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Lucie Joyal

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MARTIN BEAUSÉJOUR, collaboration spéciale
La Presse

Créé en 2005, le centre d'expertise en agression sexuelle Marie-Vincent est un lieu unique et novateur dans la création et l'application de services, traitements et outils de pointe pour les enfants de 12 ans et moins qui ont été victimes d'agressions sexuelles. Sa directrice générale, Lucie Joyal, se bat depuis le début de sa carrière afin d'éradiquer la violence faite aux femmes et aux enfants. Elle a reçu le prix du Gouverneur général du Canada, en reconnaissance de son travail, le 25 octobre dernier. C'est pourquoi La Presse et Radio-Canada lui décernent le titre de Personnalité de la semaine.

Chaleureuse et souriante, Lucie Joyal évolue dans un milieu difficile. Elle est la directrice générale du centre d'expertise Marie-Vincent qui offre des soins aux victimes d'agressions sexuelles de 12 ans et moins. «Si on ne reste pas optimiste, c'est un milieu où l'on crève», avoue-t-elle. Mme Joyal, qui est aussi directrice générale de la fondation Marie-Vincent, qui vient en aide aux enfants victimes de maltraitance, préfère se concentrer sur les bienfaits que son équipe procure à ces jeunes victimes.

Le centre Marie-Vincent regroupe sous le même toit une expertise policière, médicale, psychosociale et judiciaire. «Nous voulons offrir aux enfants et à leur famille le bon service, donné par la bonne personne, avec les bonnes connaissances et les bons mots, au bon moment», résume-t-elle. En plus de chapeauter une chaire interuniversitaire de recherche sur le sujet, le centre montréalais forme aussi différents intervenants, qui pourront ensuite agir aux quatre coins de la province. «On aide ainsi un plus grand nombre de victimes», souligne-t-elle. Depuis 2005, le centre a accueilli plus de 1000 enfants, tous services confondus.

Expérience et savoir

Sexologue de formation, titulaire d'une maîtrise en administration publique, Lucie Joyal oeuvre dans le réseau de la santé et des services sociaux depuis plus de 35 ans, dont 25 années comme gestionnaire. Elle a été travailleuse sociale avant l'adoption du terme et elle fut l'une des premières à être engagée dans un CLSC, lors de la création de ces centres dans les années 70. Déterminée à éliminer la violence faite aux femmes et aux enfants, elle se met dès le début des années 90 à vouloir améliorer les méthodes de recherche, de dépistage et de prévention de la violence conjugale et familiale partout au Québec. En 1995, elle a introduit et coordonné un projet provincial de dépistage systématique de la violence conjugale dans les CLSC. Une première au Québec.

Depuis de nombreuses années, Mme Joyal développe et partage ses compétences en matière de victimologie par l'entremise de nombreux travaux scientifiques auxquels elle participe. Figure de proue de l'innovation sociale et femme très respectée dans le milieu, elle aime aussi apprendre et acquérir de nouvelles connaissances. «Plus on en connaît, plus on réalise qu'il faut en apprendre davantage», souligne-t-elle. Complètement dévouée à sa cause, elle travaille sans relâche, encore animée par le feu sacré. «Je crois en ce que je fais. C'est extrêmement nourrissant de sentir qu'on fait avancer les choses», résume-t-elle.

Un prix émouvant

Lucie Joyal a reçu, avec six autres Canadiennes, le prix du Gouverneur général en commémoration de l'affaire «personne », lors d'une cérémonie à Rideau Hall, le 18 octobre dernier. Cette distinction vise à souligner ses efforts afin de faire avancer l'égalité des sexes au Canada. «On ne fait pas ce métier pour les prix, on le fait parce qu'on y croit. Mais ça fait plaisir. C'est une tape dans le dos qui nous pousse à continuer», dit-elle. Rappelons que ce prix a été créé en 1979, en mémoire des «Célèbres Cinq». Ce groupe d'Albertaines a réussi à faire reconnaître les femmes comme des personnes devant la loi, en 1929. «C'est assez touchant de voir qu'en recevant ce prix, on entre un peu dans l'Histoire. Après la cérémonie, nous sommes allés au pied de la statue qui représente les Célèbres Cinq. C'était très émouvant. J'avais un peu l'impression d'entrer dans l'immortalité, comme elles. Mais en même temps, on réalise qu'on n'est pas du tout immortelle et qu'il faut préparer la relève», avoue-t-elle en riant.

Mais Lucie Joyal n'est pas mûre pour la retraite. «De plus en plus de gens travaillent jusqu'à un âge très avancé», réplique-t-elle, comme pour se justifier. Mais l'on sent bien, en vérité, qu'elle a encore le désir de se battre pour améliorer le sort des jeunes victimes. «Un enfant agressé au Québec, c'est déjà une victime de trop», conclut-elle.

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