L'iPad aux soins intensifs

À l'hôpital du Sacré-Coeur, les Drs Martin Albert... (Photo: André Pichette, La Presse)

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À l'hôpital du Sacré-Coeur, les Drs Martin Albert et Redouane Bouali sont enthousiastes à l'égard des avantages que procure le système de gestion de patients SEMI.

Photo: André Pichette, La Presse

Fatigués d'attendre les dossiers patients informatisés que Québec promet d'implanter au plus tard en 2016, des médecins de Montréal ont créé un logiciel qui permet la collecte de données concernant leurs patients en temps réel. Utilisé dans le service de soins intensifs de l'hôpital du Sacré-Coeur, le logiciel est en voie d'être acheté par d'autres hôpitaux de la province. Mais ce système sera-t-il compatible avec le grand projet informatique de Québec?

«C'est vraiment simple. On utilise ce logiciel de "gestion des patients" depuis deux ans. Je ne comprends tout simplement pas que le Dossier santé Québec et ses composantes prennent tant de temps à être lancés», affirme le Dr Redouane Bouali, l'un des créateurs du programme informatique intitulé SEMI.

Aux soins intensifs de l'hôpital du Sacré-Coeur, les médecins adorent leur nouveau programme, dit l'intensiviste Martin Albert. «Les données de chaque patient sont intégrées dans un dossier informatisé. On trouve l'historique des médicaments, les résultats de laboratoire...», explique le Dr Albert. À Sacré-Coeur, les médecins se baladent d'un patient à l'autre, un iPad à la main. D'un simple tapotement du doigt, ils ont accès à toutes les informations voulues sur leurs patients.

Gagner du temps

Les équipes médicales gagnent un temps fou, selon le Dr Albert. Auparavant, les informations étaient éparpillées dans différents systèmes. Les résultats de laboratoire devaient être inscrits un à la fois dans les dossiers. Même chose pour la gestion des lits. Un immense tableau blanc était autrefois installé au poste des infirmières et les transferts de patients y étaient inscrits à la main. Les médecins peuvent maintenant inscrire le congé d'un patient sur leur iPad et cette information est aussitôt transmise au tableau de bord informatisé.

Le système SEMI est également efficace pour la collecte de statistiques. Avant l'arrivée du programme, une employée à temps plein compilait les statistiques du service. Et une infirmière passait plus de la moitié de son temps à remplir des dossiers. Plus maintenant. Le logiciel compile tout. «On peut déterminer quelle a été la cause la plus fréquente de nos arrêts cardiaques au cours de la dernière année, par exemple. Plusieurs hôpitaux ne possèdent pas ces données ou du moins ne peuvent pas y avoir accès d'un claquement de doigts comme nous», note le Dr Albert.

Un lit aux soins intensifs coûte un million par année, souligne le Dr Bouali. «La moindre des choses, c'est de pouvoir rendre des comptes sur son utilisation. Notre outil permet de montrer les détails de tout ce qui est fait», dit-il. Le SEMI coûte 1000$ par année par lit. «C'est un outil efficace et très peu coûteux, qui permet réellement d'améliorer la qualité des soins», estime le Dr Bouali.

Compatible avec le DSQ?

À Montréal, un programme semblable au SEMI est en train de s'implanter dans les hôpitaux: le projet OACIS. Déjà, les CHUM et le CUSM profitent de ce dossier clinique informatisé, qui devrait être implanté dans tous les établissements de la métropole d'ici à 2013-2014, selon le directeur des ressources humaines et de l'information de l'agence de la santé et des services sociaux de Montréal, Louis Côté.

Il en coûtera 103 millions en 10 ans pour mettre en place le logiciel. Selon le Dr Bouali, il aurait été préférable de laisser les hôpitaux utiliser de «petits systèmes indépendants» pour ensuite les faire interagir. «C'est plus facile d'avoir plein de petits systèmes qui se parlent qu'un seul gros, plaide-t-il. La mise au point des programmes aurait été plus rapide et répondrait mieux aux besoins spécifiques de chacun.»

Le Dr Albert croit quant à lui qu'OACIS a mis trop de temps avant d'arriver sur le terrain. «On attend OACIS depuis au moins trois ans. Et rien ne bouge. On a décidé de faire quelque chose en attendant», note-t-il. Selon lui, d'autres services de l'hôpital du Sacré-Coeur sont en voie d'utiliser SEMI, dont le service de néphrologie.

Mais ce système sera-t-il compatible avec OACIS? Au ministère de la Santé, on explique que ce sera à l'agence de Montréal de déterminer si ces deux programmes peuvent interagir. Et la situation vécue dans la métropole n'est pas unique. Plusieurs hôpitaux et cliniques possèdent des dossiers patients informatisés locaux et les agences régionales devront déterminer si ces initiatives sont compatibles avec les systèmes gouvernementaux.

La situation est si complexe qu'une «table d'interopérabilité» a été créée par le ministère de la Santé (MSSS). «Les normes d'interopérabilité seront disponibles dès 2011», selon la porte-parole du MSSS, Nathalie Lévesque. Au final, toutes les régions devront avoir des dossiers cliniques informatisés efficaces et compatibles avec le Dossier santé Québec. Au départ, le Dossier santé Québec devait être prêt pour l'automne 2010. Avec des coûts maintenant évalués à 563 millions, le projet ne sera achevé qu'en 2016.

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