Doit-on craindre l'«électrosmog»?

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Selon une étude, un téléphone cellulaire à un mètre de la tête irradie 50 fois plus que ne le fera un compteur électrique «intelligent» à un mètre de distance.

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Avec son projet d'installer 3,7 millions de compteurs «intelligents», Hydro-Québec a ouvert un panier de crabes: le débat sur les dangers de l'exposition aux micro-ondes et autres radiofréquences. Les compteurs que la société d'État veut installer seront reliés par un gigantesque réseau de communication sans fil qui s'ajoutera à ceux de la téléphonie mobile, des réseaux locaux sans fil et des appareils sans fil de toutes sortes. Sans compter les ondes de la radio et de la télé. Tout cela forme un «électrosmog» auquel on attribue bien des maux, à tort ou à raison.

Plusieurs personnes se disent sensibles aux radiofréquences et en éprouvent de véritables souffrances, mais cette sensibilité n'a jamais jusqu'ici été confirmée en laboratoire de façon concluante.

Au contraire, l'explication la plus plausible actuellement est que l'électrosensibilité serait due à l'effet «nocebo» - la sensation d'être exposé à un agent nocif -, qui peut en effet provoquer des symptômes. C'est le pendant de l'effet placebo, bien reconnu en médecine: la simple croyance qu'un traitement est efficace entraîne un soulagement.

C'est la conclusion que tirent des chercheurs qui ont passé en revue toutes les études à ce sujet, dans une analyse publiée en 2010. «Étant donné que l'exposition simulée [aux radiofréquences] est suffisante pour déclencher les symptômes, il semble probable que l'effet «nocebo» pourrait aussi expliquer plusieurs des symptômes aigus ressentis [par les personnes électrosensibles] dans la vie de tous les jours.»

Cet article du chercheur James Rubin du King's College à Londres et de ses collègues a été suivi d'un autre papier allant dans le même sens, en 2011. Après avoir passé en revue plus de 120 études, les auteurs conseillent néanmoins de poursuivre les recherches avec des protocoles plus exigeants.

Téléphone cellulaire

La plupart des recherches dans le domaine découlent de la volonté de vérifier si l'exposition au téléphone cellulaire peut avoir des effets nocifs.

Ce grand effort de recherche a déjà donné l'étude Interphone, qui a conclu qu'un usage intensif du cellulaire pendant 10 ans augmentait de 40% le risque de gliome, un type de cancer du cerveau. (Il faut noter ici qu'un téléphone cellulaire à un mètre de la tête irradie 50 fois plus que ne le fera un compteur électrique «intelligent» à un mètre de distance.)

Le chercheur ayant publié le plus d'études épidémiologiques à ce sujet est la Suédoise Lennart Hardell. Elle estime que l'étude Interphone sous-estime gravement le risque. Mais ses propres travaux sont jugés durement par le rapport de 2009 de la Commission européenne sur le sujet.

Les normes actuelles sont faites pour limiter l'effet chauffant des ondes émises par les appareils. L'enjeu est de trouver des effets non thermiques à des niveaux d'exposition qui sont aujourd'hui omniprésents et de beaucoup inférieurs aux normes.

Et les pistes de recherche sont nombreuses, étant donné la variété des symptômes attribués, à tort ou à raison aux radiofréquences.

Dans la dernière année, deux études ont relancé les recherches dans le domaine. L'une d'entre elles, publiée dans le prestigieux Journal of the American Medical Association (JAMA), a découvert qu'un téléphone portable augmente l'activité de la zone du cerveau la plus proche de l'antenne. Une autre, menée en Argentine, a découvert que les ondes WiFi diminuent la mobilité des spermatozoïdes et leur causent des dommages génétiques.

Des réserves

Ce sont deux bonnes études, mais elles demandent une réplique, selon le Dr Claude Plante, responsable des questions de santé publique à Hydro-Québec.

Magda Havas, de l'Université Trent, en Ontario, fait partie des chercheurs les plus cités par les électrosensibles. Elle a exposé 25 sujets aux radiations d'un téléphone sans fil, et dit avoir démontré que pour 9 d'entre eux, le rythme cardiaque avait été touché.

Mais cette étude est remise en question par M. Rubin. Dans son plus récent article, il signale que l'électrocardiographe utilisé par Mme Havas ne doit pas être exposé... aux radiofréquences. «L'interférence peut expliquer les résultats de cette étude», conclut le chercheur britannique. Un exemple parmi tant d'autres des défis que pose ce sujet de recherche.

Mme Havas n'en démord pas: les radiofréquences sont inquiétantes à plusieurs égards. «D'abord, il y a le cancer. Non seulement pour le gliome, mais aussi pour le neurinome de l'acoustique et le cancer des glandes salivaires, dit-elle en entrevue avec La Presse. L'autre aspect, c'est la reproduction - le sperme est très sensible. Et le troisième aspect, ce sont les symptômes d'électrosensibilité: l'insomnie, la fatigue chronique, la douleur chronique, la difficulté à se concentrer, les pertes de mémoire, l'anxiété, les palpitations cardiaques, les irritations cutanées, les problèmes d'équilibre et la nausée.»

«Si on fait la somme de ces symptômes, on arrive à 100% de la population!», rétorque le Dr Plante, d'Hydro-Québec.

***

Des compteurs au paradis des électrosensibles

La Suède est le pays le plus conscientisé en ce qui concerne les besoins des électrosensibles. Mais il est aussi à l'avant-garde des compteurs électriques intelligents. Les quatre sociétés de distribution d'électricité y ont installé une demi-douzaine d'années ces nouveaux compteurs dans tous les foyers. Les appareils transmettent leurs données à la société par communication sans fil ou en se servant des fils électriques - une option aussi dénoncée par les électrosensibles. «Pour le moment, nous ne recevons les données qu'une seule fois par mois», indique à La Presse Helena Aatinen, du service des communications du distributeur électrique Fortum. «Mais nous aurons éventuellement les données toutes les heures. Nous avons cherché à tenir compte des demandes des gens qui se disaient électrosensibles en isolant les compteurs. Mais il y a toujours de l'opposition.»

***

Un moyen détourné pour les études alarmantes?

L'une des publications de choix dans le domaine est la revue Bioelectromagnetics. L'un de ses deux éditeurs, Henry Lai, de l'Université de Washington, a affirmé à La Presse que la moitié des études sur le sujet établissent un lien entre les ondes et des symptômes physiques. Mais dans le numéro de décembre du magazine, toutes les études concluaient que les ondes ont des effets biologiques mesurables. Publie-t-il parfois des études ne trouvant pas d'effet? «Les chercheurs n'aiment pas publier des études négatives, qui ne trouvent pas de lien entre deux phénomènes, dit M. Lai. Alors souvent, ces études ne sont pas publiées.»

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