Les antibiotiques donnés au bétail soulèvent l'inquiétude

Dr Joël Bergeron, président de l'Ordre des médecins... (Photo Valérian Mazataud COLLABORATION SPECIALE)

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Dr Joël Bergeron, président de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec

Photo Valérian Mazataud COLLABORATION SPECIALE

Les États-Unis devront bientôt arrêter d'administrer aux animaux d'élevage certains antibiotiques destinés à stimuler leur croissance. Le 22 mars, le juge Theodore H. Katz, de la Cour fédérale du district sud de New York, a sommé la Food and Drug Administration (FDA) d'interdire l'utilisation de la pénicilline et de la tétracycline à des fins non thérapeutiques, afin de contrer l'émergence de bactéries multirésistantes, dangereuses pour l'humain.

«Nous sommes en train d'étudier le jugement et de déterminer quelles mesures prendre», a indiqué à La Presse Siobhan DeLancey, porte-parole de la FDA.

En Europe, l'usage d'antibiotiques comme facteurs de croissance du bétail est interdit depuis 2006.

Chez nous, cette pratique - qui consiste à donner de faibles doses d'antibiotiques aux animaux en santé pour maximiser leur gain de poids - existe toujours. «C'est très rare en production bovine, relativement peu fréquent en production aviaire et relativement fréquent en production porcine», a indiqué Michel Major, vétérinaire en chef du ministère de l'Agriculture du Québec (MAPAQ).

Quelle quantité totale d'antibiotiques donne-t-on aux animaux, au Québec? Impossible de le savoir. L'Ordre des médecins vétérinaires du Québec reconnaît qu'il s'agit d'un problème. «On vise à mettre au point un système de monitorage complet de l'utilisation vétérinaire des antibiotiques, dans le cadre de la Stratégie québécoise de santé et de bien-être des animaux», a dit Joël Bergeron, président de l'Ordre.

Interdire les stimulateurs de croissance n'est «pas nécessairement envisagé pour l'instant», a précisé le Dr Major. Notamment parce que les molécules homologuées par Santé Canada pour favoriser le gain de poids «sont généralement de moindre importance pour la santé humaine», a-t-il fait valoir. «Cela serait un premier geste à faire ici», croit néanmoins Nadine Bachand, d'Équiterre.

80% des antibiotiques sont donnés aux animaux

Santé Canada reconnaît le lien entre l'usage d'antibiotiques en agriculture et l'apparition d'une résistance chez l'homme. «Des microorganismes résistants peuvent être transmis aux humains par la viande, le lait, les fruits ou l'eau potable, et ainsi aggraver le problème de résistance», selon le ministère fédéral. Sa porte-parole Olivia Caron affirme que Santé Canada travaille à «réévaluer les médicaments antimicrobiens qui prétendent stimuler la croissance chez les animaux».

Les antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance ne sont que la pointe de l'iceberg. Aux États-Unis, 80% de tous les antibiotiques sont destinés aux animaux, selon le New York Times. Ils servent à des fins préventives et curatives davantage qu'à maximiser le gain de poids.

Cette proportion est semblable chez nous, selon Sylwia Gomes, porte-parole de l'Agence de la santé publique du Canada. En tout, au Canada, on a administré 1,616 million de kilogrammes d'antibiotiques aux animaux de ferme et de compagnie en 2008. Par comparaison, à peine 0,198 million de kilogrammes ont été remis aux humains dans les pharmacies (on ne compte pas les antibiotiques injectables et ceux livrés aux hôpitaux).

«Des centaines ou des milliers d'individus d'un troupeau entier peuvent recevoir un traitement antibiotique sans être malades», souligne l'Institut national de santé publique (INSPQ) dans un mémoire remis en janvier à la consultation sur la future politique bioalimentaire du Québec. Les éleveurs le font pour prévenir les maladies ou dès qu'une bête manifeste des symptômes précurseurs. «Il importe de s'assurer qu'un usage judicieux des antibiotiques soit fait en milieu agricole», recommande l'INSPQ.

Antibiotiques «responsables»

C'est aussi le leitmotiv du Dr Major, du MAPAQ. «L'idée, c'est de favoriser une utilisation vétérinaire judicieuse des antibiotiques, peu importe la finalité, a-t-il expliqué. Il nous faut d'abord mettre en place un système de monitorage pour mesurer quelle utilisation est faite actuellement. À la lumière des renseignements obtenus, nous pourrons savoir s'il faut revoir certaines utilisations.»

La France agit plus vite: elle compte réduire de 25% en cinq ans sa consommation totale d'antibiotiques en médecine vétérinaire. «J'ai vu ça, et c'est peut-être l'objectif à long terme», dit le Dr Major.

Si l'interdiction d'utiliser la pénicilline et la tétracycline à des fins non thérapeutiques se concrétise aux États-Unis, le Dr Major «présume que ça amènera une restriction à l'échelle canadienne, pour être équitable». Mais si personne ne bouge, pas même au Canada, le Québec n'agira pas. «Ce serait comme un coup d'épée dans l'eau», a-t-il souligné.




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