CUSM: des plans «minimalistes» qui coûtent cher

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Les changements au projet du CUSM ont été nombreux et pourraient coûter plus de 200 millions aux contribuables.

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Ascenseur et autres équipements essentiels oubliés, espaces insuffisants: l'ancien directeur du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), Arthur Porter, et l'ex-directeur de l'équipe de la planification, St. Clair Armitage, «voulaient aller vite» et ont dressé dans un premier temps des plans «minimalistes» qui motivent aujourd'hui plus d'une vingtaine de litiges entre le CUSM et le consortium qui l'a construit, révèle un rapport  émanant du directeur général du projet, Clermont Gignac, obtenu par La Presse.

Qu'il s'agisse de l'ajout non prévu d'un ascenseur et de machines à glace ou de l'augmentation de la superficie de l'hôpital, les changements au projet ont été nombreux et pourraient coûter plus de 200 millions aux contribuables.

En mai dernier, Radio-Canada révélait que le consortium Groupe immobilier santé McGill (GISM), dont fait partie SNC-Lavalin, réclamait 200 millions supplémentaires au CUSM pour les travaux de construction du nouvel hôpital. Dans la foulée de cette annonce, Québec a demandé à Clermont Gignac de préparer une analyse du litige.

Dans le document, on explique notamment qu'Arthur Porter a établi initialement des «devis de performance minimalistes». «En comparaison, les devis du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) ont deux fois plus de pages», est-il écrit.

Les devis de performance du CUSM font aujourd'hui problème. Car GISM ne les interprète pas de la même façon que le CUSM. «GISM considère que plusieurs éléments ne font pas partie intégrante des travaux, que des frais additionnels devront être réclamés et que cela reportera la réception provisoire», est-il écrit.

Le 30 septembre dernier, seuls l'Institut de recherche du CUSM et le stationnement ont été livrés comme prévu, ce qui représente 26% du projet total. Selon SNC-Lavalin, les travaux d'origine prévus sont achevés à 98,9% et la livraison finale aura lieu en 2015 «comme prévu».

Mais, signe que les mésententes sont nombreuses au CUSM, quelque 2260 lettres ont été échangées entre le CUSM et GISM jusqu'à maintenant, soit en moyenne 47 par mois. De son côté, le projet du CHUM n'en suscite que 22 par mois.

Ajout d'un ascenseur

Plus d'une vingtaine de dossiers sont contestés au CUSM. GISM évalue notamment à 59 millions les coûts de construction de 12 000 m2 ajoutés au projet. Le CUSM ne prévoyait payer que 2 millions pour l'ajout de superficie. Les honoraires professionnels, évalués initialement à 5 millions, seraient plutôt de 21 millions. Et l'ajout d'un ascenseur et de machines à glace coûterait respectivement 8 millions et 1,2 million. 

Sur les 200 millions réclamés par GISM, 98 millions «n'ont jamais été autorisés par le CUSM et le bureau du directeur exécutif», peut-on lire dans le rapport, ce qui prouve que «les processus contractuels n'ont pas été suivis». 

Dans le projet de partenariat public-privé initial, une provision de réclamations de 61 millions avait été prévue. Dans le rapport de M. Gignac, on reconnaît que le litige actuel «risque de produire un solde à payer supérieur au solde de réserves pour risques et contingences du projet».

Le CUSM n'a pas voulu répondre aux questions de La Presse. Chez SNC-Lavalin, on assure avoir «suivi les modalités du contrat, notamment en matière d'avis». On ajoute également que «les contrats de cette nature comprennent un processus à suivre en cas de différends, et nous suivons ce processus».

Au cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on affirme que les mésententes actuelles «seront traitées à travers les mécanismes prévus à l'entente». «Nous en sommes encore à l'étape des négociations. Le gouvernement ne paiera pas pour des travaux qui n'ont pas été exécutés ni pour des travaux qui n'ont pas été autorisés ou des réclamations qui sont injustifiées», écrit l'attachée de presse du ministre Barrette, Joanne Beauvais.

Le concept de PPP remis en question

Lors de l'annonce de la construction des projets de CHU en partenariat public-privé (PPP), en 2007, le gouvernement libéral clamait que ce mode de construction assurait une livraison du projet dans les délais et les budgets prévus.

«On voit aujourd'hui que la promesse qu'il n'y aura pas d'extras ne pourra pas être tenue», note Pierre J. Hamel, professeur à l'INRS et spécialiste des PPP. Ce dernier explique qu'il est «extrêmement difficile» de planifier dans le détail la construction d'un hôpital qui devra être bon pour une trentaine d'années. 

«Les détails du projet devaient être établis dans le plan fonctionnel et technique pour éviter les interprétations par la suite. Comment expliquer de tels écarts aujourd'hui? Ajouter un ascenseur, ce n'est pas rien», constate M.  Hamel, qui ajoute qu'il est difficile de savoir si les plans initiaux n'étaient pas assez complets ou si c'est plutôt le consortium gagnant qui a mal évaluer le travail à faire.

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