Une guerre d'épinglettes perdure à l'Assemblée nationale

Jean-François Lisée arbore sur son veston une épinglette... (Archives La Presse canadienne)

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Jean-François Lisée arbore sur son veston une épinglette du Parti québécois, plutôt que l'épinglette officielle remise aux députés pour chacune des législatures.

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
Québec

Une guerre des épinglettes perdure depuis plusieurs semaines à l'Assemblée nationale: la Coalition avenir Québec (CAQ) accuse le chef péquiste Jean-François Lisée de violer le décorum parce qu'il «se pavane» avec une épinglette partisane en Chambre.

Le parti de François Legault s'impatiente et en a appelé à la présidence, qui n'a pas tranché. Ce sera plutôt au Bureau de l'Assemblée nationale (BAN) d'en débattre le 13 avril.

Le chef de l'opposition officielle arbore sur son veston une épinglette du Parti québécois, plutôt que l'épinglette officielle remise aux députés pour chacune des législatures.

Encore jeudi dernier, à la période de questions, moment fort de l'activité parlementaire quotidienne, il portait un petit logo du PQ à la boutonnière, alors que juste avant, au segment beaucoup moins diffusé qui est réservé aux déclarations de députés, il ne le portait pas.

«Depuis quelques semaines, le député qui aspire à être premier ministre se pavane avec une épinglette du Parti québécois», a résumé le leader parlementaire de la CAQ, François Bonnardel, dans une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Le député de Granby a reconnu que l'enjeu pouvait paraître «banal», mais selon lui, le choix des symboles n'est pas anodin et il craint les dérapages. Rien dans le règlement de l'Assemblée n'interdit le port de macarons ou d'épinglettes, mais la CAQ se réfère à la tradition, aux us et coutumes du Parlement. Il dit lui-même n'avoir jamais rien vu de tel en 10 ans de carrière politique.

«Le chef de l'opposition transgresse le décorum», a poursuivi M. Bonnardel, qui insiste sur une séparation à l'Assemblée nationale entre le travail partisan et le travail d'élu dans le cadre duquel le député représente tous les Québécois, tous les citoyens de sa circonscription, sans égard aux allégeances.

«Est-ce que vous accepteriez demain que tous les députés arrivent avec une épinglette du Parti libéral ou de la CAQ, ou qu'on fasse un point de presse dans le hall du parlement avec les logos de la CAQ? Cela n'a aucun sens. Les gens s'attendent à ce que dans la maison du peuple nous défendions les intérêts de tous les Québécois», a-t-il ajouté.

Il soutient que le malaise est généralisé, pas seulement à la CAQ, mais aussi dans les banquettes du gouvernement, sauf dans l'opposition officielle. «Quand je regarde le faciès de tout le monde, tout le monde est mal à l'aise, a-t-il témoigné. Je peux comprendre que les députés péquistes ne diront pas: «Monsieur le patron, vous ne pouvez pas faire ça'.»

La CAQ a soumis la question il y a quelques semaines déjà au Bureau de l'Assemblée nationale (BAN), qui réunit les whips - les préfets de discipline - de chacune des formations pour régler les différends entre les partis.

Le Parti québécois affirme pour sa part dans un courriel n'avoir «pas reçu d'instructions particulières du BAN à ce sujet» et que l'enjeu n'y a pas été débattu.

Le leader de l'opposition officielle, Pascal Bérubé, avait défendu son chef en Chambre en faisant référence à une décision rendue par la présidence en 1990, qui statuait que le port d'un macaron ou d'une épinglette était permis pourvu qu'il ne soit ni offensant ni dégradant.

«Le fait d'arborer un macaron ou une épinglette à ses vêtements est bien établi dans les traditions démocratiques, avait cité M. Bérubé. Le fait, pour un député, de pouvoir afficher son appui à une cause ou à un mouvement humanitaire, social ou politique est un attribut important de la liberté d'expression.»

La porte-parole du whip du gouvernement, Marie-Catherine Leduc, a quant à elle fait savoir qu'elle n'était pas au courant de l'ordre du jour du BAN.

François Bonnardel estime que le litige traîne depuis trop longtemps. Il est intervenu deux fois en Chambre sur cet enjeu et a exigé une décision claire de la présidence de l'Assemblée nationale. «Je m'attends à ce que la présidence mette son poing sur la table le plus rapidement possible pour être capable de statuer sur ce manque au décorum», avait-il affirmé en Chambre.

La porte-parole de l'Assemblée nationale, France Pelletier, a fait savoir vendredi que la présidence n'a pas rendu de décision, puisque le BAN devrait en discuter à sa prochaine réunion le 13 avril.




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