L'ex-ministre Normandeau dans l'embarras

Nathalie Normandeau... (Photo: Reuters)

Agrandir

Nathalie Normandeau

Photo: Reuters

 

Vincent Larouche et Denis Lessard
La Presse

Les partis de l'opposition ont fustigé vendredi ce qu'ils appellent le «manque de jugement» de l'ex-ministre Nathalie Normandeau, tout en se distanciant des stratagèmes de financement politique qu'ont dévoilés un entrepreneur et un acteur important du génie-conseil à l'émission Enquête, jeudi.

Le reportage de Radio-Canada a révélé que l'entrepreneur en construction Lino Zambito et la firme de génie Roche avaient organisé des soirées de financement pour Mme Normandeau alors qu'elle était ministre des Affaires municipales. Mme Normandeau avait obtenu une subvention de 11 millions de dollars pour l'usine d'assainissement des eaux de Boisbriand, dont M. Zambito et Roche ont obtenu le contrat de construction.

Mme Normandeau a aussi accepté neuf billets pour un spectacle de Céline Dion et des billets pour un spectacle de Madonna, payés par M. Zambito.

Dans le reportage, l'ex-ministre précise: «C'était Céline Dion, quand même.» Elle dit aussi avoir fait passer certains projets «alors que ça ne fittait pas dans la petite case». Vendredi, dans un communiqué, elle s'est amendée: «Il n'était pas judicieux de ma part d'accepter une invitation», dit-elle, en soulignant qu'elle a reçu les billets deux ans après les travaux réalisés à Boisbriand.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, affirme que s'il avait été à la place de Jean Charest et qu'il avait eu connaissance du comportement de Mme Normandeau, il ne l'aurait pas accepté. «J'aurais demandé sa démission», a-t-il martelé, en invitant le premier ministre à dénoncer ce «manque de jugement».

Le cancer de la corruption

M. Legault affirme qu'actuellement, au Québec, «ce cancer de la corruption ronge tout ce qu'on dit en politique».

«Je pense qu'on comprend mieux maintenant pourquoi le gouvernement Charest a attendu deux ans avant d'ouvrir une enquête publique», a-t-il avancé.

Le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard, s'est dit «époustouflé» par le reportage.

«Ça n'a aucun sens! Comment un ministre peut-il déléguer à une firme de génie la tâche de trouver son financement? C'est travestir la loi!», a-t-il tonné.

Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, affirme qu'il n'a jamais vécu de situation où le financement du PLQ passait par des entrepreneurs, comme dans le cas de son ancienne collègue. «Non, et je pense que c'est inacceptable, il y a une frontière morale entre le financement des partis politiques et les contrats, elle ne doit pas être franchie, et si quelqu'un l'avait fait, j'aurais tout simplement retourné son chèque», a-t-il dit.

Prête-noms

L'émission Enquête a aussi présenté le témoignage d'un ancien consultant de la firme Roche qui affirme avoir trouvé des centaines de prête-noms au fil des ans pour contribuer aux caisses du PQ et du PLQ.

François Legault affirme n'avoir jamais eu connaissance de telles contributions lorsqu'il était ministre péquiste. «Jamais comme ministre je n'ai accepté de créer des doutes pour des retours d'ascenseur», a-t-il soutenu.

Le député caquiste François Bonnardel, ancien ami de coeur de Mme Normandeau, a assuré qu'il n'avait pas assisté au concert de Céline Dion avec elle.

Pauline Marois, chef du PQ, a appelé la commission Charbonneau à faire la lumière le plus vite possible sur la situation. Elle souhaite que toute personne qui aurait contourné la loi soit poursuivie. Elle a soutenu que le PQ avait des méthodes de financement différentes de celles des libéraux.

«On l'a fait en ramassant nos 10 piastres, nos 15 piastres, nos 30 piastres, nos 100 piastres, nos 500 piastres», a-t-elle illustré au cours d'une conférence où elle présentait ses deux nouveaux candidats, les économistes Alain Therrien et Pierre Langlois.

Mme Marois a fait remarquer que le financement du PQ demeure sensiblement le même, qu'il soit au pouvoir ou dans l'opposition, alors que celui du PLQ augmente lorsqu'il est au pouvoir.

Le président du PLQ, Marc Tanguay, martèle que son parti respecte les règles sur le financement politique. «Nous, on dénonce les agissements d'individus qui décident de ne pas respecter la loi. C'est une bonne chose que ces individus soient démasqués», a-t-il affirmé.

Selon lui, si les dons au PLQ sont beaucoup plus élevés lorsqu'ils sont au pouvoir, c'est «dans la normalité des choses» puisque le parti compte un bon «support populaire».

Dans un communiqué, la firme Roche s'est élevée contre le reportage. Elle déplore qu'il se base sur la preuve amassée par l'escouade Marteau, que la firme aurait voulu garder confidentielle jusqu'au procès des huit personnes accusées dans le dossier de l'usine d'épuration de Boisbriand. Elle accuse l'émission Enquête et sa journaliste-vedette, Marie-Maude Denis, de s'être «substituées aux tribunaux» et d'avoir «lynché» ses employés avant leur procès.

- Avec la collaboration de Tommy Chouinard

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer