Controverse: quand on donne son sein à un bébé qui n'est pas le sien

Donner le sein à un poupon qui n'est... (photo Steve White, archives la presse canadienne)

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Donner le sein à un poupon qui n'est pas le sien, sans l'autorisation des parents, est-ce acceptable ? La question a enflammé les réseaux sociaux, hier.

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Allaiter un poupon qui n'est pas le sien ou lui donner le sein, sans l'autorisation des parents, est-ce acceptable ? La question a enflammé les réseaux sociaux, hier, après que la chroniqueuse du Globe and Mail Leah McLaren a raconté dans un texte avoir tenté de donner le sein au bébé du député conservateur et candidat à la direction de son parti Michael Chong. Certains l'accusent d'« agression sexuelle » et de « pédophilie », tandis que d'autres font valoir qu'elle a peut-être voulu réconforter un bébé en pleurs.

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Raphaëlle Petitjean, du Mouvement allaitement du Québec (MAQ), souligne qu'une femme qui donne le sein à un enfant qui n'est pas le sien peut faire « un geste instinctif pour le réconforter ».

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Donner le sein à un poupon qui n'est pas le sien, sans l'autorisation des parents, est-ce acceptable ? La question a enflammé les réseaux sociaux, hier.

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L'épisode

Lors d'une soirée mondaine dans une maison privée, il y a une quinzaine d'années, la chroniqueuse raconte avoir cajolé un poupon installé dans une chambre. Le bébé a commencé à téter son doigt. « J'ai tout de suite su ce qu'il voulait, écrit-elle. Le problème, c'est que je n'avais pas de lait. Mais est-ce que ça serait mal, me suis-je demandé, si j'essayais, juste pour voir l'effet que ça faisait ? » Mme McLaren explique qu'elle déboutonnait sa blouse quand Michael Chong, le père du nourrisson, est entré dans la chambre. Surpris, il lui a poliment dit qu'il allait s'occuper de son fils et a quitté les lieux peu de temps après.

La controverse

Le texte a été publié le 22 mars sur le site web du Globe and Mail, où Leah McLaren tient une chronique depuis 18 ans. Il a été retiré peu de temps après, mais a refait surface sur les réseaux sociaux dimanche, après avoir été retrouvé dans les archives cachées du quotidien. La journaliste a alors été sévèrement critiquée. « Leah McLaren devrait être en prison. Ou au moins accusée d'une forme d'agression », a par exemple dénoncé un utilisateur de Twitter qui se fait appeler Grumble Pie. Sur la page Facebook du National Post, journal concurrent qui a publié un article sur la question hier, plusieurs lecteurs s'insurgeaient aussi contre une « agression sexuelle » et un geste de « pédophilie ». La direction du Globe and Mail n'a ni commenté la controverse ni expliqué pourquoi le texte avait été publié, puis retiré.

Les excuses

Le député Michael Chong, qui brigue la direction du Parti conservateur, a confirmé l'histoire, qu'il qualifie d'« étrange », mais sans en faire trop de cas. « Cet incident étrange est survenu il y a plus de 10 ans et a été sans conséquence. Occupons-nous plutôt des importants défis d'aujourd'hui », a-t-il commenté sur Twitter en milieu de journée hier. À la fin de son texte, Leah McLaren elle-même reconnaît qu'il était « grossier et franchement un peu bizarre de penser [qu'elle pouvait] allaiter le bébé d'un étranger ». Elle se qualifie ensuite de « stupide » avant de s'excuser auprès du couple. Elle raconte aussi avoir déjà allaité les bébés de ses amies, quand elle est devenue mère, et que ses enfants ont également été allaités par ses amies. « Tout ça pour dire que l'allaitement est agréable et merveilleux, tout comme le co-allaitement, et tout le monde devrait le faire », conclut-elle.

Geste de réconfort

Sans se porter à la défense de Leah McLaren, Raphaëlle Petitjean, du Mouvement allaitement du Québec (MAQ), souligne qu'une femme qui donne le sein à un enfant qui n'est pas le sien peut faire « un geste instinctif pour le réconforter ». « L'allaitement ne sert pas qu'à nourrir, c'est aussi pour le réconfort, la proximité », ajoute-t-elle, se désolant du fait que les seins sont souvent considérés avant tout comme des objets sexuels. « Il n'y a aucun abus sexuel là-dedans », s'insurge-t-elle, soulignant qu'un bout de doigt qui se retrouve dans la bouche d'un poupon est moins propre qu'un mamelon.

Échange de lait

Depuis quelques années, les mères sont de plus en plus ouvertes au partage de lait, souligne Mylène Schryburt, coordonnatrice de la ligue La Leche, qui offre du soutien aux femmes allaitantes. « Mais pour allaiter le bébé d'une autre, ça prend un consentement préalable, précise-t-elle. Il n'y a pas de raison d'allaiter un autre bébé sans autorisation des parents, à moins qu'il soit en danger. » Des femmes le font entre amies ou entre membres d'une même famille, par exemple lorsqu'on leur confie un autre bébé à garder, explique Raphaëlle Petitjean. « Mais tous ne sont pas à l'aise avec ça. »

Plaintes et insultes

Le mois dernier, une mère de la Caroline du Nord a porté plainte à la police contre une éducatrice en garderie qui a donné le sein à son fils sans autorisation. L'éducatrice a expliqué que le bébé de 3 mois pleurait beaucoup et semblait avoir des maux de ventre. Il souffrait finalement d'une intolérance au lactose. La police a décidé de ne pas porter d'accusations contre l'éducatrice. Une autre Américaine, mère de six enfants, a été attaquée sur les réseaux sociaux, l'automne dernier, parce qu'elle a allaité le bébé d'une maman hospitalisée, à la demande de cette dernière. Attendrie en voyant que les deux bébés se donnaient la main pendant l'allaitement, elle a publié une photo sur Facebook. « On m'a qualifiée de pédophile. Les gens ont dit des choses vraiment haineuses. C'était horrible », a dit Rebecca Wanosik au magazine People. Facebook a aussi retiré sa photo, une décision contestée par la jeune mère.

Prudence

Des femmes offrent aussi du lait maternel à vendre ou à donner sur les réseaux sociaux et dans les petites annonces. Mais de telles pratiques peuvent être risquées quand on ne connaît pas la donneuse personnellement, puisque des infections comme le VIH et l'hépatite C peuvent se transmettre dans le lait maternel. Santé Canada et la Société canadienne de pédiatrie n'approuvent donc pas le partage de lait non traité en dehors d'une banque de lait. Au Québec, il existe une banque de lait maternel, administrée par Héma-Québec, mais son accès est réservé aux bébés prématurés ou malades. Les mères donneuses doivent se soumettre à un processus strictement encadré, souligne le ministère de la Santé et des Services sociaux.




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