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Stage en pharmacie: panique dans les facultés

À quelques mois des premières ponctions sur leur... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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À quelques mois des premières ponctions sur leur rémunération, certains pharmaciens propriétaires se retrouvent dans une situation financière précaire, au point où plusieurs doivent cesser d'offrir des stages. Une situation qui menace non seulement l'obtention du diplôme de certains étudiants, mais qui inquiète également les facultés concernées et l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

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Les facultés de pharmacie ont de plus en plus de difficulté à trouver des milieux de stages pour leurs étudiants. À un point tel que l'obtention du diplôme de certains pourrait être retardée ou même carrément menacée, selon l'adjoint à la direction de la faculté de pharmacie de l'Université Laval, Daniel Kirouac. Déjà, deux étudiants ont dû reporter leur fin d'études de deux mois car l'Université a été incapable de leur trouver un milieu de stage.

LES FINANCES DES PHARMACIENS

En juin 2015, les pharmaciens propriétaires ont signé une entente avec Québec dans laquelle ils consentaient à des ponctions de 400 millions sur trois ans sur leur rémunération. En échange, le gouvernement promettait de lever le plafond de leurs allocations professionnelles, aussi appelées ristournes, sur trois ans. Les premières ponctions ont été prélevées en septembre. Mais le plafond des allocations n'est toujours pas levé, ce qui place certains pharmaciens dans une situation financière précaire, plaide depuis des mois l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

IMPACTS MULTIPLES

Diminution des heures d'ouverture, coupes de 1000 emplois... Au cours des derniers mois, les pharmaciens ont adopté plusieurs mesures pour arriver financièrement, selon l'AQPP. M. Kirouac ajoute que plusieurs pharmaciens ont cessé d'offrir des stages. « Nous avons 1059 moniteurs de stage dans notre banque. De ce nombre, 408 n'ont offert aucune disponibilité pour enseigner dans la dernière année. On est pris à la gorge », affirme M. Kirouac.

Même son de cloche du côté de la doyenne de la faculté de pharmacie de l'Université de Montréal, Lyne Lalonde. « Les pharmaciens encadrent les stages gratuitement. Ils ont de plus en plus de misère à arriver. On commence à voir des pharmaciens qui ne peuvent plus prendre de stagiaires », dit-elle.

Nombre de stages réalisés chaque année par les étudiants

Université de Montréal : 1500

Université Laval : 4000

LES STAGIAIRES ÉCOPENT

Mme Lalonde souligne que les étudiants sont de plus en plus inquiets de la situation. D'autant plus que la semaine dernière, Québec a déposé un règlement dans lequel il impose finalement une levée partielle et progressive du plafond des allocations.

Levée des plafonds d'allocations professionnelles adoptée par Québec

Avril 2016 : 25 %

Octobre 2016 : 30 %

Janvier 2017 : plafond levé pour deux ans et trois mois

Selon l'AQPP, 82 % des pharmaciens seront incapables d'éponger l'impact financier des ponctions. « Depuis l'annonce de la semaine dernière, on revit une vague de désengagement de pharmaciens envers les stages », note M. Kirouac.

«C'est sûr que quand tu coupes dans tes heures, tu n'as pas le temps d'encadrer des stages.»

Jean Thiffault,
président de l'AQPP

Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on dit ne pas avoir été informé de ce problème de recrutement de maîtres de stage en pharmacie.

FAIRE DES MIRACLES

Selon M. Kirouac, une équipe de cinq personnes travaille tous les jours à l'Université Laval pour tenter de trouver des milieux de stage aux étudiants. « Elles doivent faire des miracles. Certains étudiants doivent être replacés quatre ou cinq fois car les milieux se désistent », dit-il. Dernièrement, 522 étudiants devaient être placés pour un stage du printemps. « De ce nombre, 70 n'ont toujours pas de place et le début du stage est imminent », déplore M. Kirouac.

Ce dernier ajoute que l'Université a dû récemment réaliser un tirage au sort entre quatre étudiants pour savoir lesquels pourraient obtenir les deux places de stage restantes. « Ils ne manque que ce stage à ces étudiants pour [obtenir leur diplôme], note M. Kirouac. Les deux qui n'ont pas obtenu le stage ont dû accepter de reporter de deux mois [l'obtention de leur diplôme]. Il pourrait y avoir un problème de diplomation si rien ne bouge. Parce que des milieux de stage, on ne peut pas en pondre. »

UNE RENCONTRE INQUIÉTANTE

Ce soir, les membres de l'AQPP seront réunis en assemblée extraordinaire. Les dirigeants de l'AQPP assurent qu'il s'agit d'une réunion d'information. Mais M. Kirouac craint que les pharmaciens ne votent certains moyens de pression, dont l'arrêt de la supervision des stages. « Le cas échéant, ce pourrait être dramatique », dit-il.

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