LGBT: l'engagement de Québec provoque des malaises à l'étranger

Une scène du défilé de la Fierté gaie... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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Une scène du défilé de la Fierté gaie de Montréal, en août 2014.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
QUÉBEC

Le Québec provoque des malaises et soulève des tabous à l'étranger en prenant la défense des lesbiennes, gais, bisexuels et trans (LGBT), mais cet enjeu lui permet de se distinguer.

Ce dossier encore controversé dans plusieurs pays lui permet en effet d'exercer une influence singulière malgré son statut d'État fédéré, a appris La Presse canadienne.

« Il y en a qui regardent ailleurs, d'autres qui se raclent la gorge », a dit la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, à propos de certains interlocuteurs avec qui elle aborde le sujet en rencontre. »

« Quand les gens sont mal à l'aise, nous, il nous faut montrer qu'on n'est pas mal à l'aise, a-t-elle poursuivi, dans une entrevue avec La Presse canadienne. Il n'y a pas de sujet tabou sur la question des droits fondamentaux. »

Elle défend ainsi sur toutes les tribunes les droits des minorités sexuelles. C'est un axe qui figure noir sur blanc dans la nouvelle Politique internationale du gouvernement Couillard.

« On est pas mal les seuls à le porter [cet enjeu, sur la scène internationale], c'est une stratégie de très, très, très longue haleine, mais au moins, le Québec en parle », a-t-on dit au bureau de la ministre.

Mme St-Pierre n'a pas hésité à aborder le sujet avec les ambassadeurs de la Ligue arabe en visite à Québec il y a quelques semaines.

« Ce n'est pas parce qu'on rencontre des [représentants] des pays de la Ligue arabe qu'on ne parlera pas de nos valeurs et de qui on est, ce n'est plus comme ça que ça va se passer », a dit une source bien au fait du dossier.

Ou dernièrement, le chef de cabinet de la ministre a eu une discussion avec le consul russe de Montréal sur les exactions rapportées en Tchétchénie et lui a dit être « très préoccupé » par la situation.

Actions posées

Tout le ministère doit apporter sa contribution et des actions sont posées. À titre d'exemple :

- la déléguée générale du Québec à Tokyo a participé récemment au festival Pride dans la capitale japonaise ;

- un stagiaire au bureau du Québec à Mumbai sera affecté à l'enjeu des LGBT, tandis que directeur de ce bureau a aussi déjà participé à des rencontres avec des intervenants LGBT ;

- le Québec ouvrira bientôt une représentation à Abidjan, considérée comme une ville plus ouverte à l'homosexualité en Afrique, et on espère « être capable de faire quelque chose » dans l'élaboration du mandat de ce bureau ;

- le Québec soutient à hauteur de 345 000 $ deux projets, un en Haïti et un autre à Cuba, pour la défense des droits des minorités sexuelle et la prévention du VIH, en collaboration avec des organismes basés ici au Québec. Des discussions sont en cours avec des groupes pour ajouter des projets dans d'autres pays ;

- Montréal accueillera deux grands rendez-vous cette année, la Conférence internationale sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres dans l'espace francophone, en août, ainsi que la Conférence internationale sur l'éducation aux droits humains en novembre.

Opposition au MRI

Pour en arriver là, toutefois, le virage n'a pas été facile. La machine « était contre » parce que cela pouvait froisser les autorités étrangères en relation avec le Québec, a dit notre source au ministère des Relations internationales (MRI), qui a débattu ferme en faveur de ce nouveau positionnement.

« Au début, le ministère était un peu frileux sur la question, [...] il y a une dizaine de pays de la Francophonie où il y a encore l'emprisonnement ou la peine de mort pour crime d'homosexualité. Donc le ministère ne voyait pas comment on pouvait faire cheminer cet enjeu-là. »

En 2016, un travail a néanmoins été mené en coulisses à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), nous a-t-on raconté. Le Québec voulait amener un projet de résolution sur cet enjeu jusqu'à la table centrale du sommet de Madagascar de novembre, mais les délégations des autres membres n'ont pas répondu - une façon de dire poliment qu'on s'y oppose.

Mme St-Pierre a néanmoins abordé de front la question de la discrimination à la plénière avec ses homologues au Sommet - une première à cette table ministérielle - et le Québec a consacré une journée complète du Sommet aux enjeux LGBT.

Madagascar a été en quelque sorte « le coup d'envoi officiel » de cette orientation du Québec sur la scène internationale, et depuis, c'est la « stratégie des petits pas » qui se poursuit, a précisé notre source proche du dossier. Objectif : revenir à la charge avec un projet de résolution au sommet de 2018.

Et la prochaine cible : l'UNESCO (l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture), où le Québec dispose d'un siège au sein de la délégation du Canada.

« On va se faire un autre plan de travail avec notre représentation là-bas, cette question va être abordée. »

Pari risqué ?

Petit acteur international, le Québec ne risque-t-il pas ainsi de s'isoler, de nuire au dialogue ou de se faire fermer des portes au nez ?

Non, selon Christine St-Pierre, qui n'y voit pas de risque, mais plutôt de la cohérence : « On apporte une pierre à l'édifice », a-t-elle rétorqué, dans la foulée des gestes du premier gouvernement de Pierre Trudeau, qui avait décidé de décriminaliser l'homosexualité, a-t-elle poursuivi.

Du même souffle, on fait valoir que c'est alors un atout d'être un État fédéré plutôt qu'un pays, parce qu'on peut porter ce genre de message controversé sans être exposé à des conséquences diplomatiques.

« Dans les forums multilatéraux [entre États souverains], on s'échange des votes sur des enjeux, chaque pays a des tableaux (pour faire avancer ses dossiers), c'est une bourse des négociations et le Québec n'a pas beaucoup de choses à négocier, a-t-on expliqué au bureau de la ministre. L'enjeu, pour nous, c'est de demeurer crédible et pertinent. »

Dans ce courant appelé « nouvelle diplomatie » qui s'exerce avec et dans la société civile, le Québec entend donc se distinguer par la promotion des droits des minorités sexuelles, comme dans le dossier des changements climatiques ou dans la lutte à la radicalisation « On va montrer qu'au Québec, on est capable d'influencer les autres pays, les autres États, dans l'ouverture aux autres », a conclu la ministre.




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