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Médecin de famille: les Québécois doivent s'armer de patience

Les cas jugés prioritaires sont généralement vus plus... (Photo archives La Presse)

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Les cas jugés prioritaires sont généralement vus plus rapidement, mais beaucoup doivent tout de même patienter plusieurs mois.

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Les listes d'attente ne sont plus l'apanage des services de garde à 7$. Près de 300 000 Québécois sont inscrits sur une liste d'attente dans l'espoir de trouver un médecin de famille.

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Il faut s'armer de patience. Les gens attendent en moyenne 454 jours avant d'en trouver un. C'est plus d'une année. 

Les cas jugés prioritaires sont généralement vus plus rapidement, mais beaucoup doivent tout de même patienter plusieurs mois. Des personnes en bonne santé peuvent quant à elles attendre jusqu'à tout près de trois ans.

Tous ne sont pas égaux. Les Québécois qui vivent en Outaouais, en Abitibi-Témiscamingue et dans la région de la Gaspésie‑Îles-de-la-Madeleine risquent d'attendre plus longtemps.

À l'inverse, les résidants des régions de Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale semblent plus choyés.

C'est le portrait qui se dégage d'une compilation d'informations provenant de la base de données SIGECO du ministère de la Santé, obtenues par La Presse auprès des différentes Agences de la santé et des services sociaux de la province à la suite d'une demande d'accès à l'information.

Au Québec, selon la région où ils habitent, on estime qu'entre le quart et le tiers des Québécois n'ont pas de médecin de famille actuellement. Certains n'en veulent pas ou n'en ont pas cherché.

Mais plusieurs sont tout simplement incapables d'en trouver un. C'est pour remédier à cette situation que le gouvernement a mis en place il y a cinq ans le guichet d'accès pour les clientèles orphelines (GACO), sorte de liste d'attente pour les patients qui veulent un médecin de famille.

À ce jour, quelque 925 000 Québécois s'y sont inscrits. Un peu plus des deux tiers ont ainsi réussi, à force de patience, à trouver un omnipraticien qui accepte de les prendre en charge. Les autres - ils sont environ 293 000 - attendent encore.

Priorité aux personnes vulnérables

Une large part des personnes inscrites sont considérées comme  en bonne santé. Elles attendent donc longtemps. Beaucoup aussi sont vulnérables, c'est-à-dire qu'elles souffrent de maladie chronique, stabilisée ou non. Elles aussi patientent souvent plusieurs mois.

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, estime que le GACO est «une excellente mesure», mais reconnaît qu'il a ses limites. «On n'a jamais prétendu que ça allait régler le problème», souligne-t-il.

La marche à suivre est simple. Les gens s'inscrivent d'abord sur la liste d'attente en contactant le centre de santé et de services sociaux de leur territoire. Une infirmière communique ensuite avec eux. Elle dresse un bilan de santé de façon à déterminer leur priorité (P1 à P5) et leur vulnérabilité en fonction de plusieurs critères bien définis.

Le portrait brossé par

La Presse révèle qu'un grand nombre de régions prennent plusieurs semaines avant d'évaluer les patients et de les classer sur la liste d'attente.

Dans le Bas-Saint-Laurent, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Mauricie-Centre-du-Québec, en Outaouais et dans les Laurentides, environ un patient sur quatre qui est inscrit sur la liste n'a même pas encore obtenu une cote de priorité.

«On essaie de faire en sorte que ce soit le plus vite possible dans toutes les régions du Québec. Des efforts sont faits pour faire en sorte que les régions où c'est le plus lent mettent des ressources pour qu'on puisse bien évaluer la priorité des patients de façon à ce que ça se passe le plus rapidement possible», assure le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert.

Plus de mesures incitatives avec le GACO

Dorénavant, il sera de plus en plus difficile de «magasiner» un médecin de famille en faisant jouer ses contacts. En juin dernier, la révision de la lettre d'entente entre le Ministère et la FMOQ a fait en sorte de rehausser les mesures incitatives financières accordées à un médecin qui accepte de prendre en charge un patient inscrit sur la liste d'attente du GACO. Du même coup, elle réduit considérablement la rémunération accordée à un médecin lorsqu'il accepte de prendre un nouveau patient orienté par une connaissance.

