Cadeaux d'une firme: Gaétan Lelièvre chassé du caucus péquiste

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée.... (Archives La Presse canadienne)

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Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée.

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(Québec) Jean-François Lisée expulse Gaétan Lelièvre de son caucus pour des « gestes contraires à l'éthique et à la déontologie » que le député a commis au moment où il était directeur général de la Ville de Gaspé.
Le chef péquiste lui a reproché de ne pas avoir informé le Parti québécois qu'il avait accepté des cadeaux de la firme Roche, en 2008 et 2009.

En conférence de presse, aux côtés de M. Lisée, le député a dit « accepter et comprendre » la décision de son chef. « Je n'aurais jamais dû accepter certains avantages » et « j'aurais dû informer le Parti québécois » de ces éléments. Il en avait toutefois fait état à la Commission Charbonneau et l'UPAC en a « probablement été saisi ».

Il a présenté des excuses pour ces gestes. Il dit s'être placé en situation d'apparence de conflit d'intérêts. Mais, parlant de lui à la troisième personne, il a soutenu que « jamais Gaétan Lelièvre n'a posé un geste illégal ». Il entend continuer de siéger à titre de député indépendant.

Pour Jean-François Lisée, les « actions (de Gaétan Lelièvre) d'il y a neuf ans lorsqu'il était D.G. de sa ville puis sa décision de ne pas rendre publiques ces informations dommageables pour lui et pour notre formation politique doivent être sanctionnées ».

Le chef péquiste a indiqué que l'exclusion du député tient « jusqu'à nouvel ordre », « le temps de donner aux autorités compétentes le loisir d'effectuer toute éventuelle vérification, si elles le jugent opportun, et le temps nécessaire de voir si d'autres informations s'ajoutent au dossier ».

Mardi, le Journal de Québec a révélé des courriels datant de 2008 et 2009 et démontrant que Gaétan Lelièvre a demandé et reçu des avantages de la firme Roche au moment où il était directeur général de la Ville de Gaspé. Il s'agit notamment de billets au Centre Bell et de l'utilisation d'un condo appartenant à un ingénieur de cette firme. Ce dernier, Martin Lapointe, disait dans un courriel à un dirigeant de Roche que de telles faveurs étaient susceptibles d'aider la société à obtenir des contrats auprès de la municipalité.

La Commission Charbonneau s'était penchée sur le cas de la Ville de Gaspé afin d'illustrer que les cadeaux offerts aux élus ou dirigeants municipaux sont considérés comme des « outils de développement » par des firmes de génie. Des emplois sont offerts aux membres de leur famille, par exemple. « Un courriel interne de chez Roche, daté de mars 2009, illustre ce propos », indique le rapport final de la commission Charbonneau. On peut y lire que le fait d'embaucher sur un chantier le fils du directeur général de Gaspé, Gaétan Lelièvre, sera payant « à court terme comme à long terme ». L'auteur du courriel précise en effet que « ça sera comme donner ça à Gaétan... mais indirectement ».

Dans une déclaration soumise à la Commission Charbonneau en 2015, M. Lelièvre soutenait qu'il n'avait pas reçu de faveurs de Roche en échange de contrats. Le député n'a fait l'objet d'aucune accusation.

Il en va autrement pour l'ancien maire de Gaspé (de 2005 à 2013), François Roussy, qui a été attaché politique de M. Lelièvre en 2014. Il fait partie des sept personnes  - avec Nathalie Normandeau et d'anciens dirigeants de Roche dont Marc-Yvan Côté - qui ont été arrêtées et accusées en 2016 dans une affaire de fraude, de complot, de corruption et d'abus de confiance. Les faits reprochés se seraient déroulés entre 2000 et 2012.

À la suite du coup de filet de l'UPAC en mars 2016, M. Lelièvre avait accueilli avec « un certain étonnement » l'arrestation de M. Roussy. Il assurait que sa propre crédibilité n'était pas remise en cause. « Je me sens très à l'aise de poursuivre mon travail de député. Je n'ai absolument rien à me reprocher », plaidait-il.

Élu pour la première fois dans Gaspé en 2012, M. Lelièvre a été ministre délégué aux Régions sous le gouvernement Marois, de septembre 2012 à avril 2014.

Après la conférence de presse en compagnie de M. Lisée, où aucune question des journalistes n'a été acceptée, M. Lelièvre s'est rendu à une réunion du caucus péquiste pour faire un adieu à ses collègues. Des applaudissements polis ont été entendus au terme de son intervention.

« Je tenais à leur dire de vive voix, les yeux dans les yeux, que j'ai été fier de représenter le Parti québécois, de travailler pour les régions, et qu'ils n'ont pas à craindre, Gaétan Lelièvre n'est pas un gars malhonnête... peut-être des erreurs d'éthique. Il faut juger avec les lunettes de 2007, les gestes posés en 2007 », a-t-il plaidé.

Pour le président du caucus péquiste, Maka Kotto, le départ de Gaétan Lelièvre était « la meilleure décision » parce que « ça évite la distraction ».

Selon le député caquiste Éric Caire, Jean-François Lisée a « fait ce qu'il avait à faire, clairement c'était la seule décision  à prendre ».

Les libéraux se sont faits avares de commentaires. « Je pense qu'il appartient davantage à sa formation politique et à lui (Gaétan Lelièvre, ndlr) d'émettre des commentaires. Moi, je pense qu'on doit faire preuve d'une bonne réserve là-dessus », a affirmé le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau.




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