN CRAN » 

Le cas de Stéphane, qui a lui-même consulté le PAMQ au cours de la dernière année, est très représentatif. Sur le plan personnel, dit-il, il a vécu des difficultés au cours des derniers mois. Au travail, ça n'allait pas non plus. « Comme médecin, de la pression, il y en a toujours eu, mais ça a augmenté d'un cran ces derniers temps, raconte-t-il. Personnellement, j'ai vécu difficilement cette pression pour prendre plus de patients et pour couvrir plusieurs services. On a aussi subi plusieurs lois coercitives, sans qu'on sache les conséquences qu'elles auront sur nous personnellement - financières ou autres - si on n'arrive pas à atteindre les cibles fixées. »

À cela s'ajoute l'impression « que les gestionnaires sont très loin de nous et très déconnectés de la réalité ».

Et quand les médecins finissent par voir ces gestionnaires, dit Stéphane, « on les sent eux-mêmes très fatigués, voire dépassés ».

Toujours essoufflé et constatant qu'il n'arrivait jamais à bout de toutes les tâches qu'il avait à faire, Stéphane a cependant changé son état d'esprit au cours des derniers mois. « Je me suis fixé mon propre objectif de patients à suivre, et tant pis pour le reste. Il arrivera ce qui arrivera. »

ILS ONT DIT...

« C'est le résultat direct de ce que l'on vit depuis les dernières années. Ce n'est pas une surprise. Ça fait longtemps qu'on dit qu'on ne pourra pas continuer de gérer ça de cette façon-là [...], toujours par les obligations et les menaces. » - Le Dr Louis Godin, président-directeur général de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

« Depuis 2014 ce que l'on voit, c'est un changement drastique dans la nature des réclamations*. Les réclamations de type santé mentale sont passées de 20 % à 55 %. [...] Il y a une corrélation presque parfaite qui laisse dire qu'il se passe quelque chose. La réforme [de la santé] semble effectivement créer une problématique. » - Normand Laberge, directeur général de l'Association médicale du Québec

* L'AMQ offre un programme d'assurance pour les médecins

(Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a fait savoir qu'il serait prêt à réagir aujourd'hui. Hier, le Collège des médecins a dit n'avoir pas encore pris connaissance du rapport.)

En chiffres

  • 35 % Hausse des demandes d'aide émanant de médecins spécialistes
  • 19 % Augmentation des demandes d'aide formulées par les médecins de famille
  • 6 % Hausse des demandes provenant de résidents
  • 44,7 ans Âge moyen des médecins (excluant les résidents) qui se sont adressés au PAMQ en 2016-2017




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