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Harcèlement à l'UdeM: le programme de chirurgie plastique menacé

Lors de la visite d'accréditation du Collège royal... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Lors de la visite d'accréditation du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, les visiteurs ont noté que le climat de travail du programme de plastie de l'Université de Montréal était défavorable, car des professeurs intimidaient les étudiants.

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Aux prises avec un problème de harcèlement et d'intimidation généralisé dans son programme de chirurgie plastique, le département de médecine de l'Université de Montréal est menacé de devoir retirer ce programme de son offre de cours, a appris La Presse.

Lors de la visite d'accréditation du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, effectuée en avril dernier, les visiteurs ont noté que le climat de travail du programme de plastie de l'Université de Montréal était défavorable, car des professeurs intimidaient les étudiants. La situation est problématique au point où le Collège royal a envoyé un «avis d'intention de retrait» au programme.

La vice-doyenne aux études médicales postdoctorales de l'Université de Montréal, la Dre Josée Dubois, affirme «ne pas avoir été surprise» par la situation. «C'est un problème généralisé dans le programme. On le savait depuis longtemps», a-t-elle déclaré.

La Dre Dubois dit qu'elle a tenté à plusieurs reprises, au cours des dernières années, de discuter du problème avec les professeurs du département. Sans succès. «On ne voyait pas le problème. On disait ne pas avoir à s'améliorer. La visite d'agrément nous donne maintenant le levier pour agir», dit-elle.

La Dre Dubois explique que le niveau de stress est très élevé lors d'une intervention de chirurgie plastique. «La moindre erreur peut avoir un impact très visible sur le patient. Les professeurs peuvent parfois avoir des propos plus brusques envers leurs étudiants à cause de ça. On travaille à corriger ça.»

Ni la Dre Dubois ni les autres personnes jointes par La Presse n'ont donné d'exemple plus précis de harcèlement ou d'intimidation au programme.

Déjà, des rencontres ont été effectuées avec les professeurs et les médecins résidents du programme de plastie. «On a entre autres offert, en juin dernier, des formations pour expliquer ce qu'est le harcèlement et l'intimidation pour partir sur des définitions communes», note la Dre Dubois.

Le Comité de programme de plastie doit également prendre des décisions et rendre son rapport en janvier. «On pourrait entre autres changer certains stages de milieu. On doit offrir un milieu d'apprentissage dans lequel il y a un climat favorable. On va travailler pour le faire  [...]. Il faut aussi donner la chance aux gens de s'améliorer. On va accompagner nos professeurs là-dedans.»

«En choc»

Le Dr Éric Bensimon, professeur au département de chirurgie plastique de l'Université de Montréal et président de l'Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec, a été surpris de voir que La Presse était au courant de la situation. «Nous sommes tous en choc. On ne sait pas trop ce qui s'est passé», a-t-il dit, sans vouloir commenter plus en détail.

Le Collège des médecins du Québec, qui participe aux visites d'accréditation du Collège royal, affirme être «au courant de l'existence de divers problèmes dans le programme de chirurgie plastique de l'Université de Montréal». «L'Université de Montréal travaille afin de régler les problèmes identifiés», assure la porte-parole du Collège des médecins, Leslie Labranche.

Président de l'Association des médecins résidents de Montréal, le Dr Robert Avram a été mis au courant de la menace qui plane sur le département de chirurgie plastique. «Mais il n'y a pas eu de plainte officielle d'abus ou de harcèlement de la part d'aucun étudiant», dit-il.

La Fédération des médecins résidents du Québec n'a pas voulu commenter le dossier.

Sans parler du cas précis de l'Université de Montréal, la porte-parole du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, Sandy Shearman, explique que plusieurs raisons peuvent amener le Collège royal à émettre un avis d'intention de retrait. «Notre processus d'accréditation identifie les forces et les faiblesses des programmes en fonction de standards. Si une faiblesse est identifiée, une deuxième évaluation est faite ultérieurement pour voir si la situation s'est améliorée, explique-t-elle.

«L'accréditation peut être retirée si un programme ne fait aucun effort pour s'améliorer ou si la sécurité des résidents est menacée ou la compétence de certains individus est remise en question.»

Plusieurs de ces avis sont d'ailleurs envoyés chaque année partout au pays, dit-elle, sans vouloir en préciser le nombre.

Le Collège royal et le Collège des médecins retourneront visiter, dans environ 18 mois, le programme de chirurgie plastique de l'Université de Montréal afin de vérifier si les problèmes ont été réglés.

- Avec la collaboration de Catherine Handfield

Qu'est-ce que l'agrément?

Le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada visite tous les six ans les programmes des départements de médecine du pays pour en vérifier la qualité. Si certaines lacunes sont détectées, le Collège royal émet des directives, qui vont de la simple évaluation interne à l'avis d'intention de retrait de l'accréditation. Cette année, les 55 programmes de l'Université de Montréal ont été évalués. Seul celui de plastie a reçu un avis d'intention de retrait. Un programme qui se fait retirer son accréditation ne peut plus exister. Le porte-parole de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, Louis Tremblay, explique qu'à chaque visite d'agrément, au six ans, en moyenne un avis d'intention de retrait est signifié à l'un des programmes de l'Université de Montréal. Jamais aucun programme n'a vu son accréditation retirée.

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