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Pauline Ladouceur

Pauline Ladouceur... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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Pauline Ladouceur

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

 

Anne Richer
La Presse

La paix, la démocratie, la justice sociale, l'égalité. Ce sont des objectifs nobles, en dépit de leur aspect idéaliste. Le prix de l'éducation Albert Shanker est décerné tous les quatre ans à un enseignant qui oeuvre en s'inspirant de ces principes et qui s'engage à donner le meilleur de lui-même. Pauline Ladouceur, première Canadienne à recevoir le prix de l'Internationale de l'éducation (IE), se verra remettre cette prestigieuse distinction ce mois-ci au Cap, en Afrique du Sud. La Presse et Radio-Canada lui décernent le titre de Personnalité de la semaine.

Lorsqu'on apprend que la fédération mondiale réunit 400 syndicats répartis dans plus de 170 pays, qu'elle représente 30 millions d'enseignants et d'employés du secteur de l'éducation dans les établissements d'enseignement, de la petite enfance à l'université, on est à même de constater que cette reconnaissance de ses pairs, pour celle qui exerce sa profession depuis 35 ans, est inestimable.

Quelque chose à faire

Pauline Ladouceur a une formation d'orthopédagogue. Il y avait dans son projet d'enseigner, à l'origine, en 1976, la volonté d'aider plus particulièrement les enfants en difficulté d'apprentissage. «Dans mon entourage, lorsque j'étais jeune, quelqu'un avait beaucoup de difficulté à lire. C'est de là qu'est venue mon orientation. Je me suis dit qu'il y avait sûrement quelque chose à faire.»

Rééducation d'élèves, projets visant à stimuler la motivation des enfants, elle s'est aussi penchée sur le problème particulier d'élèves dysphasiques. Elle a enseigné et supervisé de nombreux stages en enseignement. Depuis 2007, elle est conseillère à la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) et responsable du dossier des élèves en difficulté. «Une situation qui va en augmentant, souligne-t-elle. Est-ce parce qu'on détecte les troubles envahissants plus rapidement? Ils ont augmenté de 500%. De tous les élèves inscrits à l'école, 18,6% ont des difficultés à des degrés divers.»

Dans le cas des enfants dysphasiques avec qui elle a tissé des liens professionnels et sensibles, elle constate que le seul frein à une évolution par ailleurs normale est le langage. Elle y travaille et continue de peaufiner les outils et la compétence des parents. Plus concrètement, elle a réalisé pour eux un guide de formation, un plan d'intervention qui vise entre autres à uniformiser le vocabulaire chez tous les intervenants.

Enfants d'aujourd'hui

«Il y a une très forte compétition aujourd'hui. Les enfants doivent en faire toujours plus, même l'été. Autrefois, après l'école, les enfants avaient le temps de jouer en groupe et de prendre du temps pour eux. Pour jouer ou... ne rien faire. Il ne faudrait pas oublier qu'on apprend aussi avec les jeux libres!»

L'enfant unique est l'enfant-roi, celui qui incarne tous les rêves des parents! «C'est sûr qu'être parent d'un seul enfant nous porte à le surprotéger. Les parents d'aujourd'hui sont mieux informés, mais ils sont plus inquiets aussi.»

Sa carrière impressionnante n'a pas fait ombrage à son rôle de mère. Trois grands enfants meublent son existence. À 58 ans, elle sait comme bien d'autres familles ce que c'est que d'avoir de multiples horaires et des responsabilités. «Lorsque les enfants sont jeunes, c'est un véritable défi que d'offrir une qualité de présence. Et il faut une solide organisation et...de la discipline.» Comme enseignante, elle pouvait passer de longues périodes de temps avec eux. Rétrospectivement, ses enfants reconnaissent la valeur de ce qu'ils ont reçu. Et un autre de ses secrets de réussite sur le plan professionnel est la présence d'un compagnon qui l'a toujours encouragée. «Après 29 ans de vie commune, nous allons nous marier en octobre!», avoue-t-elle timidement.

Née à Lac-Supérieur près du mont Tremblant, elle est l'aînée de cinq enfants. Son enfance baigne dans la nature et les saisons. Elle connaît bien ce que c'est que de jouer dehors, d'avoir du temps de contemplation. Ce qu'elle souhaiterait voir renaître chez les enfants de maintenant.

En juillet prochain, elle prendra sa retraite. «Ce n'est pas parce que l'on pense arrêter que la passion professionnelle diminue.» Mais dans son cas, cela va plus loin que la théorie. Elle prend en charge de temps en temps, sur le plan personnel, des enfants dysphasiques qui bénéficient de toutes ses années d'expérience. Elle ne s'arrêtera pas.

Mais cette fois, sans horaire fixe. Après toutes les heures quotidiennes de trois décennies, préoccupée avant tout des enfants, elle va enfin pouvoir s'occuper d'elle.

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