Rentrée sous tension aux Pères Maristes

Une trentaine de manifestants ont profité de la... (Photo Pascal Ratthé, Le Soleil)

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Une trentaine de manifestants ont profité de la rentrée au Séminaire des Pères Maristes, hier matin, pour dénoncer la réintégration de garçons soupçonnés d'avoir partagé des photos « intimes » de filles qui fréquentaient la même école.

Photo Pascal Ratthé, Le Soleil

(Québec) La rentrée scolaire s'est faite hier sous les pancartes barrées de slogans et devant les objectifs des caméras de télévision au Séminaire des Pères Maristes, une école secondaire privée de Québec secouée par une présumée affaire d'inconduite sexuelle.

Sous les arbres matures du quartier cossu de Sillery, une trentaine de manifestants sont venus dénoncer la réintégration de trois jeunes garçons, accusés d'être des agresseurs. C'était jour de rentrée pour eux trois, comme pour une des accusatrices et les 680 autres élèves.

« Debout pour elles », « Agresseurs vous ne passerez pas », « La honte doit changer de camp », pouvait-on lire sur les pancartes. En plus des manifestants, une douzaine de journalistes couvraient l'évènement.

Les élèves arrivaient à pied ou à vélo, passaient devant la scène sans s'arrêter. Ils semblaient dépassés par cette histoire qui a commencé en mai, quand le directeur de l'établissement a été averti par des parents que des photos « intimes » de leurs filles circulaient à l'école.

En mai, six garçons ont été arrêtés par la police. Le dossier est maintenant entre les mains du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui doit décider de déposer des accusations ou non.

« On considère que le fait que ces filles doivent côtoyer ces garçons est inacceptable. C'est important de dire aux jeunes filles : "On est là, on vous appuie, vous êtes courageuses." »

- Isabelle Boily, porte-parole du Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale, qui a organisé cette « chaîne humaine »

UN ÉCHEC « DES ADULTES »

Les six garçons avaient d'abord été suspendus une semaine le printemps dernier. Ils avaient ensuite fini l'année dans un pavillon isolé, loin des autres élèves. En juin, la direction de l'école a dit aux parents des garçons, qui ont 12 et 13 ans, qu'ils pourraient les réinscrire à la rentrée.

Mais cet été, une pétition en ligne a recueilli plus de 3000 signatures pour demander leur expulsion. La direction a donc prévenu les parents, deux semaines avant la rentrée, que leurs garçons ne seraient pas les bienvenus.

Trois garçons ont changé d'école, tout comme deux des élèves qui ont porté plainte. Mais les parents de trois garçons ont obtenu la semaine dernière une ordonnance de sauvegarde de la Cour supérieure, qui a ordonné leur réintégration.

Ce retour à l'école des garçons, sous le même toit qu'une possible victime, est un échec « des adultes », selon Mélanie Lemay, du groupe Québec contre les violences sexuelles.

« Si on n'est pas capables en tant qu'adultes de les épauler à travers tout ça, qu'est-ce que ça envoie comme message ? Qu'au final, les filles n'auraient peut-être pas dû dénoncer », a lancé Mme Lemay. Celle-ci, l'une des instigatrices de la pétition de l'été, s'était déplacée de Montréal hier. Elle a par ailleurs blâmé les parents des trois garçons qui ont porté leur cause devant les tribunaux.

« C'est problématique, aussi, comment les parents des auteurs de ces violences-là ont réagi [...]. C'est comme s'ils déresponsabilisaient leurs fils », a-t-elle dit.

DES QUESTIONS PLUS PROFONDES

En entrevue téléphonique, l'un des avocats des familles des trois garçons a expliqué que l'affaire devait maintenant être réglée sur le fond. L'ordonnance de la semaine dernière est temporaire, a rappelé Me Marc-André Gravel.

« Elle sera valide pendant six mois, et c'est clair que les familles veulent quelque chose de plus permanent, pour ne pas revivre la même chose », a expliqué l'avocat.

« La prochaine étape va être de convenir avec le Séminaire d'un échéancier pour une audition devant la Cour pour entendre l'affaire sur le fond », explique-t-il, à moins que les parents et l'école n'arrivent à s'entendre à l'amiable.

L'issue particulière pour ces trois garçons et pour le Séminaire des Pères Maristes risque donc d'être réglée devant les tribunaux.

Mais la question plus large de la gestion des cas d'inconduite sexuelle au secondaire ou au primaire reste en suspens.

Le groupe Québec contre les violences sexuelles réclame une loi contre les violences sexuelles au secondaire, comme il y en a une au collégial et à l'université.

La Fédération des établissements d'enseignement privés rédige en ce moment une procédure d'examen des plaintes, « en collaboration avec des experts », explique sa porte-parole, Geneviève Beauvais.

« Ce modèle sera fourni à nos 193 membres, dont le Séminaire des Pères Maristes, au cours des prochaines semaines », dit-elle.

Mais même avec une procédure, même avec une loi, les directions d'école devront continuer de devoir jongler entre le devoir de protection des victimes et la présomption d'innocence.

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a lancé un « appel au calme » hier en entrevue au FM93, à Québec.

« Ces enfants-là ont 12 et 13 ans. Ces enfants-là n'ont pas toute leur vie durant à subir, s'il n'y a pas d'accusation, les conséquences qu'on essaye de faire subir à tout le monde, dit M. Proulx, en parlant des garçons. Je souhaite qu'on puisse passer à autre chose médiatiquement pour permettre à ces jeunes de se consacrer à leur éducation. »

La jeune victime présumée qui continue de fréquenter l'école sera-t-elle encadrée et soutenue par l'établissement ou des spécialistes ? Impossible de le savoir. La direction du Séminaire des Pères Maristes ne nous a pas rappelé hier.




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