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Québec assurera la survie du Centre de prélèvement d'organes

Québec a créé le Centre de prélèvement d'organes... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Québec a créé le Centre de prélèvement d'organes de l'hôpital du Sacré-Coeur en juin 2013 afin d'optimiser le processus de prélèvement d'organes au Québec.

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Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, compte prolonger le financement du Centre de prélèvement d'organes (CPO) de l'hôpital du Sacré-Coeur à Montréal, qui s'élève à 1,4 million de dollars par année, et dit être «sur le point d'intervenir» afin de permettre l'utilisation de ce centre spécialisé à sa pleine capacité, a appris La Presse.

«J'ai l'intention de poursuivre le financement du CPO et même de le pérenniser», affirme le ministre, qui déplore le fait qu'une «chicane de médecins» entoure cette histoire.

Le Dr Jean-François Lizé, directeur médical par intérim de Transplant Québec, estime plutôt que «deux visions s'affrontent» et que, sur le terrain, la grande majorité des intervenants ne croient pas que le modèle du CPO soit «la voie vers laquelle aller pour améliorer le don d'organes» dans la province.

Le Dr Pierre Marsolais, coordonnateur du CPO, est pour sa part catégorique : le CPO a fait ses preuves et permettra d'améliorer le nombre de dons d'organes. Il se réjouit de la prolongation du financement, qu'il qualifie «d'immense soulagement».

En juin 2013, Québec a créé le CPO de Sacré-Coeur afin d'optimiser le processus de prélèvement d'organes au Québec. Au CPO, un bloc opératoire et une équipe sont disponibles 24 heures sur 24 pour accueillir les dons d'organes potentiels. Cette disponibilité permet d'accueillir en moins d'une heure tout donneur d'organes identifié.

Guerre de chiffres

Dans un article publié en novembre dans l'American Journal of Transplantation, on note que durant ses deux premières années d'activité, le CPO a prélevé 388 organes sur 126 patients, soit un taux de 124,6 personnes transplantées par million de population, ce qui se compare «très favorablement par rapport aux plus récentes données des pays développés».

***

Nombre de personnes transplantées par million de population :

  • ESPAGNE  40,2
  • FRANCE : 29
  • QUÉBEC : 20,4
  • ANGLETERRE : 20,3
  • ALLEMAGNE : 10,9
  • CPO (LES DEUX PREMIÈRES ANNÉES) : 124,6

***

Le Dr Lizé affirme quant à lui que «de très belles choses ont été faites au CPO». «Mais la réalité, c'est que les grands centres de prélèvement fonctionnent tous bien [...]. On n'a pas de chiffre montrant que Sacré-Coeur est plus efficace que les autres», dit-il. Le Dr Lizé travaille au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), mais il assure ne pas avoir de parti pris dans cette histoire.

Il affirme qu'un rapport du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) devant évaluer les performances des centres préleveurs est toujours attendu, et donc que rien ne permet, à ce stade-ci, de dire que le CPO est meilleur. La question est importante, selon le Dr Lizé, car le MSSS a statué en 2015 que le coût par prélèvement est 24 000 $ plus cher au CPO qu'ailleurs. Le Dr Lizé se demande si cet investissement en vaut la peine.

Le Dr Marsolais réplique que dans l'analyse du MSSS, tous les facteurs n'ont pas été pris en compte, notamment les économies engendrées par le fait qu'aucune opération ne doit être reportée à l'hôpital du Sacré-Coeur quand vient le temps de faire un prélèvement d'organes.

Une décision critiquée

Pour le ministre Barrette, il est évident que le CPO «améliore le processus» et que l'investissement en vaut la chandelle. «Depuis la première seconde, il y a des chicanes de docteurs pour l'argent qui vient avec», affirme M. Barrette.

Le ministre remet en question une décision prise par Transplant Québec de limiter le nombre de prélèvements pouvant être dirigés vers le CPO et de plutôt répartir les cas dans l'ensemble des centres préleveurs de la province. Pour lui, le CPO doit au contraire être «maximisé».

M. Barrette affirme que des «conversations auront lieu» avec Transplant Québec. «Le CPO avait été dessiné pour offrir des capacités optimales. On a investi pour le meilleur résultat pour la population et la meilleure efficacité. Ce qui se passe est contre-productif.»

Chez Transplant Québec, on affirme que le projet-pilote du CPO devait «soutenir le fonctionnement du système» et non pas «se substituer à ce qui se fait déjà». Le Dr Lizé estime que le CPO n'est «pas un mauvais projet», mais que Transplant Québec a toujours favorisé le fait que «le plus d'hôpitaux possible fassent des prélèvements» afin d'améliorer le nombre de dons. Transplant Québec déploie actuellement 10 médecins coordonnateurs dans autant d'hôpitaux afin d'encourager le don d'organes, un modèle utilisé en Espagne, pays le plus performant dans ce domaine.

Le Dr Marsolais dit pour sa part appuyer le modèle des médecins coordonnateurs, et en est d'ailleurs un lui-même. «Les deux modèles peuvent cohabiter. À seulement 20,4 personnes transplantées par million de population, le Québec peut améliorer beaucoup son nombre de dons.»




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