Un médecin qui accepte un nouveau patient en cabinet par l'entremise d'une connaissance obtient 25$ pour un patient en bonne santé et 50$ pour un patient vulnérable. Si le patient provient du GACO, la somme varie de 100 à 275$.

«Avec les mesures mises en place, on réussit à prendre de plus en plus de patients», affirme le ministre.

Pour le porte-parole de l'opposition en matière de santé, Yves Bolduc, il est clair que le système actuel ne répond pas à la demande. Un Québécois considéré comme en bonne santé a peu de chances de trouver un médecin de famille, déplore-t-il. La situation est pire avec les nouvelles règles datant du mois de juin.

«Tout le monde devrait avoir un médecin de famille. Quand tu fais le bilan de santé, tu finis toujours par trouver de petites choses à surveiller. Malade, pas malade, tout le monde devrait avoir le droit de voir un médecin de famille», affirme M. Bolduc qui parle en connaissance de cause. Il a lui-même recommencé à pratiquer son métier de médecin en cabinet depuis qu'il est dans l'opposition.

- Avec la collaboration de Serge Laplante

Changer la pratique des médecins

Au fil des ans, les médecins de famille ont pris de plus en plus de responsabilités dans les hôpitaux. Une pratique qui est à revoir pour leur permettre d'être plus présents dans les cabinets et ainsi voir plus de patients, estime le ministre de la Santé, Réjean Hébert.

Pendant longtemps, la pénurie de médecins dans plusieurs spécialités a amené les omnipraticiens à assumer la prise en charge des patients à l'hôpital, tandis que le spécialiste agissait à titre de consultant.

Il faut briser ce «cercle vicieux», estime M. Hébert. Dans plusieurs régions, «il faut que le spécialiste puisse reprendre la prise en charge des patients pour libérer le médecin de famille afin qu'il puisse être au cabinet et suivre les patients qui ont des maladies chroniques pour éviter qu'ils ne soient hospitalisés».

Ce changement est toutefois délicat. Dans plusieurs régions, peu de médecins assurent les services: il faut donc éviter de se retrouver en rupture de service, reconnaît le ministre. «Il faut être très prudent, alors il faut faire ce changement progressivement, mais fermement.»

Les spécialités comme la médecine interne, la pédiatrie et la psychiatrie sont principalement visées, dit-il.

Parent pauvre de la médecine

La médecine de famille a été longtemps le parent pauvre. Dans les facultés de médecine, elle peinait à attirer les candidats. Jusqu'à récemment, 55% des finissants se dirigeaient vers la médecine spécialisée.

Cette année, les facultés comptent autant de futurs médecins de famille que de spécialistes. Dans deux ans, l'objectif du Ministère est d'avoir un ratio de 55% de finissants en médecine de famille et de 45% en spécialité.

Pour répondre à cette nouvelle affluence, Québec annonce ces jours-ci la création de trois nouvelles unités de médecine de famille et l'agrandissement de quelques autres unités existantes. Au total, une dizaine d'entre elles sont touchées.

Les unités de médecine de famille sont des cliniques affiliées à des universités où il se fait de l'enseignement. Les résidants qui y travaillent voient des patients, mais sont supervisés par des médecins.

Pour aller plus loin et favoriser l'accès à un médecin de famille pour tous les Québécois, le critique de l'opposition en santé, Yves Bolduc, suggère que chaque médecin ait l'obligation de suivre 300 patients par journée de clinique. 

«Ce sont des cibles difficiles à établir», rétorque le ministre Réjean Hébert. Les médecins de famille sont en effet tenus de faire un certain nombre d'heures par semaine en activités médicales particulières, à l'hôpital ou dans les centres d'hébergement, par exemple.

«On peut toutefois inclure la pratique en bureau ou en cabinet comme une activité médicale particulière», suggère-t-il.




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