Déménagement du CUSM: «on a un gros défi»

Le Centre universitaire de santé McGill déménagera l'an... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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Le Centre universitaire de santé McGill déménagera l'an prochain ses quatre hôpitaux et son centre de recherche au site Glen.

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

Des mois de préparation, des rues fermées et des ambulances réquisitionnées pour le transport des patients: le déménagement du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) vers la nouvelle construction du site Glen se dessine comme le plus important déménagement d'un centre hospitalier de l'histoire du Québec.

Le Centre universitaire de santé McGill déménagera l'an prochain ses quatre hôpitaux et son centre de recherche au site Glen. L'opération d'envergure prendra plusieurs semaines, dont six mois de travail uniquement pour la mise en marche du nouvel hôpital.

«On a un gros défi et il faut être capable de l'aborder correctement», reconnaît d'emblée Michèle Verreault-Lortie, directrice du projet de mise en service opérationnel au site Glen, en entrevue à La Presse.

Le CUSM a mandaté l'entreprise Health Care Relocations (HCR), qui compte 300 déménagements d'hôpitaux, de laboratoires et de cliniques à son actif, pour l'épauler dans cette tâche.

HCR a acquis une solide expertise au fil des ans, faisant en sorte que chacune des étapes est minutieusement préparée. Le centre hospitalier pourra suivre une procédure bien définie. Par contre, même l'entreprise reconnaît qu'il s'agit du déménagement le plus complexe, explique Mme Verreault-Lortie.

Une période de six mois sera préalablement nécessaire pour mettre le nouveau centre hospitalier en marche - et quatre mois en ce qui concerne le centre de recherche - avant de procéder au déménagement à proprement dit.

«L'activation de l'édifice est un grand défi. Il est plus grand que le déménagement en tant que tel», indique la directrice du projet.

Quand le CUSM prendra possession de la nouvelle bâtisse, le 30 septembre prochain, il ne s'agira pas encore d'un hôpital, souligne Mme Verreault-Lortie. «Ce sera un édifice qui sera fini de construire, où il va y avoir déjà de gros équipements installés et beaucoup d'ameublements arrivés, mais il ne sera pas prêt pour être en service.»

Pendant l'automne, le personnel recevra de la formation et pourra se familiariser avec son nouvel environnement de travail.

Le jour J devrait se situer en avril 2015 avec le déménagement de l'hôpital Royal-Victoria. Il sera suivi de l'Hôpital pour enfants, puis de l'Hôpital général de Montréal et de l'Institut thoracique.

L'opération complexe de transférer tous les patients du vieil hôpital vers le nouveau CUSM se fera un dimanche dans tous les cas. Une journée généralement moins achalandée sur les routes.

Urgences-santé sera mise à contribution. «On va avoir besoin d'ambulances, de transport adapté et peut-être, dépendant des patients, d'autobus», explique Mme Verreault-Lortie en précisant que le nombre de patients à transférer n'est pas encore connu. «Est-ce qu'on aura besoin de 10 ambulances ou de 25, je ne peux pas le dire. On n'est pas rendu là.»

Le CUSM doit aussi mener des discussions avec la Ville de Montréal afin d'obtenir son soutien pour la fermeture de rues ou la présence de policiers pour faciliter le passage des ambulances.

Moins de patients et moins de soins

Le CUSM prévoit réduire ses services dans les semaines précédant le déménagement pour diminuer le nombre de patients dans ses hôpitaux le jour du transfert.

D'autres hôpitaux de Montréal seront sans doute rappelés en renfort et des discussions sont en cours avec l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal.

«Des efforts très importants vont être faits pour réduire la population de patients. La dernière semaine avant le déménagement, il n'y aura plus de chirurgies électives», illustre Mme Verreault-Lortie.

Les cliniques de consultation externes fonctionneront aussi au ralenti. «On essaie de prévoir une réduction, comme c'est souvent fait dans le temps des Fêtes.»

Des changements graduels

Le flot d'activités va diminuer graduellement dans les anciens hôpitaux pour reprendre tout aussi graduellement sur le site Glen. «Le dernier mois, il y aura des rencontres presque tous les jours pour être capable de voir progresser le nombre de patients et savoir quel genre de patients nous allons devoir déplacer», précise celle qui est à la tête de ce déménagement.

