Un candidat libéral dénoncé pour harcèlement psychologique

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Éric Tétrault, candidat libéral dans Louis-Hébert, aux côtés du premier ministre Philippe Couillard, qui a participé hier en soirée à l'ouverture officielle de son local électoral.

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(Québec) Le candidat libéral dans Louis-Hébert, Éric Tétrault, a harcelé psychologiquement deux femmes, en plus d'intimider et de menacer des employés au moment où il était directeur des affaires publiques chez ArcelorMittal, selon un rapport d'enquête commandé par l'entreprise en 2014.

La haute direction d'ArcelorMittal a été mise au courant tôt cette année-là des comportements douteux de son gestionnaire en poste depuis 2011. Elle a aussitôt commandé une enquête à une firme externe.

Le dossier a été confié à un expert en matière de harcèlement psychologique ayant de nombreuses enquêtes à son actif. Il avait déjà travaillé pour la Commission des normes du travail et le Tribunal administratif du travail. Il est décédé depuis.

Plusieurs employés d'ArcelorMittal, dont Éric Tétrault, ont dû témoigner verbalement et par écrit. L'enquêteur a conclu que deux femmes ont fait l'objet de harcèlement psychologique de la part de M. Tétrault. Son rapport fait état des nombreuses lacunes du directeur en matière de gestion et de son manque de leadership. La conduite de M. Tétrault a été jugée inadmissible. Il dénigrait des employés, avait un comportement irrespectueux et s'exprimait avec familiarité. Il rendait le climat de travail difficile.

Selon le rapport d'enquête, Éric Tétrault a du mal à reconnaître ses torts et reproche aux autres de mal interpréter ses propos ou ses actes.

Les conclusions de ce rapport recoupent des informations recueillies par La Presse au cours des derniers jours. Toutes les sources consultées ont requis l'anonymat, par crainte de représailles.

Un «manipulateur»

Éric Tétrault aurait été un facteur déterminant dans le départ en congé de maladie d'au moins trois employés. Il lui arrivait de piquer une colère et de crier par la tête de collègues. On lui reconnaît du charisme et un talent pour s'exprimer en public, mais, sous ce vernis, c'est un «bully» et un «manipulateur».

«Frank Underwood, c'est lui», dit un témoin, en référence au personnage principal de la série télévisée américaine House of Cards.

Nos sources ont également témoigné du comportement inapproprié d'Éric Tétrault envers des femmes. Il passait des commentaires sur leur physique et s'adonnait à un jeu de séduction. Si la conduite de M. Tétrault était inacceptable, elle ne tombait pas dans la catégorie du harcèlement sexuel, a conclu l'enquêteur.

Pour le garder à l'emploi de l'entreprise, il faudrait lui imposer une série de conditions strictes, selon le rapport. L'enquêteur avait confié à une source fiable jointe par La Presse que le directeur des affaires publiques pourrait difficilement rester en poste.

L'enquête a pris fin à la mi-mai 2014. Le mois suivant, ArcelorMittal annonçait à l'interne que M. Tétrault a décidé de poursuivre d'autres avenues. Trois sources bien au fait du dossier ont décrit la situation comme un congédiement déguisé.

Joint par La Presse hier, Éric Tétrault a reconnu la tenue d'une enquête à son sujet, mais a formellement nié avoir exercé du harcèlement psychologique. «Je n'ai jamais eu accès à ce rapport-là. C'est un rapport qui ne m'a jamais été présenté par la direction de l'entreprise. [...] La seule chose que la direction m'a dite à l'époque, et pour moi ç'a été la fin de l'histoire, c'est qu'aucune plainte n'a été retenue contre moi et qu'il y avait donc, à leurs yeux, rien de fondé dans les plaintes, dans ce qui a été avancé. On n'a pas voulu me faire lire le rapport pour rien, on m'a dit : "Aucune plainte n'a été retenue."»

Il n'a pas demandé à voir le document non plus.

«Le rapport étant confidentiel, on m'a donné la conclusion, tout simplement. Écoutez, aucune plainte n'a été retenue contre moi», affirme M. Tétrault.

