Prêts à taux usuraire: le président de la CAQ doit quitter Techbanx

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Le président de la Coalition avenir Québec (CAQ), Stéphane Le Bouyonnec

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Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
QUÉBEC

Le président de la Coalition avenir Québec (CAQ), Stéphane Le Bouyonnec, qui sera aussi candidat dans La Prairie aux prochaines élections, a mis son parti dans l'embarras, jeudi, étant forcé de quitter ses fonctions à la tête d'une entreprise reconnue pour ses prêts consentis à des taux usuraires.

Mais il demeurera aux commandes de la CAQ et maintiendra sa candidature dans La Prairie.

Le gouvernement libéral et l'opposition péquiste ont dénoncé conjointement les choix professionnels du président de la CAQ, y voyant une façon de profiter des plus vulnérables de la société.

Le député péquiste de Terrebonne, Mathieu Traversy, a rappelé par ailleurs que M. Le Bouyonnec s'était fait passer pour un ingénieur dans le passé. En 2015, la Cour du Québec l'a condamné à acquitter une amende de 2000 $, quand l'Ordre des ingénieurs a découvert que le profil de M. Le Bouyonnec apparaissant sur un réseau social indiquait qu'il portait le titre d'ingénieur, ce qui n'est pas vraiment le cas.

Plus tard, ce dernier a précisé sur sa page Facebook qu'il avait une formation d'ingénieur et avait été pendant 25 ans membre de l'Ordre des ingénieurs, mais qu'il ne pratiquait plus sa profession depuis 2012. Il n'est plus membre de l'ordre depuis et a fait retirer de son CV et de toutes ses cartes professionnelles la référence à son statut passé d'ingénieur, mais avait oublié de l'effacer de son compte du réseau social LinkedIn, d'où la réprimande de l'Ordre des ingénieurs.

«C'était une erreur de bonne foi. J'ai payé mon dû. Je tiens à présenter mes excuses pour cet imbroglio», écrit-il, bien déterminé à demeurer à la direction de la CAQ.

Legault était au courant

Par voie de communiqué, M. Le Bouyonnec avait d'abord annoncé jeudi qu'il démissionnait immédiatement de son poste de président du conseil d'administration de Techbanx et qu'il se départirait de la totalité de ses actions dans l'entreprise.

Son chef, François Legault, savait qu'il dirigeait cette entreprise installée en Ontario et spécialisée dans l'évaluation de crédit et les prêts privés accordés à taux d'intérêt très élevé, dépassant les 35 pour cent, la norme québécoise.

«Mon implication dans cette entreprise n'est plus compatible avec mon rôle de président de la CAQ et de candidat à la prochaine élection au Québec», écrit M. Le Bouyonnec dans son communiqué, sans dire pourquoi ou en quoi cette implication semblait acceptable la veille, mais qu'elle ne l'était plus jeudi.

Les activités de Techbanx sont considérées comme légales dans plusieurs provinces, mais pas au Québec.

L'Assemblée nationale vient d'adopter une loi rendant illégal ce type d'activités. Le taux d'intérêt maximal est de 35 % par an, alors que l'entreprise autoriserait des prêts à un taux de 60 %, voire davantage.

M. Legault considère l'incident clos et maintient en poste son proche collaborateur, qui demeurera donc président de la formation et candidat aux prochaines élections.

Les libéraux n'ont pas tardé à dénoncer le double langage de la CAQ.

Le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a demandé à M. Legault de réfléchir à la pertinence de conserver dans son équipe quelqu'un qui ne semblait pas partager les valeurs de son parti.

La ministre responsable de la protection du consommateur, Lise Thériault, a affirmé que la CAQ était intervenue en vue de retirer les prêteurs sur gages de l'application de la nouvelle loi de la protection du consommateur. Elle n'hésite pas à y voir un lien avec la situation de M. Le Bouyonnec.

«Si diriger le Québec, c'est faire de l'argent sur le dos du pauvre monde, j'ai peur pour la suite des choses», a dit Mme Thériault, en mêlée de presse.

Le député caquiste Éric Caire, porte-parole sur les questions d'intégrité, a reconnu que la situation du président du parti «allait à l'encontre des valeurs de la CAQ».

«M. Caire n'a pas de leçon à me donner» sur les valeurs prônées par la CAQ, a répliqué le président du parti dans une entrevue radiophonique.

«La CAQ n'a aucune intention de permettre ce modèle d'affaires au Québec et ce dernier ne fait pas partie des valeurs du parti», a reconnu ce dernier dans son communiqué.

Motion

Par la voix du député de Rousseau, Nicolas Marceau, l'opposition péquiste a déposé une motion stipulant que «l'Assemblée réitère son appui à l'interdiction des prêts à des taux d'intérêt supérieurs à 35 %».

Le texte rappelle aussi qu'au Canada, un taux d'intérêt supérieur à 60 % est criminel.

La motion a été adoptée à l'unanimité, incluant le caucus caquiste.




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