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Lavage des mains au CHUM: nettement insuffisant

Au CHUM, une politique sur l'hygiène des mains... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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Au CHUM, une politique sur l'hygiène des mains est en place depuis 2015.

Photo Olivier Jean, La Presse

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Le taux de lavage des mains est nettement insuffisant au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), révèlent des données 2016-2017 obtenues par La Presse. Dans les trois hôpitaux du CHUM, les employés en contact avec des patients se lavent les mains seulement 50 % des fois où ils le devraient. Un taux bien en deçà des 70 % visés par l'établissement.

Taux moyen de lavage des mains d'avril à décembre 2016 dans les hôpitaux du CHUM:

  • Hôtel-Dieu : 51 %
  • Notre-Dame : 49 %
  • Saint-Luc : 49 %
  • Objectif de l'établissement en 2017-2018 : 70 %

Pire aux urgences

De tous les départements hospitaliers, c'est aux urgences de l'hôpital Notre-Dame, de l'Hôtel-Dieu et de l'hôpital Saint-Luc du CHUM que le taux de lavage des mains est le plus bas, révèlent les statistiques.

Taux de lavage des mains aux urgences:

  • Hôtel-Dieu : 27 %
  • Notre-Dame : 23 %
  • Saint-Luc : 16 %

Des données inquiétantes

D'autres départements présentent des taux de lavage des mains nettement inférieurs à l'objectif. À l'unité coronarienne de l'Hôtel-Dieu, seuls 41 % des travailleurs se lavent les mains, et aux soins intensifs, ce taux atteint 51 %. À l'hôpital Notre-Dame, sur deux étages accueillant des services de chirurgie, le taux de lavage des mains atteint 38 %. Et sur deux étages accueillant des patients immunosupprimés, car ils subissent une chimiothérapie ou une greffe rénale, les taux atteignent respectivement 49 et 57 %. Les données obtenues par La Presse proviennent du service de prévention et contrôle des infections du CHUM. Six fois par année, des observateurs visitent les différents départements du CHUM et récoltent ces données. Le ministère de la Santé demande aux établissements de santé de la province d'atteindre un taux de lavage de mains de 70 % en 2017-2018 et de 80 % en 2019-2020.

Les médecins plus délinquants

Chez les travailleurs de la santé, ce sont les médecins qui semblent le plus résister au lavage des mains, selon les données.

Taux de lavage des mains chez les différents professionnels de la santé :

Hôtel-Dieu - Notre-Dame - Saint-Luc

Médecins et résidents 42 % 44 % 58 %

Préposés aux bénéficiaires 44 % 45 % 45 %

Hygiène-salubrité 49 % 57 % 52 %

Infirmières 58 % 51 % 48 %

Quand doit-on se laver les mains ?

  • Avant d'entrer en contact avec un patient ou son environnement
  • Avant une intervention aseptique
  • Après un risque de contact avec des liquides organiques
  • Après le contact avec le patient ou son environnement

Source: INSPQ

Ailleurs au Québec ?

Pour le moment, Québec n'a pas de données centralisées sur les taux de conformité aux pratiques exemplaires d'hygiène des mains dans les hôpitaux du Québec. Mais selon la littérature scientifique, le CHUM est loin d'être le seul établissement aux prises avec de faibles taux de lavage des mains. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ce taux s'élève en moyenne à 60 % dans les pays développés. La porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Marie-Claude Lacasse, explique qu'une méthodologie est en train d'être mise en place afin que les établissements de santé de la province puissent fournir des données à ce sujet dès 2017-2018.

Une mesure efficace

Spécialiste en santé publique à la Direction de santé publique de Montréal, la Dre Noémie Savard explique que le lavage des mains est l'une des méthodes les plus connues en prévention des infections. « La main est la partie du corps qui touche au plus d'objets et qui peut transporter le plus de micro-organismes. L'impact du lavage des mains est grand », dit-elle. Selon l'Organisation mondiale de la santé, une amélioration de l'hygiène des mains en milieu de soins permet de réduire de 50 % les infections. « Les établissements de santé sont les premiers responsables de la prévention et du contrôle des infections nosocomiales. Afin d'améliorer l'hygiène des mains, une culture à cet égard doit être promue par chaque établissement de santé », affirme Marie-Claude Lacasse.

À la recherche de solutions

Lors d'une séance du conseil d'administration du CHUM en décembre 2016, la direction a reconnu que trouver une solution optimale à ce problème récurrent n'est pas simple. Au cours des dernières années, plusieurs campagnes de sensibilisation ont été menées, notamment la campagne de l'OMS intitulée Sauvez des vies : lavez-vous les mains en 2005. Malgré tout, le taux de lavage des mains tarde à augmenter. « Le défi, c'est la répétition. Un travailleur de la santé peut être appelé à se laver les mains des dizaines, voire des centaines de fois par jour. C'est l'un des facteurs qui jouent le plus sur le lavage des mains », explique la Dre Savard.

  • 90 000: Nombre de personnes victimes chaque année d'infections nosocomiales au Québec
  • 4000: Nombre de décès liés aux infections nosocomiales au Québec
  • 50 %: Pourcentage de cas qui pourraient être évités par de bonnes pratiques d'hygiène des mains
  • 180 millions: Économies potentielles par année (en dollars)

Source : Hygiène des mains en milieu hospitalier, Stratégie de promotion et de formation, Unité d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé, CHU Sainte-Justine

Un effet connu depuis longtemps

Dans un rapport publié en juillet 2013 par le Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, on note qu'alors que l'effet positif de l'hygiène des mains sur la diminution des infections est connu depuis 1845 avec les travaux de l'obstétricien Ignace Semmelweis, « 170 ans plus tard, ce concept simple et efficace n'est toujours pas complètement intégré à la pratique clinique courante ». 

«Tous les efforts sont déployés»

Porte-parole du CHUM, Joëlle Lachapelle affirme que « tous les efforts sont déployés au CHUM pour que l'hygiène des mains soit au coeur des pratiques ». Une politique sur l'hygiène des mains est en place depuis 2015. Malgré des améliorations, le CHUM reconnaît que du travail reste à faire. Un groupe interdisciplinaire vient d'ailleurs d'être formé afin d'intensifier les efforts, explique Mme Lachapelle.




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