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Allergies alimentaires: de nouvelles règles qui sèment colère et confusion

Les nouvelles règles - publiées hier aux États-Unis - disent que les... (photo brad farris, archives la presse canadienne)

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Les nouvelles règles - publiées hier aux États-Unis - disent que les bébés devraient absorber des arachides le plus tôt et le plus souvent possible, soit dès l'âge de 4 à 6 mois. Car cela réduit de 80 % le risque de développer une allergie mortelle chez les plus à risque d'entre eux.

photo brad farris, archives la presse canadienne

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Un tsunami a balayé jeudi toutes les idées reçues au sujet des allergies alimentaires. Au lieu de bannir les arachides, les nouveaux parents doivent désormais en donner le plus vite et le plus souvent possible à leur bébé - même s'il est considéré à haut risque. La publication de ces nouvelles directives officielles a contrarié plusieurs familles. Elle en fait trembler d'autres. Et compliquera la tâche des allergologues déjà surchargés.

Confus, craintifs, frustrés... Les parents d'enfants allergiques ont du mal à digérer les nouvelles directives sur l'introduction des arachides, parce que celles-ci renient totalement les anciennes. Et parce que les pédiatres, les médecins de famille et les allergologues leur donnent encore des conseils contradictoires.

Les nouvelles règles - publiées jeudi aux États-Unis - disent que les bébés devraient absorber des arachides le plus tôt et le plus souvent possible, soit dès l'âge de 4 à 6 mois. Car cela réduit de 80 % le risque de développer une allergie mortelle chez les plus à risque d'entre eux.

Les anciennes directives recommandaient plutôt de priver les enfants d'arachides jusqu'à l'âge de 3 ans (voir nos explications détaillées à l'onglet suivant).

« Les parents ressentent maintenant de la confusion et de la colère. Plusieurs se demandent s'ils n'ont pas suscité l'apparition d'allergies en suivant les recommandations de leur médecin », rapporte Marie-Josée Bettez, qui les conseille sur son site web Déjouer les allergies et dans ses livres sur le sujet.

« Les règles changent si souvent que certains ont l'impression que c'est juste une vague, un mode de plus, et décident de la suivre ou non », renchérit Viviane Nguyen, qui a ouvert à Westmount la pâtisserie sans allergènes, Petit lapin.

« On constate la frustration des parents et on la comprend totalement. Mais il y a 30 ans, il y avait beaucoup moins d'allergies et les connaissances évoluent à la vitesse grand V. »

- Le Dr Philippe Bégin, allergologue CHU Sainte-Justine et au CHUM

« La plupart d'entre eux prennent donc ça avec philosophie. On ne peut pas retourner dans le temps et savoir ce qui se serait produit, car certains bébés sont déjà allergiques à l'âge de 4 ou 6 mois. L'introduction précoce réduit les risques, mais ne les élimine pas totalement. »

RASSURER LES PARENTS

À Sainte-Justine et à l'Hôpital de Montréal pour enfants, les spécialistes n'ont pas attendu les directives officielles pour prôner l'introduction précoce d'arachides - voire d'autres allergènes -, car ces directives se basent sur les résultats d'une grande étude très convaincante publiée dès 2015.

Depuis, l'un de leurs plus grands défis consiste à convaincre les parents de changer de cap. Car ceux-ci ont très peur de mettre leur bébé en danger - surtout s'ils ont déjà un enfant allergique. Et plusieurs se font toujours recommander de retarder l'introduction d'allergènes par leurs médecins de famille ou leurs pédiatres.

« Ça prend du temps pour changer les façons de faire et de penser. Il est plus simple de conseiller aux parents d'éviter un aliment, en pensant leur éviter un problème, mais il faut savoir qu'on crée alors un autre problème. Il est beaucoup plus difficile de traiter une allergie alimentaire que de la prévenir », avertit le Dr Moshe Ben-Shoshan, allergologue à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

« Quand on explique bien aux parents à quel point cela réduit les risques, ils acceptent, dit-il. Et même si l'enfant se révèle allergique, mieux vaut le savoir dès que possible afin d'avoir un EpiPen. »

TROIS CATÉGORIES D'ENFANTS

Les directives publiées jeudi classent les enfants en trois catégories, faisant l'objet de recommandations distinctes. Considérés comme à haut risque de mal réagir, les petits qui souffrent d'eczéma grave ou sont allergiques aux oeufs ne doivent pas consommer d'arachides à la maison, à moins d'avoir passé un test d'allergie cutané ou sanguin ou d'en avoir d'abord avalé sans problème en présence d'un médecin.

« Cette recommandation est très controversée chez les allergologues, parce que son application n'est pas évidente, sauf pour les familles riches, aux États-Unis », rapporte la Dr Christine McCusker, chef de service Allergie et immunologie pédiatrique à l'HME.

Les hôpitaux québécois mettent quatre mois à analyser les résultats des tests d'allergies alimentaires. Et les 150 allergologues canadiens sont submergés de cas. Ils craignent donc de frustrer les parents en ne réussissant pas à voir tous les bébés à haut risque aussi rapidement que le prévoient les nouvelles directives.

« En région, il n'y a pas d'allergologues. Et en ville, ça prend des mois à obtenir une consultation, même quand ton enfant a fait une réaction anaphylactique. Alors imaginez le temps requis pour obtenir un rendez-vous de façon préventive ! »

- Marie-Josée Bettez, du site web Déjouer les allergies et auteure

Pour l'allergologue Philippe Bégin, les parents devront sans doute faire aussi appel à d'autres médecins. « Toute clinique où l'on donne des vaccins est équipée pour répondre aux chocs anaphylactiques », souligne-t-il.

« Pour l'instant, des parents inquiets se rendent déjà dans les salles d'attente ou les stationnements d'hôpitaux et introduisent leurs enfants aux arachides à cet endroit », rapporte Mme Bettez.

Le Dr Bégin est au courant de cette pratique : « Ça ne me dérange pas si un enfant n'est pas à risque, mais si un enfant l'est, ce n'est pas la bonne solution. »

LÀ POUR RESTER

Malgré ces constants revirements, tous les allergologues interrogés jeudi sont formels : les dernières directives sont solides. « Dans 10 ans, nous ne reviendrons pas à l'évitement, mais nous aurons sans doute raffiné la nouvelle approche, prévoit la Dre McCusker. Nous saurons sans doute plus précisément à quel moment introduire les aliments et quels enfants en bénéficieront le plus. »

« Le plus important, c'est que l'information se rende et que les parents qui s'informent sur l'internet cessent de croire que donner certains aliments à leur bébé est mauvais en bas âge. »




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