Il confirme avoir rencontré l'enquêteur. Ce dernier lui a-t-il fait part de constats qu'il a tirés à partir des autres témoignages? «Je ne me souviens plus, honnêtement. Ça fait tellement longtemps. La rencontre avait été assez brève», a répondu M. Tétrault.

Pas de lien de cause à effet

Le candidat libéral dément tout lien de cause à effet entre le dépôt du rapport et son départ. Il a décidé de partir comme «la plupart» des dirigeants de l'époque en raison «du contexte économique très difficile». «J'ai quitté en juin au moment où j'ai eu une offre d'emploi», a-t-il dit, sans préciser de qui venait cette offre. «J'ai accepté d'entreprendre des pourparlers avec un employeur. J'ai fait quelques semaines et j'ai choisi finalement d'accepter une autre offre qui est venue entre-temps.» Cette autre offre provenait des Manufacturiers et exportateurs du Québec. Il en a été le président de septembre 2014 jusqu'à son saut en politique le mois dernier.

Pour M. Tétrault, «des gens tentent désespérément de [lui] nuire» au moment où il se présente en politique. «Moi, je fais ma campagne, et moi, je pense que les gens ne sont pas dupes, a-t-il affirmé. Je sais comment les choses se passent quand on veut nuire à quelqu'un.»

L'entrevue de La Presse avec le candidat a duré 10 minutes. Son attachée de presse a mis fin à l'appel, prétextant que le chef libéral allait bientôt se présenter au local électoral, à Québec. Philippe Couillard a en effet participé en soirée à l'ouverture officielle de ce local. Éric Tétrault est appelé à devenir «la voix économique de Québec» au sein du gouvernement, a-t-il déclaré à cette occasion, prouvant une fois de plus qu'il mise gros sur cette candidature.

«Blanchi»

Le premier ministre a décliné une demande d'entrevue hier. Son cabinet préférait attendre la parution de l'article avant d'émettre des commentaires. Il a précisé néanmoins que M. Tétrault avait affirmé au Parti libéral qu'une plainte pour harcèlement avait été déposée contre lui, mais qu'un rapport d'enquête l'avait «blanchi».

Avant d'officialiser la candidature de M. Tétrault, la formation politique avait fait des vérifications auprès d'une tierce personne qu'elle refuse d'identifier. Cette personne, qui n'a pas lu le rapport mais qui a dit au parti avoir appris d'une autre source quelles en sont les conclusions, avait confirmé les dires du candidat, toujours selon l'entourage du premier ministre.

ArcelorMittal ne nous a pas rappelé hier. Il n'a pas été possible de joindre le patron de l'époque de M. Tétrault.

Philippe Couillard a déclenché l'élection partielle dans Louis-Hébert mercredi dernier, deux semaines après avoir annoncé la candidature d'Éric Tétrault. Les électeurs se rendront aux urnes le 2 octobre. Le scrutin est rendu nécessaire en raison du départ du libéral Sam Hamad, qui siégeait à l'Assemblée nationale depuis 2003.

***

CE QUE DIT LA LOI

« On entend par harcèlement psychologique une conduite vexatoire se manifestant soit par des comportements, des paroles, des actes ou des gestes répétés, qui sont hostiles ou non désirés, laquelle porte atteinte à la dignité ou à l'intégrité psychologique ou physique du salarié et qui entraîne, pour celui-ci, un milieu de travail néfaste. [...] Tout salarié a droit à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique. L'employeur doit prendre les moyens raisonnables pour prévenir le harcèlement psychologique et, lorsqu'une telle conduite est portée à sa connaissance, pour la faire cesser. »

Source : Loi sur les normes du travail

QUI EST ÉRIC TÉTRAULT?

Avant de passer chez Arcelor Mittal, Éric Tétrault avait fait un court passage au cabinet de relations publiques National (2010-2011). Il a été directeur des communications pour le premier ministre Jean Charest (2008-2010), après avoir occupé le poste de chef de cabinet du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis (2007-2008). Il a également travaillé pour l'ex-maire de Terrebonne Jean-Marc Robitaille et pour l'ancien ministre fédéral Alfonso Gagliano. Il a été journaliste dans les années 80 et 90, notamment sur la colline parlementaire à Québec. M. Tétrault est âgé de 56 ans.




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