Guy Ouellette avait maille à partir avec le patron de l'UPAC, selon des ministres libéraux

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(Québec) Dans les cercles politiques, c'est bien connu. Guy Ouellette, le député libéral de Chomedey, était un ennemi de longue date du patron de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière.

Le premier ministre Philippe Couillard a reporté sa mission prévue dans le nord du Québec à la suite de l'arrestation de son député, hier, relativement aux fuites touchant l'enquête Mâchurer, qui tout le printemps ont mis le gouvernement libéral dans l'embarras. Il sera au caucus de ses députés et à la période des questions ce matin, un changement d'emploi du temps forcé par l'arrestation de son député, confirme Joçanne Prévost, son attachée de presse. Il prendra la route de Kuujjuaq en après-midi.

Sous le couvert de l'anonymat, des membres du Conseil des ministres ont confirmé hier à La Presse que le député libéral n'hésitait pas à critiquer ouvertement le travail de Lafrenière à l'UPAC. « Ce n'était pas le plus grand ami de Lafrenière, il nous en avait parlé à plusieurs reprises », confie-t-on. Un autre ministre ajoutera : « Il avait l'air d'en vouloir à Lafrenière sans qu'on sache pourquoi. »

Une dernière passe d'armes, toute récente : le patron de l'UPAC et celui de la Sûreté du Québec (SQ) ne voulaient pas comparaître en commission parlementaire sur le projet de loi 107 sur l'indépendance des corps policiers. Le porte-parole péquiste Pascal Bérubé réclamait leur présence. Étonnamment, il y a deux semaines, le président de la commission Guy Ouellette diffusait une lettre sommant Lafrenière et Martin Prud'homme (SQ) de venir témoigner.

Ouellette avait tenté, sans succès, de faire en sorte que le contrat du patron de l'UPAC ne soit pas renouvelé au printemps 2016. 

Devant le caucus du PLQ, il faisait la promotion de Denis Gallant, ex-procureur en chef de la commission Charbonneau devenu patron du Bureau de l'inspecteur général (BIG) de la Ville de Montréal.

Me Gallant a dit à La Presse hier être abasourdi d'apprendre que M. Ouellette avait été arrêté. « Je l'ai côtoyé pendant des années comme procureur de la Couronne, je tombe en bas de ma chaise. M. Ouellette était un de nos experts en renseignement, je n'ai jamais douté de sa probité ! »

Ironiquement, hier matin, Robert Poëti, ministre délégué à l'Intégrité des marchés publics, se disait très intéressé par le projet « Iso-Intégrité » dont son collègue Ouellette se faisait le promoteur depuis quelques mois - le député de Chomedey avait sensibilité le cabinet du premier ministre à l'utilité de s'imposer une norme stricte, externe, pour garantir que les décisions du gouvernement soient irréprochables du point de vue éthique.

Proche de Jacques Duchesneau

M. Ouellette a été arrêté en début d'après-midi hier. Il avait présidé une commission parlementaire en matinée, mais en après-midi, les députés ont été surpris de voir qu'il s'était fait remplacer par un collègue, Richard Merlini. Réactions de stupeur généralisée dans les rangs des députés, tous partis confondus, quand on a appris qu'il avait été arrêté. Cette intervention suivait deux perquisitions menées par l'UPAC sur la Rive-Sud (Montréal) relativement aux fuites qui avaient compromis l'enquête Mâchurer. L'ex-premier ministre Jean Charest et le grand argentier libéral Marc Bibeau étaient visés par cette enquête délicate.

Les fuites avaient ulcéré Robert Lafrenière, qui avait soutenu que ce travail de sape ne parviendrait pas à déstabiliser son organisation.

Il avait surtout promis en commission parlementaire d'attraper « le bandit » à la source de ces renseignements. Or, c'est Guy Ouellette qui présidait la commission chargée de scruter les crédits de l'UPAC.

Dans les cercles de la Sécurité publique, on souligne que M. Ouellette est aussi très proche de l'ex-policier Jacques Duchesneau, qui, avant de faire le saut en politique avec la Coalition avenir Québec, convoitait la présidence de l'UPAC. Le gouvernement Charest lui avait préféré Robert Lafrenière pour diriger l'organisme qui venait d'être créé.

Au moment où il était commissaire anticollusion au ministère des Transports, M. Duchesneau était très près de Guy Ouellette, alors secrétaire parlementaire du ministre Sam Hamad aux Transports, se souviennent des témoins. Une fois son mandat terminé, M. Duchesneau s'était retrouvé, avec plusieurs de ses employés, des anciens policiers, au sein de l'UPAC. Les dysfonctionnements de l'UPAC prennent là leur source.

Un stratège libéral a relevé hier soir que les informations embarrassantes pour le gouvernement issues de l'UPAC tombaient dans les médias, chaque fois, à un moment délicat politiquement.

Dernière fuite en lice, le témoignage de l'éphémère candidat de Louis-Hébert, Éric Tétrault, devant les enquêteurs de l'UPAC, il y a pourtant plus d'un an. Dans l'administration publique, on se souvient aussi que le député libéral avait été le plus dur à l'endroit de l'ex-sous-ministre aux Transports Dominique Savoie, une attitude prévisible de la part d'un député de l'opposition.

Les vieilles rancunes ont aussi touché l'ex-patron de la SQ Mario Laprise.

Après que deux enquêteurs de l'UPAC furent allés rencontrer chez lui Philippe Couillard, alors chef de l'opposition, M. Ouellette passa le message au caucus libéral que la commande venait de Mario Laprise, alors patron de la SQ. Une revanche : Mario Laprise avait envoyé le policier Ouellette sur une voie de garage à l'époque de la guerre au crime organisé.

Dans les cercles de la Sécurité publique, on indique aussi que M. Ouellette a tiré des ficelles pour appuyer la nomination de Madeleine Giauque au Bureau des enquêtes indépendantes. Celle-ci n'aurait pas été sur la liste restreinte de candidats où se trouvait notamment Sonia Lebel, ex-procureure en chef de la commission Charbonneau.

Ce qu'ils ont dit

« Surpris de l'arrestation de Guy Ouellette. À quand l'arrestation des grands responsables du financement illégal du PLQ ? #polqc #assnat »

- Amir Khadir, député de Québec solidaire dans Mercier

« L'arrestation de Guy Ouellette est très préoccupante. En attente d'informations supplémentaires avant de réagir. #polqc »

- Simon Jolin-Barrette, député de la Coalition avenir Québec dans Borduas

« Nous sommes abasourdis de l'arrestation du député @GuyOuellette, président de commission. Nous attendons d'en savoir plus. #Assnat #PolQc »

- Pascal Bérubé, député du Parti québécois dans Matane-Matapédia

Propos recueillis sur Twitter par Fanny Lévesque, La Presse




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