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Étudiants dans la course

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Jonathan Banduenga, Samuel Champion-Bussière, Jean-Sébastien  Cronier-Larouche, Juan... (Photo: Miguel Legault, collaboration spéciale)

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Jonathan Banduenga, Samuel Champion-Bussière, Jean-Sébastien Cronier-Larouche, Juan Pablo Robitaille, Hisham Zaki, Stéphanie Sibley (absente sur la photo), Esdras Tshisungu Meba, Marc-Antoine Fleurent, Maha Ali, Fehd Soufi, Stefan Petrisor et Hamed Hader.

Photo: Miguel Legault, collaboration spéciale

Yves Boisvert
La Presse

Ils étaient 19 au départ, il y a un an. Douze ont persévéré. Ces élèves de 15 à 18 ans se sont entraînés pendant un an pour parvenir à courir le Marathon Oasis de Montréal. Ils font partie d'Étudiants dans la course, un programme de persévérance scolaire et d'intégration qui vise aussi l'amélioration de l'estime de soi et l'acquisition de saines habitudes de vie.

Ils ont de 15 à 18 ans, aucun signe athlétique distinctif apparent. Il y a un an, ils n'avaient jamais couru de leur vie. Après 11 mois d'entraînement, de découragements et d'encouragements, de grincements de dents, de bas et de hauts, ils sont tous parvenus à la ligne d'arrivée du marathon de Montréal, la semaine dernière.

C'est l'aboutissement d'un ambitieux programme baptisé Étudiants dans la course (EDLC). Mais l'exploit sportif n'est que la partie visible de l'initiative.

L'idée d'EDLC n'est pas de former les prochains champions de course de fond - encore qu'il y a quelques rapides dans le lot, et qu'ils disent vouloir courir d'autres marathons...

Non, l'idée, c'est de leur montrer qu'ils peuvent faire des choses incroyables à leurs propres yeux et aux yeux de leur entourage. Pour autant qu'on se pousse à sortir, certains dimanches de février ou de juillet, et qu'on persévère, été comme hiver...

Jonathan Banduenga, Samuel Champion-Bussière, Jean-Sébastien Cronier-Larouche, Juan Pablo Robitaille, Hisham Zaki, Stéphanie Sibley (absente sur la photo), Esdras Tshisungu Meba, Marc-Antoine Fleurent, Maha Ali, Fehd Soufi, Stefan Petrisor, Hamed Hader ont su maintenir le cap au cours des derniers mois. En vertu de leur ténacité et de leur engagement, ils ont été choisis Personnalités de la semaine La Presse-Radio-Canada.

Persévérance

Ils étaient 19 en septembre 2009, choisis dans Côte-des-Neiges et dans Hochelaga-Maisonneuve. On peut dire des quartiers défavorisés si vous voulez, mais je vous avertis, ils commencent à en avoir un peu marre de l'étiquette «quartier à risque»...

Ils étaient donc 19 et bien des professeurs qui les connaissent se disaient, ouais, s'il en reste trois à la fin, ce sera beau...

Il en est resté 12. L'un s'est blessé la semaine avant, Esdras, et n'a pas pu courir, mais il était avec les 11 autres. On peut ajouter à ceux-là deux autres qui ont été exclus en cours de route pour ne pas avoir respecté leurs engagements, mais qui ont décidé de le faire quand même. Ça fait 14 sur 19.

Le voilà, l'exploit: le taux de persévérance. On pourrait dire que ce fut une école de persévérance.

Contre toute attente

Après 28 km, le jour de la course, Juan Pablo s'est effondré. À 16 ans, il est un des plus menus. Il avait plusieurs kilos en trop quand il a commencé (il en a perdu au moins 15 en un an). «Je me suis inscrit pour me prouver que je suis capable de réaliser tout ce que veux faire», souligne-t-il.

Et là il était étendu sur l'asphalte, le visage dans ce fameux mur que les marathoniens redoutent. Les ambulanciers étaient autour de lui. Ils voulaient l'emmener. Il ne voulait rien savoir. Son mentor, Stéphane Robitaille, a dû signer une décharge de responsabilité.

Ils ont marché tranquillement. Juan Pablo a essayé de jogger doucement. Rien à faire. Les jambes étaient barrées. C'était foutu. Il ne restait qu'à prendre le métro avec un autre bénévole d'EDLC, tandis que Stéphane allait finir le marathon sans lui. Ils se reverraient au Stade.

Mais avant d'entrer dans le métro, Juan Pablo s'est dit que c'était quand même trop stupide. Tout ça pour en arriver là? Non. Il le finirait, en marchant s'il le fallait, mais il le finirait. Alors il a marché le long du parcours. Des gens l'encourageaient. Et après 6 heures, 6 minutes et 54 secondes, il a franchi la ligne d'arrivée, contre toute attente.

C'est ça aussi, l'idée de ce programme. Faire quelque chose contre toute attente.

«Je suis retourné à mon école et les profs étaient fiers de moi», dit-il. Il paraît qu'ils n'étaient pas toujours fiers de lui, avant...

«J'ai changé d'école, j'ai repris le programme régulier, j'ai choisi d'autres amis, je fréquentais les mauvaises personnes...»

Est-ce qu'il a changé son alimentation? C'est un des buts du programme, qui fournit aux jeunes non seulement les conseils de l'entraîneur Jean-Yves Cloutier, d'un médecin de sport, Vincent Lacroix, mais également ceux d'une nutritionniste, en plus de les équiper de la tête aux pieds.

«Euh, l'alimentation? Un peu...» me dit-il, tandis que les autres éclatent de rire autour.

S'accrocher

Les autres ont terminé entre 3h49 et 5h38. Ceux qui n'aiment pas trop l'école ne se sont pas nécessairement mis à l'adorer. Leurs difficultés ne se sont pas évanouies. Mais à les voir sourire, avec cette médaille durement acquise, on peut dire qu'ils se sont prouvé chacun quelque chose. Ils se sont trouvés bons.

Il a fallu en réveiller quelques-uns certains dimanches, nous confient les mentors. Ils pourraient aussi être les Personnalités de la semaine, ces 20 adultes qui ont donné beaucoup d'eux-mêmes depuis un an. On en reverra avec la nouvelle cohorte de coureurs, qu'on est en train de choisir.

Parce que ce programme, inspiré d'une expérience qui dure depuis plus de 20 ans à Los Angeles, continue cette année, nous dit Stéphane Lemay, qui en est l'instigateur.

Il avait la gorge serrée quand il a vu au Stade un des jeunes exclus cet été qui est venu lui parler: «Vous aviez raison de m'exclure, j'ai compris, ça m'a motivé, j'ai recommencé à m'entraîner.» Il venait de terminer le marathon. Il est resté au Stade pour attendre Juan Pablo.

C'est aussi ça, l'idée: découvrir la beauté de s'accrocher, de raccrocher.

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