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Prévention en santé: «urgence d'agir», prévient un rapport

L'Association pour la santé publique du Québec a... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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L'Association pour la santé publique du Québec a mandaté le Dr Richard Lessard et l'ex-ministre de la Santé Jean Rochon pour interroger plus de 500 intervenants de différents milieux sur l'avenir de la santé publique. Leur conclusion : il y a « urgence d'agir ».

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Si Québec continue de bouder la prévention en santé comme il le fait actuellement, «nous assisterons à l'augmentation du nombre de cas de maladies à traiter et à une érosion grandissante des finances publiques». C'est le cri du coeur que lancent deux ténors de la santé publique dans un rapport obtenu par La Presse.

Fouettés par les coupes

En 2014, le tiers des budgets des directions régionales de santé publique a été sabré par Québec, rappelle celui qui a été durant 20 ans le directeur de la santé publique de Montréal, le Dr Richard Lessard. Ce dernier reconnaît que cette décision a secoué le milieu. L'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) a donc mandaté le Dr Lessard et l'ex-ministre de la Santé Jean Rochon pour interroger plus de 500 intervenants de différents milieux sur l'avenir de la santé publique. Leur conclusion: il y a «urgence d'agir». «Il faut adopter le concept de "santé durable". Ça prend une vision de la santé plus large que de simplement offrir des services. Il faut améliorer la santé de la population», estime le Dr Rochon, aussi expert-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec.

  • Coûts des soins de santé au Québec: 32,9 milliards
  • Proportion du budget provincial: 49,4 %

Cancre canadien

Avec moins de 2 % de son budget de santé consacré à la prévention, le Québec fait figure de cancre à l'échelle nationale. Le Dr Rochon précise que certaines interventions ayant des impacts sur la prévention en santé, mais relevant d'autres ministères, ne sont peut-être pas comptabilisées dans cette statistique. «Mais on pourrait tout de même faire beaucoup plus. Améliorer la santé de la population par la prévention, c'est un investissement», affirme le Dr Rochon, qui soutient que changer la situation est une «décision qui relève du politique».

Portion du budget de la santé consacrée à la prévention

  • Québec: moins de 2 %
  • Ontario: 5,5 %
  • Colombie-Britannique: 5,6 %
  • Angleterre: 6,5 %

Choix économique

L'ASPQ rappelle que les maladies chroniques pèsent lourd sur les budgets en santé. «Or, plusieurs maladies chroniques pourraient être prévenues, comme, par exemple, les maladies pulmonaires ou cardiaques, explique la présidente de l'ASPQ, Lilliane Bertrand. Plusieurs études ont démontré que chaque dollar investi en prévention en santé permet d'économiser à terme entre 10$ et 100$.» Mme Bertrand ajoute qu'une population en santé «est plus productive» et que le gouvernement aurait intérêt à investir en prévention pour cette raison.

  • 50 %: pourcentage de la population québécoise de 12 ans et plus souffrant d'une maladie chronique

Combattre le marketing

Le Dr Lessard note que des entreprises privées dépensent des milliards de dollars chaque année en marketing pour «nous convaincre de ne pas changer certaines habitudes qui ne sont pas nécessairement bonnes pour notre santé». Québec doit répondre en mettant en place des campagnes nationales de prévention et de sensibilisation, estime le Dr Lessard. «Pourquoi ne fait-on pas les efforts maintenant au lieu de se plaindre dans cinq ou dix ans que la province est en faillite à cause des soins de santé?», demande le Dr Lessard.

Adopter une loi-cadre

D'ici quelques jours, Québec doit rendre publique sa nouvelle Politique gouvernementale de prévention en santé. Dans son «énoncé de position» intitulé Bâtir la santé durable au 21e siècle, l'ASPQ dit souhaiter que la province se dote d'une loi-cadre en santé publique. Relevant directement du premier ministre, cette loi pousserait tous les ministères à «avoir la santé de la population comme préoccupation», estime le Dr Lessard. Construction d'arénas, de pistes cyclables, de gymnases municipaux, promotion de la consommation de fruits et de légumes... «La santé de la population doit être l'objectif de l'ensemble du gouvernement», plaide le Dr Lessard. Le Dr Rochon ajoute qu'une telle loi permettrait de «fixer des objectifs, des priorités et un plan d'action concret».

Main tendue au ministre

Les Drs Lessard et Rochon assurent que l'énoncé de l'ASPQ ne vise pas un affrontement avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui était en poste au moment des dernières coupes en santé publique, mais plutôt à offrir une «nouvelle vision de la santé». «Nous voulons faire avancer le débat et regarder l'avenir. Il faut se doter de cibles. Mesurer les progrès. Et agir ensemble. Sinon, on n'avancera pas», plaide le Dr Rochon. «Il faut parler de l'importance de la santé et non pas juste de l'importance de traiter la maladie une fois qu'elle est là», conclut le Dr Lessard.

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