Ligne de dénonciation en santé: 2100 appels en trois semaines

La présidente de la FIQ, Régine Laurent... (Photo Martin Roy, LeDroit)

Agrandir

La présidente de la FIQ, Régine Laurent

Photo Martin Roy, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Lia Lévesque
La Presse Canadienne

En trois semaines, 2136 personnes de toutes les régions du Québec ont contacté la ligne téléphonique mise en place par la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) pour dénoncer des situations qu'elles trouvaient inacceptables dans le réseau de la santé.

Analgésique non administré faute de temps à un patient qui venait d'être opéré, personne suicidaire inscrite sur une liste d'attente, culotte d'incontinence qui ne peut être changée avant le souper, dame de 89 ans qui n'aura plus d'infirmière à domicile et qui devra désormais se déplacer pour ses prises de sang chaque semaine; les exemples donnés mardi par le «syndicat des infirmières» sont nombreux.

Au cours d'une rencontre avec la presse pour faire le bilan de cette ligne téléphonique qu'elle avait lancée à la fin du mois d'août, la présidente de la FIQ, Régine Laurent, a noté qu'une certaine proportion des appels provenaient d'employés du réseau de la santé, particulièrement lorsqu'il était question de dénoncer l'effet des compressions budgétaires. Dans ce cas, 60% des appels dénonçant les compressions provenaient d'employés du réseau.

Mais elle assure que la majorité des appels provenaient de proches des patients ou des patients qui avaient vécu des situations qu'ils voulaient dénoncer. Par exemple, 42% des appels portaient sur des problèmes d'accessibilité aux soins et services et 16 pour cent avaient trait à des questions de sécurité des soins ou de qualité.

Aux yeux de la dirigeante syndicale, le message à en retirer est clair: «les compressions dans la santé, c'est assez»; elles affectent les soins et services aux patients. Il y a un manque de personnel; le personnel sur place est débordé, pressé dans le temps par toutes les tâches à accomplir et ne peut accorder toute l'attention qu'il veut aux patients.

Les appels duraient en moyenne 15 à 20 minutes, rapporte Mme Laurent.

«Il y en a qui nous disaient vraiment être démunis. Beaucoup nous disaient merci, au départ, de cette ligne-là. Plusieurs nous ont dit «j'ai déjà essayé d'aller voir la personne responsable (des plaintes) dans mon établissement, mais on me demandait tellement de faits, tellement de preuves que - et c'est l'expression qui revenait - j'avais quasiment besoin d'un avocat pour que ma plainte soit entendue'. Cette ligne-là les a vraiment libérés», a rapporté Mme Laurent.

Récemment, un rapport de la protectrice du citoyen indiquait que les compressions budgétaires successives ont eu des effets certains sur les programmes sociaux et que ces effets se font particulièrement sentir auprès des personnes les plus vulnérables.

La dirigeante syndicale a aussi dénoncé ce qu'elle appelle la «loi de l'omerta» qui prévaut dans le réseau de la santé et qui fait que plusieurs personnes n'osent plus dénoncer des situations inacceptables, de crainte de représailles.

Mme Laurent réclame donc une enquête de la vérificatrice générale à ce sujet, afin qu'elle puisse documenter cette loi du silence dans le réseau.

Elle affirme qu'à l'heure actuelle, un employé qui dénonce publiquement une situation peut être suspendu sans salaire par son employeur. «Qu'on arrête l'abus de pouvoir des employeurs. Maintenant, s'il voit Régine Laurent, infirmière dans son établissement, qui dénonce une situation, l'employeur se fait justice lui-même immédiatement et il arrête de me payer. Et c'est le seul endroit où vraiment on donne ce pouvoir-là aux employeurs. Partout ailleurs, les gens sont avec salaire durant une enquête», affirme-t-elle.

Elle plaide aussi pour l'adoption au plus vite d'une loi pour protéger les lanceurs d'alerte.

Mme Laurent n'ose croire que le gouvernement Couillard va imposer d'autres compressions budgétaires, même une fois l'équilibre budgétaire atteint, cette fois pour accorder des baisses d'impôt, comme l'évoquait le quotidien La Presse dans son édition de mardi.

«D'autres compressions? Je ne veux même pas l'imaginer, parce que déjà, vous avez vu en quelque trois semaines toutes les situations inacceptables qui nous ont été rapportées. Alors s'il faut qu'il y ait d'autres compressions budgétaires, et bien c'est encore plus la population (qui va être touchée). Là, on ne parle plus de soins sécuritaires; on est loin des soins de qualité», a-t-elle protesté.

La Fédération interprofessionnelle de la santé représente 66 000 membres spécialisés en soins infirmiers et cardiorespiratoires, oeuvrant dans 152 établissements de santé au Québec.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer