Attaques d'une rare virulence entre Barrette et Lamarre

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.... (Photo Etienne Ranger, archives LeDroit)

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Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

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(Québec) La députée péquiste Diane Lamarre a manqué à son devoir de protection du public quand elle était présidente de l'Ordre des pharmaciens du Québec en ayant été responsable d'un «scandale des ristournes», accuse le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette. Pour Diane Lamarre, c'est du «salissage» de la part d'un politicien «sans aucun scrupule».

Ce n'est pas la première fois que M. Barrette s'en prend à son adversaire péquiste, mais jamais une attaque n'était allée aussi loin. Les relations qui étaient déjà très tendues entre les deux élus se sont envenimées mercredi. L'acrimonie est à son comble.

Tout a commencé lorsque M. Barrette a exposé le «scandale des ristournes Lamarre» lors d'une mêlée de presse. L'origine du « scandale » date de 2010, a raconté le ministre. Cette année-là, le gouvernement Charest a plafonné à 15% les allocations professionnelles - aussi appelées ristournes - perçues par les pharmaciens auprès des fabricants de médicaments. Le plafonnement représentait une perte de revenus de 300 à 350 millions de dollars, estime M. Barrette. Or, les pharmaciens «se sont virés de bord pour aller se compenser à 100% auprès des assureurs privés», a expliqué le ministre. Les pharmaciens ont ainsi augmenté les honoraires perçus auprès des assureurs privés, qui ont par la suite haussé les primes payées par les assurés. Les assureurs privés ont exposé ce fait lors d'un récent passage en commission parlementaire, a indiqué M. Barrette.

Comme pharmacienne, Diane Lamarre «l'a probablement fait» elle-même, a-t-il dit. Et comme présidente de l'Ordre, de 2009 à 2014, elle connaissait cette «manoeuvre» de la part de ses membres et l'a «laissé aller». 

«Son mandat aux dernières nouvelles était de protéger l'intérêt public. Est-ce qu'elle s'est levée à cette époque pour informer la population qu'elle allait être surfacturée parce que ses membres, incorporés en passant, allaient se revirer de bord sans le dire au public et charger les assureurs privés, dont les primes ont augmenté ?»

«Mme Lamarre a été partie et a approuvé par omission un scheme pour aller chercher de l'argent dans une partie du public, a-t-il ajouté. Moi j'appelle ça les ristournes Lamarre. Elle s'est servie dans le pot aux bonbons.»

Elle a «absolument» manqué à son devoir comme présidente de l'ordre selon lui. «C'était son rôle d'informer le public», et elle ne l'a pas fait, a-t-il plaidé. M. Barrette a reconnu que les pharmaciens avaient le droit d'agir comme ils l'ont fait. Il critique essentiellement le comportement de Mme Lamarre.

«Je pose la question de la moralité du geste de la part d'une personne qui se présente constamment comme étant la détentrice de la vertu. Là, vous avez le vrai visage de Diane Lamarre.»

Il l'accuse d'être «un conflit d'intérêts permanent», une attaque que le PQ a maintes fois servie à cet ancien président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

«Diane Lamarre est assise confortablement à l'Assemblée nationale, payée par les impôts des Québécois, et elle est incorporée, fait de l'argent avec sa pharmacie et quand elle était présidente de l'Ordre, elle n'a pas dit un mot et elle n'en dit toujours pas de mot aujourd'hui». Sa situation est «intenable» selon M. Barrette. Devrait-elle démissionner ? «Vous lui poserez la question», a-t-il répondu.

Diane Lamarre a réagi à la sortie de M. Barrette en disant qu'elle n'a rien à se reprocher. Cette «attaque personnelle, c'est vraiment très bas de sa part», a-t-elle déploré. «Ce que je constate du ministre Barrette, c'est que quand on réussit à démontrer certaines de ses incompétences, peut-être aussi parce qu'on a visé l'incorporation des médecins, quand on touche à l'argent, il se transforme en quelqu'un qui devient sans aucun scrupule.»

Elle reconnaît que des pharmaciens ont pu augmenter leurs honoraires auprès des assureurs privés pour compenser le plafonnement fixé par le gouvernement, mais elle ne l'a pas fait elle-même. «Les patients avaient la possibilité quand ils voyaient un dérapage de le référer au syndic. Le président d'un ordre ne s'occupe pas de facturation individuelle. Le syndic est très indépendant par rapport au président de l'ordre. Déterminer les honoraires d'un médicament, si le prix est juste et raisonnable, c'est le syndic qui peut faire ça. Moi je n'ai jamais été mêlée à ces choses-là», a-t-elle soutenu. Elle dit avoir commandé un rapport sur la transparence des prix du médicament et de ses différentes composantes - dont les honoraires - lorsqu'elle était présidente.

«J'ai bien fait mes devoirs, et j'ai une réputation d'intégrité irréprochable», a-t-elle plaidé. «C'est du salissage comme lui seul (Gaétan Barrette) sait le faire. Il est vraiment le champion du salissage». Elle l'accuse d'agir à titre de ministre «comme s'il était encore responsable du syndicat des médecins».

Mme Lamarre a rappelé qu'elle a confié à son collègue Jean-François Lisée tous les dossiers liés aux pharmaciens pour éviter les conflits d'intérêts. Ce dernier a accusé le ministre «d'inventer un scandale et de salir la réputation» de Mme Lamarre pour camoufler la perte de plus de 930 emplois dans les pharmacies depuis septembre, selon un sondage mené pour le compte de l'Association des pharmaciens propriétaires et révélé par La Presse mercredi. Ces pertes d'emplois découlent des compressions du gouvernement Couillard de 400 millions sur trois ans.

Rappelons qu'en contrepartie, M. Barrette s'est engagé à lever le plafond des allocations professionnelles des pharmaciens durant la même période. La mesure n'est toujours pas en vigueur alors que des coupes de 50 millions ont déjà été faites auprès des pharmaciens.

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