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Des réfugiés sont privés de soins de santé

En juin dernier, Ottawa a mis fin au... (Photo archives La Presse)

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En juin dernier, Ottawa a mis fin au remboursement des médicaments, des soins dentaires, de la réadaptation et de tout traitement jugé non urgent dont il s'acquittait pour les réfugiés qui ne bénéficiaient pas encore d'un régime d'assurance maladie provincial.

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Depuis qu'Ottawa a mis la hache dans les soins de santé offerts aux réfugiés, l'été dernier, des cliniques de la région de Montréal refusent de soigner des demandeurs d'asile qui ont pourtant droit aux traitements, ou les forcent à payer pour des consultations avec un médecin que Québec s'est engagé à rembourser. Démunies et mal informées, des dizaines de personnes se retrouvent ainsi privées de soins importants. Sur le terrain, la grogne monte.

«Il existe un grand écart entre ce qu'a promis le gouvernement provincial et ce qui se passe vraiment, déplore la directrice du Conseil canadien pour les réfugiés, Janet Dench. Il y a beaucoup de monde dont on ne s'occupe pas, soit parce qu'ils tombent entre deux chaises, soit parce que leur clinique ne comprend pas les directives du gouvernement.»

Rappelons qu'en juin dernier, Ottawa a mis fin au remboursement des médicaments, des soins dentaires, de la réadaptation et de tout traitement jugé non urgent, comme les suivis de grossesse ou de maladies chroniques, dont il s'acquittait pour les réfugiés qui ne bénéficiaient pas encore d'un régime d'assurance maladie provincial. Les professionnels de la santé avaient alors anticipé une «catastrophe».

Pour des raisons humanitaires, Québec s'était engagé à payer les traitements qu'Ottawa cesserait de rembourser. Cinq mois plus tard, La Presse a constaté que des dizaines de réfugiés se retrouvent malgré tout exclus du système de santé.

Manque de clarté

«L'information n'est pas claire, estime Sophie Shoen, infirmière chez Médecins du monde à Montréal. Il y a une indifférence envers les réfugiés et beaucoup de flou dans la nouvelle façon de faire. Des cliniques refusent automatiquement les réfugiés seulement parce qu'elles trouvent ça trop compliqué de se faire rembourser.»

Depuis l'été, son organisme a reçu de nombreux appels de gens qui demandent de l'aide après avoir essuyé un refus de traitement, perdu leur médecin de famille ou leur gynécologue ou avoir été forcés de débourser des centaines de dollars pour être soignés.

Un bref tour d'horizon nous a permis d'identifier plusieurs de ces centres médicaux. Dans une des plus grosses cliniques de l'est de Montréal, on nous a affirmé que les demandeurs d'asile doivent payer 200$ pour une consultation, à moins que leur vie soit en danger.

Une règle qui va à l'encontre du mot d'ordre donné par la Régie de l'assurance maladie du Québec dans une note envoyée en août et dont nous avons obtenu copie. La Régie avait alors demandé aux professionnels de la santé de lui envoyer une demande de remboursement pour les examens de santé préventifs qu'Ottawa ne paye plus, pourvu que le patient présente un document de demandeur d'asile ou un certificat d'admissibilité au Programme fédéral de santé intérimaire.

Dans une clinique de Rosemont à laquelle nous avons aussi téléphoné, on indique que la nouvelle politique est de refuser les réfugiés, même s'ils ont lesdits documents. «Depuis le mois de juin, on ne les prend pas à moins qu'ils aient un problème de santé publique», nous a expliqué la réceptionniste.

Même histoire dans un centre de gynéco-obstétrique de l'ouest de la ville, où une patiente enceinte de cinq mois n'a plus de suivi depuis l'été parce qu'elle ne pouvait pas payer.

À la RAMQ, on estime pourtant que le mot d'ordre est clair et on assure ne pas avoir reçu de plainte ou de signalements au sujet d'une quelconque incompréhension des règles.

Entre deux chaises

Autre problématique depuis les coupes fédérales: plusieurs personnes sans statut se retrouvent dans une sorte de no man's land. Ottawa ne paye plus pour elles et le provincial ne les reconnaît pas parce qu'elles ne détiennent pas les papiers requis.

Des dizaines de personnes seraient dans cette situation, selon les organismes d'aide aux réfugiés. Le Conseil canadien pour les réfugiés donne l'exemple d'un homme récemment diagnostiqué d'un cancer qui a dû liquider tous ses biens pour payer sa chimiothérapie.

«Ce qui arrive est horrible, rage la députée du NPD dans Saint-Lambert, Sadia Groguhé, qui travaille avec Médecins du monde pour répertorier les cas. En tant que société, on doit prendre nos responsabilités. Les réfugiés sont des gens vulnérables. Ils ne vont pas quémander des soins. On ne peut pas les laisser mourir.»

Pour la députée, la situation actuelle était à prévoir lorsque le gouvernement fédéral a décidé de faire des coupes dans son programme de soins intérimaires. «On s'y attendait, mais on commence vraiment à en voir les impacts», dit-elle.

Dans un courriel envoyé à La Presse, l'attaché de presse de Citoyenneté et Immigration Canada a défendu la décision de son ministère. «Les Canadiens ont été clairs: ils ne veulent pas que des immigrants illégaux et des demandeurs d'asile déboutés reçoivent une couverture médicale supérieure à ce qu'eux reçoivent en tant que payeurs de taxes. Notre gouvernement a écouté et a agi. Nous avons pris des mesures pour que les personnes protégées et les demandeurs d'asile de pays non sécuritaires reçoivent une couverture de soins de santé du même niveau que les payeurs de taxes canadiens reçoivent de leur province», dit-il.

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