Santé: les gestionnaires ignorent quel sera leur salaire

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Le plan du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, était de se débarrasser de plus de 1200 cadres du réseau par une réforme de structures, le projet de loi 10.

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
QUÉBEC

Des milliers de gestionnaires du réseau de la santé sont dans les limbes: ils occupent de nouvelles fonctions, souvent depuis plus d'un an, sans savoir quel sera leur salaire, et surtout, s'il sera revu à la baisse.

Les membres de l'Association des gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux (AGESS) attendent toujours la décision du ministère de la Santé et des Services sociaux, faute de pouvoir négocier ou être consultés.

Depuis la réforme du réseau mise en place par le projet de loi 10 en février 2015, pas moins de 4500 cadres ont changé de poste et leur tâche a été en général alourdie, mais ils ont conservé la même rémunération en attendant un reclassement officiel.

«On est dans le néant, il n'y a pas de son, il n'y a de lumière, il n'y a pas d'image au ministère», a dit le président de l'AGESS, Yves Bolduc, qui a manifesté la colère de son organisation, mais aussi son impuissance, en entrevue avec La Presse canadienne.

«Trouvez-moi un employeur dans le secteur privé qui affiche un poste sans afficher le salaire? Ça ne se tient pas, c'est incohérent.»

Et pour ceux qui ont obtenu un classement provisoire, la rémunération baisse. Par exemple, un gestionnaire a hérité des tâches d'un poste en plus de deux tiers des tâches d'un autre poste, mais son salaire annuel est passé de 81 000 à 76 000 $.

«Dans les classements provisoires qu'on a vus, les gens sont placés à la baisse (dans les échelons salariaux), c'est sûr qu'ils sont sous le choc», a constaté M. Bolduc.

Le plan du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, était de se débarrasser de plus de 1200 cadres du réseau par une réforme de structures, le projet de loi 10. Ainsi, 6000 postes de directeurs généraux, de cadres supérieurs et de cadres intermédiaires des secteurs cliniques ont été abolis et 4500 de ces gestionnaires ont été relocalisés dans des postes refondus, jumelant souvent un poste et demi ou deux postes.

Or, après plus d'un an, le ministère n'arrive même pas à aboutir à une classification provisoire des postes comme il s'y était engagé, encore moins à une permanente promise pourtant pour l'automne prochain, se plaint M. Bolduc. On ne sait pas encore sur quels critères seront évalués chaque poste, le nombre d'installations à gérer, le nombre d'employés, la formation nécessaire, etc.

Et pire encore, en matière salariale, le ministère de la Santé s'en remet au Conseil du trésor, a dénoncé M. Bolduc. «Existe-t-il quelque chose de plus compliqué et de plus lent que le Conseil du trésor?» a-t-il illustré.

Résultat: pendant ce temps, la rémunération du personnel syndiqué continue de progresser et dépasse même celle de ses supérieurs hiérarchiques, grâce notamment à l'équité salariale ou encore aux primes de soins critiques.

«On a des gestionnaires qui gagnent facilement entre 3000 $ et 10 000 $ de moins que leurs subalternes», a constaté le président de l'AGESSS.

Sans compter que les heures supplémentaires des gestionnaires ne sont pas payées, même si 93 pour cent d'entre eux dépassent allègrement leurs 35 heures hebdomadaires. Même la semaine «compensatoire» de congé qui était accordée en échange a été abolie par le ministre, a décrié M. Bolduc.

Qui plus est, on leur laisse entendre qu'ils pourraient bien ne pas compter sur la «clause remorque», la hausse salariale de 5,25 pour cent accordée aux syndiqués d'ici à 2018, mais traditionnellement versée à tous les salariés de l'État.

«C'est le comble de l'imbécilité», a dit le grand patron de l'AGESSS.

L'AGESSS tente depuis des mois d'obtenir une rencontre avec le ministre de la Santé, en vain. «Ces gens-là ne veulent plus nous parler», en conclut son dirigeant.

Les gestionnaires n'ont plus «aucune emprise» et ils ne peuvent plus rien contester, de crainte de perdre leur emploi, parce qu'aucune dissidence n'est plus tolérée sous le règne de Gaétan Barrette, a dénoncé M. Bolduc. Le partenariat entre le ministère et les gestionnaires a pris fin avec son arrivée, a remarqué le président de l'AGESSS. Les conséquences sur le réseau et ceux qui le gèrent sont néfastes, a-t-il conclu.

«Le moral est dans les talons, les gens en ont »ras le ponpon«. Il y a une augmentation marquée du taux d'absentéisme, de l'épuisement professionnel, un désengagement, une démobilisation de bon nombre de gestionnaires.»

L'AGESSS compte 7000 membres actifs, en plus de 1000 retraités. Il y a environ 10 000 gestionnaires dans le réseau de la santé, selon les estimations de l'AGESSS. Avant le projet de loi 10, il y en avait environ 12 000.

Le salaire annuel moyen des membres de l'AGESSS avoisine les 85 000 $, incluant les cadres supérieurs.

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