Cannabis: le message du syndicat de la SAQ suscite des critiques

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Le Syndicat des employés de magasins et de bureau de la SAQ ne cache pas son intérêt à ce que la vente de marijuana récréative soit éventuellement assurée par ses membres.

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Le Syndicat des employés de magasins et de bureau de la SAQ a discrètement lancé, avec la firme Octane stratégies, une campagne de relations publiques pour rallier la population à l'idée que la distribution de cannabis récréatif soit prise en charge par l'État. La démarche dérange certains organismes de santé publique qui ont été sollicités.

Le Dr Yves Lamontagne, ancien président du Collège des médecins devenu consultant chez Octane stratégies, a lui-même pris part aux démarches pour recueillir des appuis afin de créer une coalition d'organismes réclamant une « prise en charge par l'État québécois » de la distribution du cannabis. Le psychiatre est entré en contact avec la direction du Collège des médecins et celle de l'Ordre des infirmières du Québec pour les inviter à signer une lettre publique demandant au gouvernement de « lancer rapidement des consultations sur les différents modèles de distribution étatiques envisageables ». Les deux ordres professionnels ont refusé de signer.

«Ce n'est pas moi qui suis chargé de ce dossier. Je n'ai pas fait de téléphones, pas vraiment», a d'abord affirmé le Dr Lamontagne en entrevue, avant de se raviser et de préciser qu'il avait bien «parlé au Collège des médecins et à l'Ordre des infirmières» pour leur demander de participer à la coalition.

Le Dr Yv Bonnier Viger, directeur de la santé publique de la Gaspésie, dit quant à lui avoir signé la lettre après avoir été contacté par Octane il y a quelques jours. « Mais ce n'est qu'une fois la lettre signée que j'ai appris que c'était le syndicat de la SAQ qui était derrière ça. J'ai réécrit à Octane pour leur dire que si j'avais su, j'aurais apporté une nuance importante. » 

« Je suis d'accord pour que le cannabis soit soustrait aux réseaux commerciaux à but lucratif, poursuit-il, mais le vendre dans une succursale de la SAQ où on vend aussi de l'alcool, ce serait une très mauvaise idée. »

« Quand on sollicite des appuis et qu'on ne nomme pas qui est derrière la démarche, on appelle ça des groupes de façade », déplore le dirigeant d'un autre organisme du domaine de la santé qui a préféré taire son nom.

«On veut influencer le débat public»

En entrevue à La Presse, le DLamontagne, qui s'est joint à l'équipe d'Octane en juin 2016, a assuré qu'il ne connaissait pas le commanditaire de la campagne avant de passer des coups de fil. «L'initiative vient de qui, je ne sais pas. Je n'ai pas été mêlé à ça, a dit le médecin. Pour moi, ce qui compte, c'est qu'au bout du compte, la vente de cannabis soit gérée par des organismes publics, qu'il y ait un contrôle. Je défends ça comme ancien clinicien qui croit que s'il n'y a pas de structure, c'est la mafia qui va s'en mêler.»

La responsable du dossier chez Octane, Caroline Lavoie, assure pour sa part ne pas avoir caché que le syndicat était derrière la campagne. « J'ai parlé à beaucoup de gens. Toutes les fois qu'on m'a demandé [qui était derrière la démarche], j'ai donné l'information », dit-elle.

Le Syndicat des employés de magasins et de bureau de la SAQ ne cache pas son intérêt à ce que la vente de marijuana récréative soit éventuellement assurée par ses membres. Il a notamment commandé à l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) une étude démontrant la rentabilité d'une telle approche pour l'État.

Son président, Alexandre Joly, assure ne pas avoir voulu cacher l'implication de son syndicat dans la création de cette coalition. « On ne cache pas qu'on veut influencer le débat public à ce sujet. Ça peut sembler étrange pour certains partenaires qu'on finance cette coalition-là, et nous prenons acte des réserves de plusieurs groupes de santé publique qui trouvent que c'est une mauvaise idée de mettre le cannabis dans les mêmes magasins où on vend de l'alcool », a-t-il affirmé. « Cela dit, les gens qui ont signé la lettre, on ne leur a pas dicté les termes. Tout ce qu'on demande, c'est que la vente de cannabis soit publique, pas qu'elle soit faite expressément par la SAQ. »




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