Le Nouveau Parti démocratique (NPD) réitère sa position selon laquelle une majorité simple - même courte - pour le Oui dans un référendum sur la souveraineté du Québec serait suffisante pour qu'Ottawa s'engage dans des négociations.

Les députés néo-démocrates demeurent donc inflexibles sur cette question, alors que certains libéraux seraient prêts, écrit Le Devoir, à demander au Parlement de réaffirmer son appui à la Loi sur la clarté référendaire, maintenant que les Québécois ont élu un gouvernement souverainiste minoritaire.

Cette loi dit que le gouvernement fédéral exigerait une «majorité claire» sur une «question référendaire claire» avant d'envisager de négocier les modalités de la séparation du Québec.

Le NPD avait appuyé cette loi lorsqu'elle a été déposée en 1999 par le gouvernement libéral de Jean Chrétien à la suite du référendum de 1995, où le Non l'avait emporté à l'arraché.

Mais le NPD a depuis adopté, sous la gouverne de Jack Layton, sa propre politique sur le Québec, connue sous le nom de «déclaration de Sherbrooke», qui dit que le parti considérerait un Oui à «5% plus 1» comme suffisamment clair pour entamer des négociations en vue d'une sécession. Les néo-démocrates estiment que cette position reflète leurs principes démocratiques tout en respectant la Loi sur la clarté, qui ne définit pas ce qui constituerait une «majorité claire».

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, n'a pas accordé de point de presse jeudi en marge de la réunion du caucus du NPD, à Saint-Jean de Terre-Neuve-et-Labrador, mais il avait indiqué la veille qu'il était très fier de la déclaration de Sherbrooke.

Selon le député néo-démocrate ontarien Charlie Angus, «50% plus 1» est considéré comme «un appui sans équivoque à un député».

«S'il me suffit de récolter 50% des voix plus une pour être élu et être considéré comme ayant gagné avec une très forte majorité [...], il est important de respecter la volonté démocratique du peuple», a-t-il estimé jeudi.

Néo-démocrates souverainistes?

Peu de politiciens fédéraux croient qu'un autre référendum sur la souveraineté du Québec aura lieu bientôt, vu l'appui mitigé accordé au Parti québécois lors du scrutin de mardi. Une motion libérale demandant au Parlement de réaffirmer la primauté de la Loi sur la clarté viserait donc particulièrement à créer de la dissension dans les rangs néo-démocrates et à semer le doute dans le reste du Canada sur l'engagement réel du NPD à défendre l'unité nationale.

Dans l'article du Devoir, un libéral confie qu'une telle résolution ferait en sorte que «le NPD sera pris dans son propre paradoxe. Ça va forcer le NPD à prendre certaines positions au Québec et vivre avec ses contradictions» - car, selon lui, plusieurs députés néo-démocrates du Québec seraient souverainistes.

D'autres libéraux craindraient cependant que cela ne ravive la flamme souverainiste, vacillante actuellement, et ne nuise finalement au Parti libéral, qui se présente comme le parti de l'unité nationale.

Le chef libéral intérimaire, Bob Rae, a indiqué jeudi qu'une nouvelle profession de foi des Communes envers la Loi sur la clarté «méritait d'être considérée», mais que cela ne faisait pas l'objet de discussions dans le cadre de la rencontre de trois jours du caucus libéral à Montebello cette semaine.

Le député libéral Denis Coderre dit quant à lui ne pas voir la nécessité de rouvrir le dossier. «Il ne faut pas partir en peur, je ne vois pas la pertinence de cela. La Loi sur la clarté est claire, elle est là», a-t-il déclaré jeudi matin à Montebello.

«Il y a un gouvernement minoritaire à Québec, et plus de 58% des élus ne font pas partie d'une aile souverainiste. Alors, pourquoi rembarquerions-nous dans des référendums et dans des crises constitutionnelles qui n'existent pas?

«On peut être nationaliste et revendicateur, mais il n'y a pas lieu de s'embarquer dans des tractations concernant l'unité nationale. Je ne pense pas qu'il y ait une crise nationale», a-t-il conclu.

De son côté, le député néo-démocrate montréalais Alexandre Boulerice, qui a admis avoir voté Oui en 1995, a laissé entendre que la possible manoeuvre libérale n'avait aucune importance. «Nous parlons de l'avenir; les libéraux vivent dans le passé», a-t-il dit.

Si la Loi sur la clarté ne définit pas ce qui constituerait une «majorité claire», le gouvernement libéral de l'époque avait clairement indiqué qu'il envisageait d'exiger un résultat plus concret que 50% des voix plus une.

Le député libéral Stéphane Dion, qui avait participé à la rédaction du projet de loi en tant que ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes au sein du cabinet de Jean Chrétien, a mis les néo-démocrates au défi d'expliquer ce que serait une «majorité imprécise» s'ils estiment que 50% des voix plus une constitue une «majorité claire».