Ritalin: la consommation atteint des records au Québec

Même un enfant qui ne souffre pas de... (PHOTO LUKE SHARRETT, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES)

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Même un enfant qui ne souffre pas de TDAH verra sa capacité de concentration augmenter s'il prend des médicaments. Mais il risque aussi d'en subir les effets secondaires.

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La consommation de Ritalin et des autres médicaments contre le trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) poursuit sa hausse au Québec. Le nombre de comprimés avalés en 2014 a grimpé de 12 % par rapport à 2013, et la province demeure la championne canadienne de la consommation de ce type de médicament.

Au moment où certains intervenants s'inquiètent d'un possible surdiagnostic de TDAH au Québec, le Collège des médecins a fait part de ses préoccupations par rapport aux nouvelles statistiques de consommation.

«Nous avons déjà dit être préoccupés par les nombreux diagnostics de TDAH, et nous sommes aussi préoccupés par l'augmentation du nombre de prescriptions de Ritalin», a dit Leslie Labranche, porte-parole du Collège des médecins.

Le Collège des médecins demandera à ses membres de «réviser les lignes directrices, tant au niveau du diagnostic du TDAH que de la médication qui lui est associée» dans la prochaine édition de son bulletin d'information, qui sera diffusé en avril.

«On veut que les médecins soient mieux outillés pour faire leurs diagnostics», a expliqué Mme Labranche.

Le mois dernier, La Presse a fait état d'une explosion de diagnostics comme la dyslexie et le TDAH au Québec. Le chercheur Julien Prud'homme, du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie, avait alors affirmé que le nombre de cas est dopé par la formule de financement des écoles, qui reçoivent de l'aide ou des fonds supplémentaires pour les élèves «à risque». M. Prud'homme parlait d'une «médicalisation de l'échec scolaire» au Québec.

Selon les chiffres de l'entreprise IMS Brogan, 61,39 millions de comprimés contre le TDAH ont été distribués dans les pharmacies québécoises l'an dernier, en hausse de 12% par rapport à 2013. Depuis cinq ans, le nombre de comprimés distribués au Québec a bondi de 56%.

La Régie de l'assurance maladie du Québec, qui rembourse les médicaments aux patients qui ne sont pas couverts par une assurance privée, observe la même tendance. L'an dernier, l'agence a remboursé des médicaments contre le TDAH à 64 176 patients, une hausse de 11% par rapport à l'an dernier et de 52% depuis 5 ans.

Le Québec est la province canadienne où l'on consomme le plus de médicaments contre le TDAH.

Anne-Marie Goyette, pédiatre du développement et du comportement à l'Hôpital de Montréal pour enfants, juge cependant que la consommation de Ritalin et des autres médicaments similaires n'est pas excessive au Québec, considérant que le TDAH touche environ 6% des enfants, selon les études.

«Je ne pense pas qu'on surmédicamente nos enfants», tranche-t-elle.

La spécialiste estime que la médication est nécessaire pour tous les cas de TDAH. Elle admet cependant que la médication est souvent perçue comme une solution magique qui règlera tous les autres problèmes des enfants.

«Le TDAH vient souvent avec d'autres problèmes comme un trouble d'apprentissage, un trouble de langage ou un problème d'anxiété, dit-elle. Or, ce n'est pas une pilule qui va régler ces conditions. Les interventions comportementales sont essentielles, et on a un manque de ressources à ce niveau.»

Et si votre enfant consommait du Ritalin pour rien?

S'il y a bel et bien surdiagnostic du TDAH au Québec, cela signifierait que des enfants consomment des médicaments comme le Ritalin pour rien. Quelles en sont les conséquences?

«La chose la plus importante est qu'on ne règle pas le problème de base de l'enfant. Parce que si on a consulté, c'est sûrement qu'il y avait un problème à la base», répond Anne-Marie Goyette, pédiatre du développement et du comportement à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Même un enfant qui ne souffre pas de TDAH verra sa capacité de concentration augmenter s'il prend des médicaments. Mais il risque aussi d'en subir les effets secondaires. Les principaux sont une perte d'appétit, particulièrement lors du repas du midi, et la difficulté à s'endormir le soir. À long terme, le manque d'appétit et le manque de sommeil peuvent avoir leurs propres conséquences néfastes sur le développement de l'enfant.

Des effets comme l'irritabilité, les douleurs abdominales et l'augmentation du rythme cardiaque sont parfois observés, mais ils sont plus rares et on peut généralement les atténuer en ajustant les doses.

Les études montrent que les médicaments contre le TDAH ne causent pas de dépendance. Un enfant qui n'en a pas besoin, qui en prend et qui cesse sa consommation ne devrait rien ressentir de particulier au moment de ranger ses pilules.

Comment fonctionne le Ritalin

La molécule active du Ritalin et des autres médicaments similaires est le méthylphénidate, un psychostimulant. Il agit dans le cerveau sur la dopamine et la norépinéphrine, deux neurotransmetteurs qui font circuler l'information entre les neurones. Le méthyphénidate empêche la recapture de ces deux neurotransmetteurs. La dopamine et la norépinéphrine demeurent donc plus longtemps entre les neurones, ce qui augmente le niveau d'alerte et de concentration du patient.

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