Personnalités La Presse



Nancy Dumais et Brendan Bell

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Martin Beauséjour
La Presse

Menée par Nancy Dumais et Brendan Bell, une équipe de chercheurs de l'Université de Sherbrooke vient de publier les résultats d'une découverte qui offre une meilleure compréhension des mécanismes de latence et d'activation du VIH. Cette avancée majeure pourrait éventuellement mener au contrôle du virus, soit pour en débarrasser l'organisme, soit pour le maintenir éternellement inactif. La Presse et Radio-Canada nomment donc les professeurs Nancy Dumais et Brendan Bell Personnalités de la semaine.

La nouvelle, publiée dans la revue Retrovirology du 26 juillet dernier, a fait le tour du monde. Des chercheurs de l'Université de Sherbrooke ont en effet réussi à identifier les constituants cellulaires et viraux qui permettent l'activation du virus et à prouver qu'ils sont propres au VIH.

Cette percée pourrait bien mener un jour au contrôle du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), en l'éliminant de l'organisme ou en l'obligeant à rester latent. Cette avancée a suscité un vif intérêt au sein de la communauté de chercheurs travaillant sur le virus. Même après deux mois, l'article est encore l'un des plus lus sur le site du réputé magazine qui traite uniquement du VIH et du sida. Et pour cause, les travaux de l'Université de Sherbrooke apportent des réponses à une question qui préoccupe la communauté scientifique depuis près d'une vingtaine d'années: le promoteur du VIH est-il spécifique?

«Nous avons réussi à prouver qu'effectivement la clé du promoteur du VIH est propre à ce dernier. Notre équipe a identifié des régions du promoteur de base et des séquences d'ADN nécessaires pour que le virus puisse être activé», souligne Brendan Bell, professeur au département de microbiologie et d'infectiologie de la faculté de médecine et des sciences de la santé.

«Évidemment il reste encore beaucoup de travail à faire. Nous n'avons pas la séquence d'ADN au grand complet et il faut aussi revoir tout ce que nous avons trouvé jusqu'à maintenant. Nous avançons tranquillement, mais nous sommes sur la bonne voie», précise la professeure Nancy Dumais, du département de biologie de la faculté des sciences.

Des cellules «réservoirs»

À la suite de l'infection chez le patient, le virus du VIH se loge dans les cellules lymphocytaires mémoires, qu'on peut comparer à des réservoirs. Le virus se cache dans celles-ci et devient «dormant» ou latent, sans pouvoir être détruit par le système immunitaire ou par les médicaments antirétroviraux. «C'est ce qui empêche la guérison des personnes infectées. Il faut donc réussir à extraire, à faire sortir le virus de ces petits réservoirs et le détruire avant qu'il ne se multiplie ou qu'il devienne plus fort et qu'il se mette à faire des ravages dans l'organisme», souligne Nancy Dumais.

«Pour reprendre une image utilisée par une de mes collègues, nous avons réussi à identifier la forme de la serrure et nous commençons à voir certains éléments de la clé qui servira à déverrouiller les réservoirs et faire sortir le virus», ajoute Brendan Bell.

Mme Dumais et M. Bell discutent actuellement avec le reste de l'équipe pour déterminer la suite des recherches. Une première approche auprès des entreprises pharmaceutiques devrait même se faire dans les prochains mois, selon les deux chercheurs, qui ont passé les huit dernières années à travailler sur ce projet.

«Il y a 34 millions de personnes infectées dans le monde. Et les antirétroviraux ne sont souvent accessibles que dans les pays riches. On dénote aussi de plus en plus de cas de résistance aux médicaments. Nos travaux pourront donc peut-être mener à une autre forme de traitement. Par exemple, une pilule, qui pourrait provoquer la sortie immédiate du virus afin de le traiter ou l'éradiquer complètement», avance Brendan Bell.

L'Université de Sherbrooke travaillera de pair avec une équipe de chercheurs français. Le groupe, établi à Paris, désire s'associer avec l'équipe québécoise afin de poursuivre les travaux. Cette collaboration pourrait être la première d'une longue série. «Nous avons eu énormément d'appels», conclut Nancy Dumais.

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