Les intervenants en prévention du suicide craignent les restrictions

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

Les intervenants en prévention du suicide sont inquiets devant de possibles réductions de leur financement alors que la demande pour leurs services est en forte progression et que le nombre de suicides demeure obstinément autour de 1100 par année au Québec.

Le directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), Jérôme Gaudreault, a souligné jeudi en conférence de presse à Montréal que les conditions sont réunies pour une détérioration de la situation.

«Le contexte actuel, avec ses restrictions budgétaires et l'insécurité économique, nous inquiète grandement. Nous craignons que les services ne puissent être offerts aux plus vulnérables d'entre nous dans un délai raisonnable», a-t-il déclaré, rappelant qu'il y a une corrélation directe et démontrée entre le chômage et le taux de suicide.

D'ailleurs, les signes d'une détresse croissante sont déjà palpables sur le terrain, selon Fabienne Audette, directrice générale de Suicide-Action Montréal.

«Nous vivons actuellement une très forte pression à devoir répondre a un volume d'appels qui augmente sans cesse, a-t-elle expliqué. Depuis trois ou quatre ans, nous avons vu une augmentation de 30% du nombre d'appels, mais les ressources financières, elles, n'augmentent pas.»

En fait, ces ressources ont déjà commencé à diminuer de manière subtile et indirecte, note Jérôme Gaudreault.

«Dans les faits, il y a eu une baisse de l'indexation du financement donné aux organisations communautaires et il y a certains projets, qui étaient accompagnés de financement, qui ont été coupés dans la dernière année», a-t-il dit.

Or, les intervenants du milieu ne savent toujours pas ce que leur réserve le prochain budget provincial, bien qu'ils sachent déjà que celui-ci sera marqué par des politiques d'austérité et probablement assorti, donc, de compressions.

«Nous sommes très craintifs de perdre de l'argent alors que nous subissons déjà des pressions de plus en plus fortes de la part de l'Agence de santé (et des services sociaux de Montréal) pour répondre davantage aux appels. Déjà qu'on manque de ressources», soupire Fabienne Audette.

Elle ajoute que même du côté caritatif, la situation n'est pas encourageante puisque Centraide du Grand Montréal doit se montrer frugal avec les organismes tributaires car il n'arrive pas à atteindre les objectifs de sa campagne annuelle de financement. «Ils ont coupé tous les organismes communautaires d'au moins deux pour cent l'an dernier», fait-elle valoir.

Données périmées

Les dernières données sur le suicide au Québec, dévoilées lors de la conférence de presse, font état de 1102 suicides en 2012 dans la province, soit une moyenne de trois par jour.

Le taux de suicide, lui, se situe à 13,3 personnes par 100 000 habitants. Ce taux est en baisse constante mais modeste depuis quelques années, mais Jérôme Gaudreault fait valoir que ces légers progrès perdent leur sens devant un nombre de suicides qui refuse de chuter sous la barre des 1100.

«Si vous en parlez aux 100 000 personnes qui ont été endeuillées par le suicide au cours des dix dernière années, je ne suis pas sûr que (la baisse de taux) serait une nouvelle qui leur porterait un certain réconfort», a-t-il laissé tomber.

Ces données, colligées par l'Institut national de santé publique du Québec, datent toutefois de 2012 et le rapport intitulé «La mortalité par suicide au Québec 1981 à 2012 - Mise à jour 2015» reconnaît lui-même cette limite.

«Selon les données provisoires du Bureau du coroner du Québec, le nombre de suicides estimé en 2013 serait de 1072, mais ce chiffre est sous-estimé», peut-on y lire dans un paragraphe qui précise cependant que l'on s'attend, en 2013, à un taux de suicide à peu près semblable à celui de 2012.

Les intervenants craignent toutefois que ces données d'il y a plus de deux ans cachent la tendance à la hausse qu'ils constatent sur le terrain.

«Il y a quand même des signes qui ne mentant pas, notamment des cas de détresse dans certains centres de santé et une certaine aggravation des cas à traiter», souligne M. Gaudreault.

La conférence de presse visait à lancer la 25e Semaine nationale de prévention du suicide, du 1er au 7 février, qui se déroulera sous le thème «T'es important-e pour nous. Le suicide n'est pas une option».

L'animatrice Anaïs Guertin-Lacroix, dont le père s'est suicidé lorsqu'elle avait 9 ans, a dévoilé une courte vidéo dans laquelle elle partage son histoire.

«On entend souvent dire que des parents ne devraient pas avoir à enterrer leurs enfants. Je crois sincèrement que des enfants ne devraient pas avoir, non plus, à enterrer leurs parents», a-t-elle déclaré en présentant la vidéo, tout en appelant la population à faire preuve de vigilance, de sensibilité et d'empathie.

«Souvent, on pose la question: Salut! Comment ça va? Et on n'écoute même pas la réponse. Il faut juste être attentif. Les ressources sont là. On peut prendre le téléphone, l'Internet oui, mais aussi être attentif aux gens autour de nous... et être moins centré sur soi-même», a-t-elle dit.

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