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Des anomalies dans le mode de rémunération des chirurgiens

Une douzaine de chirurgiens plastiques travaillent au Centre... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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Une douzaine de chirurgiens plastiques travaillent au Centre d'expertise en réimplantation du CHUM. Chaque médecin reçoit 3750$ par période de 24h de garde, qu'il opère ou non.

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Le Programme de réimplantation de la main du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) présente certaines anomalies et le mode de rémunération de ses médecins devrait être revu, car il limite l'accès aux soins pour les patients, révèle un rapport d'évaluation obtenu par La Presse.

Une douzaine de chirurgiens plastiques travaillent au Centre d'expertise en réimplantation du CHUM. «Chaque médecin reçoit 3750$ par période de 24h de garde. Ce montant est le même, qu'il opère ou non», note la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec, Noémie Vanheuverzwijn. Celle-ci reconnaît que ce mode de rémunération est «unique au Québec».

Créé en 2004, le programme de réimplantation permet à tout citoyen qui subit une amputation accidentelle des doigts, de la main ou du bras au Québec d'être adressé au Centre d'expertise en réimplantation du CHUM. Très peu de chirurgiens possèdent les qualifications pour réaliser ce genre de chirurgie. L'une des vedettes du programme est le Dr Patrick Harris, que certains surnomment «le dieu de la main». Le Dr Alain Danino, reconnu pour avoir participé à plusieurs greffes de visage, est quant à lui directeur du Centre.

En septembre, un rapport d'évaluation a été produit par l'Institut d'excellence en santé et services sociaux du Québec (INESSS) sur le Centre d'expertise en réimplantation du CHUM. Dans cette analyse, on note entre autres que le taux de refus de patients atteint 30%, ce qui «apparaît très élevé». Les auteurs du rapport notent également que dans certains cas, «il semble y avoir du "magasinage" même entre plasticiens, engendrant des refus ou des retards» dans le traitement.

«L'organisation du système de garde et de son mode de rémunération ne favorise ni l'accès, ni la continuité, ni le respect de certains principes mis de l'avant dans le réseau de traumatologie», selon les auteurs, qui recommandent au Ministère de «considérer d'autres modalités de rémunération du travail des plasticiens».

Le rapport souligne tout de même plusieurs forces du Centre d'expertise, dont l'amélioration du continuum de soins, et recommande son maintien.

Une rémunération essentielle

Le Dr Danino dit avoir très bien accueilli le rapport de l'INESSS. Celui-ci reconnaît que le mode de rémunération de son équipe «peut théoriquement amener plus de refus de cas». «Mais nous avons mis en place un système de suivi très serré. Chaque médecin de garde qui refuse un cas doit tout documenter et justifier pour éviter les refus non justifiables», explique-t-il. Le Dr Danino affirme d'ailleurs que pour lui, le taux de refus de 30% est «tout à fait normal». «Nous recevons 250 appels par année de cas d'amputation. Parfois, comme lorsque les doigts sont écrasés, la réimplantation est impossible. Ces cas sont considérés comme des refus», dit-il.

Le Dr Danino estime que le forfait de 3750$ par jour est la seule façon de permettre la survie du Centre d'expertise. «Nous demandons à des microchirurgiens hyperspécialisés de se rendre disponibles pendant 24h. Ils ne peuvent opérer ailleurs ni rien faire d'autre. L'an dernier, j'ai perdu deux médecins, car la garde n'était plus assez intéressante pour eux».

Le Dr Danino rappelle que le Centre d'expertise a été créé en 2004, quand un patient a perdu son bras après que plusieurs hôpitaux eurent refusé de l'opérer. «Notre Centre répond à un besoin important», soutient-il.

Le MSSS dit «analyser les recommandations du rapport en vue d'y donner suite». «Ce programme, qui nécessite une expertise très pointue, fait l'objet, comme les autres, d'une évaluation continue. Il n'est toutefois pas envisagé d'abolir ce programme, qui répond à des besoins nécessaires», explique Mme Vanheuverzwijn.

La porte-parole du CHUM, Isabelle Lavigne, affirme que l'établissement est «heureux» d'avoir reçu le rapport. «Nous avions demandé une telle analyse il y a deux ans dans une démarche d'amélioration continue. Nous analysons le rapport et des mesures pourront être prises», dit-elle.

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