C'est du moins ce qu'affirment des économistes américains dans une étude parue hier dans le prestigieux Journal de l'Association médicale américaine. Leur conclusion: les revenus des médecins stagnent aux États-Unis depuis 15 ans en partie à cause du partage des responsabilités avec d'autres professionnels.
«Il n'y a aucun doute, les revenus des médecins ont souffert de la prise en charge de certaines responsabilités par les autres professions médicales», affirme Amitabh Chandra, de l'Université Harvard, auteur principal de l'étude. «Il y a aussi d'autres raisons, mais c'est l'idée centrale de ce partage des tâches: les confier à des gens qui gagnent moins cher.»
En effet, aux États-Unis, les cliniques sans rendez-vous ont de plus en plus recours à des «adjoints au médecin» (physician asistants), qui peuvent prescrire des médicaments pour des maux simples. Leur nombre a doublé depuis 10 ans aux États-Unis pour atteindre 85 000 (contre un million de médecins). L'Ontario a quant à elle autorisé la profession en 2010.
Peu de craintes au Québec
Entre la fin des années 80 et la fin de la première décennie du millénaire, les revenus des médecins ont augmenté de 9% seulement, contre 44% pour les pharmaciens, 25% pour les infirmières et 55% pour les adjoints au médecin. Depuis 15 ans, les revenus des médecins ont même baissé, alors que les trois autres professions ont connu leur plus importante augmentation.
Selon le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, ces résultats n'ont aucune valeur pour le Québec. «C'est difficile de transposer ici ce qui se passe aux États-Unis. Je ne crains pas que le transfert des responsabilités vers les pharmaciens ou les infirmières aura un impact sur le revenu. Et je ne crois pas non plus que ça va augmenter l'accessibilité aux soins. C'est une aide fournie aux médecins, une réorganisation du travail. Les pharmaciens ne partiront pas à la course pour faire ces activités-là. La partie la plus lucrative de leur profession est la distribution des médicaments.»
Les patients d'abord
Seth Seabury, de l'Institut Rand, en Californie, qui figure aussi parmi les auteurs de l'étude, est également moins catégorique que M. Chandra. «Il est indéniable que le rôle accru des autres professions dans les soins de première ligne peut leur apporter une augmentation de revenus, dit M. Seabury. Mais on ne peut pas établir un lien entre ça et la stagnation des revenus des médecins. Cela dit, en théorie, c'est pour cette raison qu'on fait ces changements, pour épargner de l'argent.»
L'an prochain, l'équipe de M. Chandra tentera de déterminer si le rôle accru des adjoints au médecin, des infirmières et des pharmaciens nuit à la santé des patients. «C'est bien beau d'épargner de l'argent, mais il ne faut pas que ça mette des vies en danger.»