Le personnel sera fortement sollicité. Lors du déménagement, chacun des patients sera accompagné par un médecin ou un professionnel des soins.

La décision n'est pas encore prise, mais le CUSM va certainement limiter les congés et les vacances de ses 7500 employés pendant la période du déménagement. «À un moment donné, il va y avoir une recommandation en ce sens», indique Mme Verreault-Lortie.

La direction du CUSM espère que les transferts seront complétés pour le 24 juin, question de laisser à tout le personnel le temps de s'acclimater pendant la saison estivale.

Le nouveau CUSM sera pratiquement meublé à neuf et doté de nouveaux équipements. En fait, seulement une vingtaine de gros équipements lourds seront déménagés. Il faudra d'une à quatre semaines, selon le cas, pour les démonter, les déménager et les rendre fonctionnels dans les nouveaux locaux. Pour le reste, les employés et le personnel vont pouvoir travailler jusqu'à la dernière minute dans leur ancien hôpital. Du matériel sera stocké dans le nouveau CUSM de façon à ce que tout soit opérationnel lors de l'ouverture. Au moment où les urgences du Royal-Victoria vont fermer, par exemple, celles du nouveau CUSM seront prêtes à accueillir les patients.

Le CUSM dispose d'un budget de 10 millions pour la préparation du déménagement. «Cela ne comprend pas les coûts d'opération qui reviennent au CUSM pour l'activation. Nous sommes en train de préparer un budget à cet égard», explique Mme Verreault-Lortie, qui entend le présenter à l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. En entrevue à La Presse récemment, le directeur général, Normand Rinfret, avait déclaré qu'il souhaite un appui financier supplémentaire de la part de l'Agence.

Inquiétudes et incertitude chez les employés

Malgré les rencontres avec la direction, certaines inquiétudes demeurent pour l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

«Nos membres ne savent pas vers quoi ils s'en vont, s'il y aura une réduction de personnel, quelles affectations ils auront pour le nouveau site. On ne sait rien», déplore le responsable politique de la région de Montréal pour l'APTS, Francis Collin.

La direction compte d'abord déterminer les cadres qui travailleront dans chacun des services avant de se pencher sur la question du personnel. «On nous a dit qu'ils comptent réduire le nombre de cadres de moitié, alors on ne sait pas pour nos membres. Certains vont rester à l'Hôpital général de Montréal, mais ce ne sera pas la majorité. Une partie va certainement être remerciée. Ont-ils des programmes de bonification pour les départs à la retraite? Tout ce qu'on nous répond, c'est qu'il n'y a pas d'argent pour cela.»

L'APTS craint aussi que les premières semaines, voire les premiers mois dans le nouvel hôpital soient plutôt chaotiques, surtout que le CUSM va ralentir ses activités dans les semaines précédant le déménagement. «Un ralentissement comme celui-là pendant une semaine ou deux risque de faire en sorte qu'après, il y aura plus de patients. Il y aura à la fois une adaptation à un nouveau milieu de travail et une charge de travail plus grande.»

Une grande logistique à prévoir

La planification de la main-d'oeuvre est la préoccupation majeure du Syndicat des professionnels en soins infirmiers et cardio-respiratoires du CUSM, explique la présidente, Line Larocque.

«Il reste encore beaucoup de choses à discuter», déclare Mme Larocque.

«C'est pour cela qu'on a hâte de faire l'exercice de planification des effectifs. Notre souhait est qu'il n'y ait pas de fermeture de postes. C'est vrai qu'il y aura moins de lits dans le nouveau CUSM, mais il se peut que les soins soient organisés autrement et que ça ne change rien. Je ne pars pas en panique là-dessus.»

Mme Larocque se montre toutefois rassurée par l'organisation et la planification dont fait preuve pour l'instant la direction du centre hospitalier, épaulée par l'entreprise HCR, spécialisée dans ce type de déménagement.

«Je me questionnais beaucoup et d'avoir entendu la compagnie du déménagement nous faire une présentation, leur organisation et leur précision, je dirais qu'ils m'ont rassurée.»




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