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Catherine Potvin

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Martin Beauséjour
La Presse

Pour la première fois depuis sa création en 1994, la médaille Miroslaw-Romanowski a été décernée à une femme. Ce prix vise à souligner une contribution scientifique majeure dans la résolution de problèmes environnementaux. La première lauréate, Catherine Potvin, est professeure titulaire et chercheuse au département de biologie à l'Université McGill. À travers ses recherches, la scientifique chevronnée s'efforce de trouver de nouvelles solutions afin de réduire les effets des changements climatiques. La Presse et Radio-Canada nomment donc Catherine Potvin Personnalité de la semaine.

Catherine Potvin partage le point de vue de Miroslaw Romanowski. Le célèbre métrologue français, mort en 1991, croyait que les scientifiques avaient le devoir de protéger l'environnement. Grandement concerné par la dégradation de la planète, ce Canadien d'adoption espérait qu'un jour la communauté scientifique s'engagerait davantage dans les recherches environnementales.

«J'ai toujours eu la ferme conviction qu'informer la communauté et partager le fruit de mes recherches était une obligation», estime la professeure et chercheuse québécoise.

Petite-fille d'agriculteurs, Catherine Potvin a toujours été «émerveillée par la nature». C'est un ami de son père, physicien, qui l'a initiée à la faune et à la biologie. «Il m'a offert le manuel Flore laurentienne... et un écureuil mort, qu'on enterrait et qu'on déterrait, afin d'étudier les insectes nécrophages!»

Pour Catherine Potvin, l'obtention de cette médaille, remise par la Société royale du Canada, est presque un couronnement. Le fait qu'elle souligne son travail pour l'environnement et qu'elle soit remise par ses pairs la touche énormément. «Et en plus, être la première femme récipiendaire... c'est tout un honneur», ajoute-t-elle.

La docteure en botanique déplore que la science soit encore un domaine presque exclusivement réservé aux hommes. Mais selon elle, les mentalités évoluent lentement mais sûrement.

«Je crois qu'il faut inventer de nouveaux modèles pour les femmes. Il faut leur montrer qu'on peut être scientifique et fonder une famille. Encore de nos jours, la science est souvent considérée comme un domaine noble auquel il faut consacrer toute sa vie. J'ai vu grandir mes enfants en travaillant, pendant 10 ans, à temps partiel. J'ai fait le pari que j'aurais une famille et une carrière. Mission accomplie.»

Sauver la forêt

Axées sur la conservation de la forêt tropicale comme réservoir de carbone, les recherches de Catherine Potvin se déroulent principalement au Panamá, pays où elle est officiellement résidante depuis les 12 dernières années. C'est là qu'elle enseigne, tous les trimestres d'hiver, aux étudiants de McGill. La professeure est aussi associée au Smithsonian Tropical Research Institute du Panamá.

Ses travaux portent sur la déforestation, qui cause, à elle seule, 9% de toutes les émissions de dioxyde de carbone. «Un arbre est composé à 50% de carbone. Lorsqu'on le brûle, cette quantité est directement rejetée dans l'air. Nous essayons donc, premièrement, de calculer la somme de carbone contenue dans une forêt. Et deuxièmement, nous tentons de trouver des façons d'encourager les peuples autochtones à ne pas déboiser.»

Certains peuples aborigènes sont souvent motivés à transformer la forêt en pâturages afin d'améliorer leur condition. La chercheuse et son équipe s'efforcent donc de mettre en place un marché où les pays pourraient investir de l'argent afin d'empêcher la déforestation, tout en recevant en retour des crédits de carbone, applicables sur leur propre territoire.

Avec le temps, Catherine Potvin a développé des liens étroits avec son pays d'adoption. La scientifique a même été conseillère et négociatrice sur le changement climatique pour l'Autorité panaméenne pour l'environnement.

L'urgence d'agir

Depuis quelques mois, la scientifique est revenue s'installer au Québec. C'est le retrait du Canada du protocole de Kyoto qui l'a poussée à rentrer au pays.

«Je suis revenue pour faire entendre ma voix, pour essayer de faire bouger les choses. C'est inconcevable qu'un pays comme le Panamá fasse autant d'efforts pour réduire ses émissions et que le Canada abandonne le protocole de Kyoto. C'est insensé!»

Nouvellement grand-mère, Catherine Potvin souhaite que ses petits-enfants aient droit à une planète en santé, où il fait bon vivre. « Il y a 25 ans, presque jour pour jour, je donnais naissance à ma fille en pleine tempête de neige. Aujourd'hui (jeudi dernier), il fait 10 degrés! Ce n'est pas normal.»

Bien qu'elle avoue sentir que la population se mobilise, Catherine Potvin désire que les différents ordres de gouvernements s'impliquent davantage. «Je veux que les enjeux climatiques soient l'objet d'un débat avant les prochaines élections fédérales. Et avec tout ce qui se passe dans la province: le gaz de schiste, le pétrole de l'île d'Anticosti et le Plan Nord, les Québécois doivent, eux aussi, faire entendre leur voix.»

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