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Projet de centralisation des labos: les chefs de département de Sainte-Justine sonnent l'alarme

Dans une lettre envoyée à leur conseil d'administration... (photo andré pichette, archives la presse)

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Dans une lettre envoyée à leur conseil d'administration le 21 septembre et obtenue par La Presse, les 11 chefs de département du CHU Sainte-Justine s'inquiètent de « l'impact négatif du projet Optilab, dans sa forme actuelle, sur la qualité des soins ».

photo andré pichette, archives la presse

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Les chefs de département du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine craignent que des analyses cruciales pour les victimes d'agressions sexuelles, les grands prématurés et les jeunes greffés, entre autres, ne soient compromises si le projet Optilab va de l'avant tel qu'annoncé.

Après le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de l'établissement, c'est au tour des chefs de département de sonner l'alarme autour du projet Optilab du gouvernement, qui vise à centraliser les laboratoires de la province dans une poignée de laboratoires-serveurs. À Montréal, la majorité des analyses seront traitées par les laboratoires du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Dans une lettre envoyée à leur conseil d'administration le 21 septembre et obtenue par La Presse, les 11 chefs de département du CHU Sainte-Justine s'inquiètent de « l'impact négatif du projet Optilab, dans sa forme actuelle, sur la qualité des soins ». Ils estiment que le projet est « justifié pour les hôpitaux régionaux à vocation plus générale » mais que le CHU Sainte-Justine, par sa mission « de soins ultra-spécialisés pour les mères et les enfants du Québec », ne peut être considéré au même titre.

ÉCHANTILLONS MENACÉS

Dans leur missive, les chefs de département énumèrent différents exemples montrant que les prélèvements effectués sur les enfants doivent être traités avec précaution.

Ils mentionnent notamment que, chez les enfants victimes d'abus sexuels, il faut « minimiser le risque d'erreur au maximum » quand vient le temps d'analyser leurs prélèvements génitaux, car les infections transmissibles sexuellement qui peuvent y être détectées constituent « un élément de preuve ».

« Or, l'étape de transport augmente le risque de perte et de bris d'échantillons », est-il écrit. « La nécessité de répéter un tel prélèvement est inadmissible », ajoutent les médecins.

« Plusieurs éléments peuvent allonger de beaucoup le transport des échantillons comme les tempêtes de neige, les cônes orange... En augmentant les délais, on augmente les risques. » - Le Dr Jean-Yves Frappier, chef du département de pédiatrie

Ces délais peuvent compromettre certains échantillons en créant de « faux négatifs », une situation inacceptable pour les patients victimes d'abus sexuels. « Il est facile d'imaginer les conséquences psychologiques, médicolégales et cliniques qui en découleraient », écrivent les chefs.

Depuis 2012, le CHU Sainte-Justine envoie déjà certains échantillons de laboratoire au CHUM pour confirmer des cas de gonorrhée et de chlamydia. Mais des erreurs ont déjà été détectées, affirme le chef du département de microbiologie-immunologie, le Dr Christian Renaud.

Ce dernier explique que les employés du laboratoire du CHUM ne sont pas négligents mais que le petit volume d'analyses visant les enfants victimes d'abus sexuels se retrouvent malheureusement « noyés » dans les analyses d'adultes. « La procédure légale pour les échantillons d'enfants victimes d'abus sexuels veut qu'ils soient analysés une deuxième fois avec un produit différent. Mais certains échantillons sont jetés par erreur après la première analyse. On a essayé de trouver une façon d'éviter ces erreurs, mais le risque est là », affirme le Dr Renaud.

Les chefs présentent aussi plusieurs exemples montrant l'importance de traiter rapidement et efficacement les prélèvements faits chez les enfants. Par exemple, un prématuré pesant 600 grammes ne pourra fournir que 1 millilitre de sang pour analyse. « Ainsi, il faut traiter cette hémoculture avec grand respect et s'assurer qu'elle arrive très rapidement au laboratoire pour y être incubée », est-il écrit.

Les médecins mentionnent aussi qu'un enfant ayant été récemment greffé du foie et présentant un bilan hépatique anormal subira une biopsie. « C'est un exemple où la proximité et la vitesse sont cruciales. On ne peut pas se permettre des délais de transport parce qu'il faut agir rapidement pour savoir si on traite un rejet d'organe ou une simple infection », note le Dr Frappier.

UN LABORATOIRE À PART

Les chefs de département croient que le CHU Sainte-Justine « mérite un laboratoire diagnostique centré exclusivement sur les soins complexes des mères et des enfants », comme c'est le cas avec l'hôpital SickKids de Toronto.

Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on assure que les laboratoires-serveurs seront en mesure de traiter adéquatement tous les échantillons. On ajoute que tous les hôpitaux conserveront leur propre laboratoire pour traiter les analyses plus urgentes.

« Nous ne sommes pas contre le projet Optilab mur à mur. Mais assoyons-nous pour éviter les erreurs », plaide le Dr Frappier.

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