Neutralité religieuse: Stéphanie Vallée s'emporte contre les partis d'opposition

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La ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
QUÉBEC

Les partis d'opposition ont fait sortir de ses gonds la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, jeudi, à la commission parlementaire sur le projet de loi 62 relatif à la neutralité religieuse.

Le Parti québécois a condamné «l'incohérence» du gouvernement Couillard, qui d'un côté refuse d'interdire les signes religieux chez les forces de l'ordre avec ce projet de loi, mais veut interdire le port de pantalons de camouflage ou de t-shirts syndicaux, dans son projet de loi 133. La Coalition avenir Québec (CAQ) a quant à elle reproché aux libéraux de «hiérarchiser les droits», en ne fixant aucune limite à la liberté de religion, mais en fixant des limites aux libertés d'association et d'expression.

Stéphanie Vallée a accusé tour à tour les oppositions de «tourner en ridicule les croyances», de «se moquer des religions», et a même taxé la CAQ d'«intolérance».

Rappelons que le gouvernement Couillard a déposé le projet de 133 pour contraindre les policiers à porter l'uniforme, parce que des syndiqués des forces de l'ordre ont porté au cours des années des pantalons de camouflage, pour protester notamment contre la réforme de leur régime de retraite, ou encore dans le cadre des négociations en vue du renouvellement de leur convention collective.

Or, dans le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse, les libéraux se défendent de légiférer sur les vêtements, mais permettraient le port de signes religieux en vertu d'une demande d'accommodement raisonnable.

Pour afficher leurs revendications, les policiers ne pourraient donc plus porter un pantalon de camouflage ou une casquette rouge, dans le cadre du projet de loi 133, mais pourraient porter un signe religieux, un turban, une croix, un voile, a laissé entendre le député péquiste Pascal Bérubé.

«L'ensemble des membres d'un corps de police pourrait décider qu'un de ses moyens de pression est d'afficher de façon très ostentatoire un signe religieux, surdimensionné, qui s'ajouterait à leur uniforme qu'ils porteraient intégralement, ce serait possible?» a demandé M. Bérubé.

«Tourner au ridicule une liberté de croyance... non mais!» a répliqué Mme Vallée, avant d'être interrompue par le président de la commission.

«Non mais laissez-moi terminer!» a-t-elle protesté, dans une lancée sur les pastafaris, ces individus qui ridiculisent les religions.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a choisi d'intervenir dans une question vestimentaire avec son projet de loi 133 sur l'uniforme obligatoire, mais il y a alors également des droits en cause, soit les libertés d'expression et d'association, a fait valoir M. Bérubé.

«L'État légifère sur des vêtements pour les corps policiers, mais pour tous les autres employés de l'État, on ne va pas baliser autant que les citoyens le souhaitent», a-t-il dit.

La députée caquiste de Montarville, Nathalie Roy, est allée dans le même sens. Les magistrats, procureurs de la Couronne et agents de la paix ont déjà un code vestimentaire qui limite leur liberté d'expression, a-t-elle soutenu, l'État devrait donc fixer une limite raisonnable à la liberté religieuse.

«Le même gouvernement n'est pas capable de limiter leur liberté religieuse. Si c'est la position de la ministre, elle est en train de hiérarchiser des libertés individuelles et cela ne se fait pas.»

Quand Mme Roy a évoqué l'hypothèse d'une policière avec un hidjab, Mme Vallée a répliqué que la CAQ stigmatisait «systématiquement» les femmes musulmanes.

«C'est ça la CAQ, l'intolérance!» a-t-elle poursuivi avant de devoir retirer ses propos. L'élue caquiste a par ailleurs revendiqué son droit de pouvoir se moquer des religions, au nom de la liberté d'expression.

L'amendement de l'opposition péquiste pour interdire le port de signes religieux chez les agents de coercition de l'État, magistrats, procureurs, agents de la paix, a été rejeté par la majorité libérale en commission.




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