Santé mentale: plus d'obstacles et d'attente sur les réserves

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Le gouvernement libéral est conscient des enjeux liés au Programme des services de santé non assurés et examine de possibles réformes, a affirmé la secrétaire parlementaire de la ministre fédérale des Affaires autochtones.

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Joanna Smith
La Presse Canadienne
OTTAWA

Des mesures de Santé Canada font en sorte que les patients sur les réserves font face à plus d'obstacles et de temps d'attente que les Canadiens non autochtones pour avoir accès à des médicaments d'ordonnance que leur médecin estime nécessaires pour traiter leurs troubles mentaux, affirme une psychiatre ayant travaillé dans des communautés de Premières Nations.

La docteure Cornelia Wieman, qui a travaillé huit ans dans une réserve près de Brantford, en Ontario, a souligné que certains médicaments d'ordonnance utilisés pour traiter des maladies mentales graves ne sont pas assurés par Santé Canada à moins que le patient ait essayé d'autres antipsychotiques sans constater d'amélioration ou pour lesquels il a subi des effets indésirables.

«Je devais souvent essayer les versions antérieures des médicaments qui étaient désuets selon les lignes directrices de la pratique clinique, et je devais avoir un résultat d'échec pour un patient avant de recevoir le financement pour des médicaments plus récents qui étaient disponibles sur le marché», a expliqué Mme Wieman, psychiatre au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) à Toronto, devant le comité parlementaire examinant la forte prévalence des cas de suicide dans les communautés autochtones.

Cet enjeu est lié au Programme des services de santé non assurés (SSNA) de Santé Canada qui fournit environ 1 milliard $ en couverture annuelle pour les membres admissibles des Premières Nations et des Inuits pour des services restreints de médicaments d'ordonnance, de soins dentaires, de soins optiques, de fournitures médicales et d'équipement, de transport de patients et de consultations en santé mentale non couverts par des programmes d'assurance-santé privés, provinciaux ou territoriaux.

La liste de médicaments couverts inclut quatre médicaments antipsychotiques qui ne peuvent être utilisés que dans des conditions restreintes et qui requièrent une pré-approbation de Santé Canada. Ces quatre produits sont pourtant inclus dans la couverture de base de l'assurance-médicaments en Ontario.

Mme Wieman a affirmé que les chances de membres de communautés autochtones reculées de voir un psychiatre étaient plutôt rares et épisodiques.

«Cela peut être la seule et unique fois que je suis en contact avec ce patient avant, disons, six mois, une année ou plus», a-t-elle fait valoir en entrevue.

Ainsi, cela risque de prendre encore plus de temps pour qu'un patient obtienne finalement l'approbation pour le médicament que son médecin voulait prescrire en premier lieu.

«Je crois qu'il y a cette couche additionnelle que les membres des Premières Nations et les Inuits, qui obtiennent des services de santé non assurés, doivent traverser afin d'obtenir le traitement dont ils ont besoin qui serait équivalent aux normes de santé offertes dans des zones urbaines, et cela constitue une inégalité», a affirmé Mme Wieman, la première femme autochtone psychiatre au Canada.

La secrétaire parlementaire de la ministre fédérale des Affaires autochtones Carolyn Bennett, Yvonne Jones, a affirmé à La Presse Canadienne plus tôt cette année que le gouvernement libéral était conscient des enjeux liés au Programme des services de santé non assurés et qu'il examinait de possibles réformes.

Un porte-parole pour Santé Canada n'était pas disponible pour commenter.

Selon le médecin Alika Lafontaine, président de l'Association des médecins autochtones du Canada (IPAC), un autre problème réside dans le fait que la prise de décision n'est plus entre les mains des cliniciens.

«Les restrictions budgétaires ne devraient jamais être une excuse pour des soins qui ne seraient pas axés sur le patient», a dit M. Lafontaine.

Mme Wieman a relevé aussi le peu d'argent investi dans les consultations en santé mentale.

Le rapport 2014-2015 sur le Programme des services de santé non assurés montre que 41 % des 1 milliard $ dépensés l'ont été pour des demandes de paiement de services pharmaceutiques, comparativement à seulement 1,5 % en santé mentale. Le programme couvre jusqu'à 20 séances d'une heure, à la suite d'une première évaluation.

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