Un infirmier radié pour avoir fait des clés de bras à ses patients

À au moins trois reprises, Bertrand G. Martel... (photo martin tremblay, archives la presse)

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À au moins trois reprises, Bertrand G. Martel a fait une clé de bras à un patient pour changer ses vêtements, un geste qui « constitue de la violence physique », selon le Tribunal.

photo martin tremblay, archives la presse

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Un infirmier d'expérience qui avait fait des clés de bras à des patients pour changer leurs vêtements et qui avait asséné un coup de pied à l'un d'eux a été radié pour deux ans par l'Ordre des infirmiers et infirmières du Québec (OIIQ) le mois dernier. Bertrand G. Martel avait déjà écopé d'une radiation d'un an en 2013 pour avoir laissé des employés subalternes rudoyer des patients, une infraction « extrêmement grave ».

Au cours de la période visée par la plainte, de janvier à mai 2006, Bertrand G. Martel était assistant chef du quart de soir à l'unité des Moissons du Centre d'hébergement de l'Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe du CSSS Richelieu-Yamaska. Cette section de l'hôpital accueille des patients « extrêmement vulnérables » qui souffrent de graves troubles cognitifs, de démence et de maladie d'Alzheimer.

En janvier 2011, l'infirmier avait été acquitté par le conseil de discipline pour avoir fait « preuve de violence physique et/ou verbale envers des patients ». Mais en appel, le Tribunal des professions a infirmé cette décision en avril 2015 en raison des « erreurs manifestes et dominantes » commises par le conseil de discipline.

À au moins trois reprises, Bertrand G. Martel a fait une clé de bras à un patient pour changer ses vêtements, un geste qui « constitue de la violence physique », selon le Tribunal. «  [Martel] aurait saisi le patient B. par les bras pour l'amener de force à la salle de bain. Le résidant B. aurait été plaqué face contre le mur. Le professionnel [Martel] lui aurait fait une clé de bras pour changer sa culotte d'incontinence », écrivent les juges, en résumant un témoignage clé.

D'AUTRES CAS DE VIOLENCE

Mais les « comportements de brutalité » commis par l'infirmier ne s'arrêtent pas là.

Un témoin a affirmé que Bertrand G. Martel a fait faire un « vol plané » à un résidant en lui donnant un coup de pied derrière les genoux. Ce patient voulait simplement prendre une boîte de mouchoirs.

Selon un autre témoin, M. Martel demandait aux préposés aux bénéficiaires de donner « des tapes sur les mains » aux patients qui tentaient de détacher leur ceinture de contention. Il a lui-même donné une tape sur la main à un patient « pour le saisir », a témoigné une ex-collègue. Dans un autre incident rapporté, l'infirmier aurait menacé de mettre « dans le garage » une patiente si celle-ci n'arrêtait pas de crier.

« L'intimé est un infirmier d'expérience qui a donné le mauvais exemple en se servant d'une méthode s'apparentant à de la violence physique dans un contexte fort difficile d'une unité prothétique et avec un client reconnu comme extrêmement têtu qui ne voulait pas se faire changer », écrit le conseil de discipline, dans sa nouvelle décision du 5 janvier 2016.

Bertrand G. Martel, déjà radié depuis le 30 avril 2015, a donc écopé d'une année de radiation supplémentaire pour ses gestes « extrêmement graves » qui méritent une « sanction sévère, exemplaire et dissuasive ».

DÉJÀ RADIÉ

Avant que l'affaire ne soit portée en appel, le conseil de discipline de l'OIIQ avait imposé une radiation d'un an à Bertrand G. Martel en août 2013 pour ne pas être intervenu et avoir toléré des « situations où la sécurité des patients pouvait être compromise » entre les mois de janvier et de mai 2006.

Un des employés, Bryan Brodeur, s'était « inspiré des bagarres au hockey » pour immobiliser les patients le temps de changer leur culotte d'incontinence. Cette méthode « consiste à passer le chandail par-dessus la tête du résidant pendant que celui-ci, de façon naturelle, fera le nécessaire pour l'enlever ». Une employée du service, Johanne Laforce, avait également fait une clé de bras à un patient pour le changer.

Dès 17 h 30, les employés commençaient déjà à préparer les résidants pour la nuit. Cette routine instaurée par M. Martel « pouvait compromettre leur sécurité », puisqu'elle provoquait des « tensions qui pouvaient dégénérer en situation de crise ». Les patients, qui ont « peu de moyens pour exprimer [leur] désaccord », se révoltaient régulièrement pour cette raison. « Il y en a qui criaient, il y en a qui pouvaient donner des coups, pousser, cracher », a expliqué une témoin.

UN JUGEMENT CINGLANT

Les trois juges du Tribunal des professions, qui ont rejeté l'appel de M. Martel, se montrent cinglants à l'endroit du professionnel. «  [...] en négligeant ses obligations, il plaçait grandement à risque une clientèle fort vulnérable. [...] On ne peut parler ici d'un geste isolé, mais plutôt d'une négligence qui a perduré pendant plusieurs mois, tolérant ainsi des méthodes d'intervention inadéquates auprès de la clientèle. »

Ces gestes ont provoqué une crise dans ce département de l'hôpital de Saint-Hyacinthe quand la direction a été mise au courant. Johanne Laforce et Bertrand G. Martel ont été congédiés, et trois employés ont été suspendus.

Une série de politiques et de formations ont depuis été mises en place par la direction pour éviter de tels dérapages. Des audits sur la qualité des soins et sur l'attitude du personnel sont également réalisés. Aucun évènement similaire n'a été rapporté à ce centre d'hébergement depuis 2006, selon Daniel Vincent, porte-parole du CISSS de la Montérégie-Est.

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