Les urgentologues à bout de souffle

Le manque d'effectifs médicaux dans plusieurs urgences du... (Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse)

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Le manque d'effectifs médicaux dans plusieurs urgences du Québec force les médecins sur place à travailler de plus en plus, au détriment de leur santé et, à terme, de la qualité des soins, estime le Dr Anas Nseir, coordonnateur des urgences pour le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal.

Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse

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Les nouvelles exigences de prise en charge de patients pour les médecins de famille augmentent la pression sur les urgentologues. À la veille du temps des Fêtes, une période traditionnellement fort occupée dans les urgences, la tension atteint des sommets dans plusieurs salles d'urgence. Au point que des finissants en médecine d'urgence, des directeurs de programme de médecine d'urgence des universités et des chefs d'urgences de la province enverront sous peu une lettre d'alerte au ministre de la Santé Gaétan Barrette, a appris La Presse.

« Au seul hôpital Santa Cabrini, nous avons perdu... (Photo Ivanoh Demers, Archives La Presse) - image 1.0

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« Au seul hôpital Santa Cabrini, nous avons perdu quatre urgentologues dernièrement et nous ne pouvons pas pourvoir ces postes », dit le Dr Anas Nseir, coordonnateur des urgences pour le CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal.

Photo Ivanoh Demers, Archives La Presse

Le Dr Anas Nseir, coordonnateur des urgences pour le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Est-de-l'Île-de-Montréal, qui gère les urgences de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, de l'hôpital Santa Cabrini et de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, s'inquiète grandement de la situation. « Depuis un an, la situation est extrêmement difficile à gérer. Au seul hôpital Santa Cabrini, nous avons perdu quatre urgentologues dernièrement et nous ne pouvons pas pourvoir ces postes. On ne voit pas la fin. La pression est énorme sur ceux qui restent », dit le Dr Nseir, qui croit que si rien ne bouge, une crise touchera le milieu en 2017.

« Les gens sont fatigués moralement et physiquement. Ils travaillent dans des conditions difficiles. Faire des listes de garde devient très difficile », ajoute-t-il, tout en refusant de montrer du doigt les dirigeants du CIUSSS, qui font selon lui leur possible pour corriger la situation. Pour des raisons personnelles, mais aussi parce que la gestion des urgences devient de plus en plus difficile, le Dr Nseir a démissionné dernièrement de ses fonctions de chef des urgences de l'hôpital Santa Cabrini.

Au MSSS, on assure qu'aucun poste de médecine d'urgence n'a été retranché en 2016 et que des postes ont été accordés pour 2017, dont un à deux pour l'hôpital Santa Cabrini.

DES DIPLÔMÉS PARTIS EN ONTARIO

Cette démission du Dr Nseir survient alors qu'au moins trois des dix diplômés en médecine d'urgence de l'Université de Montréal ont choisi cette année de quitter la province pour l'Ontario, incapables de trouver un poste dans la province, a appris La Presse. En novembre, La Presse a révélé que la majorité des neuf diplômés en médecine d'urgence de l'Université McGill avaient fait de même.

« C'est quand même triste. Parce que notre premier choix est de rester ici et de travailler ici. Mais pour plusieurs d'entre nous, c'est impossible d'obtenir un poste aux urgences », note la Dre Corinne Chau, finissante de troisième année en médecine d'urgence à l'Université de Montréal.

Pour devenir urgentologue, deux options existent actuellement au Québec : un programme de spécialité de cinq ans ou une formation supplémentaire d'une année que les médecins de famille peuvent compléter à la fin de leur programme. Au Québec, plus de 80 % des médecins d'urgence sont actuellement des omnipraticiens.

C'est une règle modifiée cet automne par le MSSS qui a poussé plusieurs jeunes urgentologues à l'exil, explique la Dre Chau. L'automne dernier, le MSSS avait annoncé que les médecins désirant travailler aux urgences devraient également s'engager à prendre en charge 250 patients comme médecin de famille. « Mais cet automne, ce nombre a été augmenté à 500 », souligne la Dre Chau.

«Selon nous, faire un bon suivi de 500 patients est incompatible avec une pratique de qualité et sécuritaire à l'urgence.»

La Dre Corinne Chau, finissante de troisième année en médecine d'urgence à l'Université de Montréal

Au MSSS, on affirme que « l'orientation ministérielle d'augmenter le pourcentage de la population inscrite auprès d'un médecin de famille demeure ». Pour tout nouveau médecin de famille commençant sa pratique, les activités de prise en charge sont obligatoires. « Il s'agit de 12 heures par semaine, soit l'équivalent d'une inscription de 500 patients », explique le MSSS, qui ajoute que les médecins de famille peuvent tout de même demander une dérogation à cette obligation.

« On nous prévient toutefois de ne pas compter sur une telle dérogation, comme quoi elles seront "exceptionnelles" et que chacune d'elles sera évaluée scrupuleusement par le Ministère », dénonce la Dre Chau.

APPEL À LA SOUPLESSE

Dans une lettre qui sera envoyée sous peu au ministre Barrette, les finissants en médecine d'urgence et d'autres signataires demandent au gouvernement de faire preuve de plus de souplesse afin de permettre aux jeunes urgentologues de rester au Québec. « Si rien n'est fait, le Québec va perdre son expertise en médecine d'urgence », estime le Dr Nseir.

En forçant les médecins à augmenter leur prise en charge, Québec veut que de plus en plus de Québécois aient un médecin de famille et puissent ainsi éviter d'aller aux urgences. « Mais même si les gens sont de plus en plus nombreux à avoir un médecin de famille, il va toujours y avoir des crises cardiaques et des grosses urgences. Nous, on est formés pour ces cas-là. Pourquoi nous empêcher d'agir ? », demande la Dre Chau.

En attendant, les besoins sur le terrain sont criants, selon la Dre Chau et ses collègues signataires. Selon des données du MSSS sur les priorités par établissement pour la prochaine année, différents hôpitaux ont besoin de médecins aux urgences.

Le Dr Nseir explique que le manque d'effectifs médicaux dans plusieurs urgences du Québec force les médecins sur place à travailler de plus en plus, au détriment de leur santé et, à terme, de la qualité des soins. « Nous sommes d'accord qu'il fallait augmenter la prise en charge des patients. Mais actuellement, le changement se fait trop vite, et ça comporte des risques », dit-il.

Liste de certains hôpitaux ayant besoin de médecins aux urgences

  • Hôpital de LaSalle
  • Hôpital général du Lakeshore
  • Hôpital Jean-Talon
  • Hôpital de Chicoutimi
  • Hôpital de Gatineau
  • Hôpital de Hull
  • Hôpital de Rouyn-Noranda
  • Hôtel-Dieu de Lévis
  • Centre hospitalier régional de Lanaudière
  • Hôpital Pierre-Le Gardeur
  • Hôpital de Saint-Eustache
  • Hôpital de Saint-Jérôme
  • Hôpital du Haut-Richelieu
  • Hôpital Pierre-Boucher
  • Hôpital Anna-Laberge
  • Hôpital du Suroît

Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec




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